jeudi 2 juillet 2009

Grand emprunt Sarkozy. La consécration du flou du Roi.

Lors de son discours du Trône devant le Parlement réuni en Congrès, Nicolas Sarkozy qui n’est plus à une contre-vérité près a par une seule expression provoqué un mouvement sur les marchés financiers. Cette petite phrase, la voici : « Nous allons lancer un grand emprunt ». Par ces quelques mots, le président de la République qui pour surfer sur la vague Bayrou lors des présidentielles de 2007 avait promis de lutter contre l’endettement, mettait ces beaux principes au placard. Mais est réellement une surprise ? Non, pas vraiment ! Car depuis son élection, le budget de l’État a été constamment déficitaire et pire, il a toujours presque soit flirté avec les 3% en prenant en compte des recettes exceptionnelles, soit dépassé cette limite. Alors oui, il y a la crise mais tout de même, celle-ci n’explique pas tout.

En lançant cette petite phrase, Nicolas Sarkozy en parfait communicant savait très ce qu’il faisait, et s’il ne le savait pas, on compte sur la cellule communication de l’Élysée qui avec ses effectifs pléthoriques doit s’ennuyer ferme. Bien sur, l’idée d’emprunter pour financer des investissements n’est pas nouvelle, ce peut être même une bonne chose si les investissements sont durables et destinés à créer la richesse de demain et de l’emploi pour les générations futures. En annonçant un grand emprunt, le président de la République a fait une annonce aux marchés financiers : « Préparez-vous ! La France est déjà endettée et n’est pas prête de se couper des marchés de capitaux. Attendez-vous donc à ce que l’on fasse appel à vous. ». Ainsi, les marchés friands de placements surs sont certains que la France continuera à emprunter.


Cet emprunt pose de multiples questions.
La question des modalités d’emprunt : comment emprunter et auprès de qui.
La question du montant : combien emprunter.
Et, enfin, la plus importante presque, que faire des fonds empruntés ?
De tout cela, on sait au final peu de choses alors que ces questions sont essentielles.
Comment, combien, pourquoi ; tour d’horizon des modalités de ce qu’on appelle le « Grand emprunt ».


Comment ?
Si la question de la méthode utilisée pour emprunter peut sembler légèrement accessoire, elle est au contraire très importante car de celle-ci dépend le coût de l’emprunt pour la collectivité qui emprunte ici, à savoir l’État français. Faut-il recourir au marché ou aux français directement ?

La récente réussite de l’emprunt EDF montre que d’importantes réserves d’épargne sont disponibles très rapidement. Ajoutons qu’avec la crise financière, les épargnants sont plus prudents et veulent des placements avec un rendement déterminé qui leur permet de retrouver leur mise de départ dans le pire des cas. A ce titre, emprunter auprès des ménages peut sembler séduisant. Le recours au marché lui ne pose pas de problème, la France dispose d’une signature très sûre, le fameux AAA (triple A) qui signifie que tout investisseur qui achète des bons du Trésor français est certain de retrouver sa mise avec les intérêts promis lorsque sera venu le temps du remboursement. Recourir au marché présente l’avantage d’avoir des taux très bas, beaucoup plus que s’y on recourait aux français directement.

L’inconvénient, c’est que la France s’endettant depuis des années, la dette commence à gonfler très sérieusement. Rien que pour le 1er trimestre 2009, la France s’est endettée d’1 milliard € par jour soit 11 574,07 € par seconde, le tout pour un montant total de 86,7 milliards €. L’endettement est passé d’environ 60% du PIB en 2002 à 66% en 2007 pour atteindre 72,9% avec la présidence Sarkozy et en seulement 2 ans. Le problème du taux d’intérêt est donc primordial. Le gouvernement a annoncé vouloir réserver une part du grand emprunt en demandant aux français. Il faut être honnête, c’est une bêtise. Une de plus me direz-vous mais c’est une bêtise qui va nous coûter des milliards d’euros. En recourant exclusivement au marché, l’emprunt sera certes moins médiatisé car la France emprunte tous les jours sur les marchés financiers mais au diable la communication.

L’emprunt ce n’est pas seulement des chiffres dans une colonne du budget de l’État, non le coût de ce fameux « grand emprunt » c’est surtout la colonne prélèvements obligatoires qui va sérieusement gonfler dans les années à venir. Le président du pouvoir d’achat qui se vantait de vouloir réduire la dette de la France, ne l’a jamais autant augmenté que depuis que depuis le début des années 1980. Cela ne lui ferait rien de l’augmenter encore un peu, mais pour les futurs contribuables français et les générations qui sont depuis peu ou vont arriver sur le marché du travail c’est un réel problème. Car dans les années à venir, les nuages fiscaux s’amoncelle pour les jeunes générations dont je fais partie qui seront sacrifiées à ce niveau. Car il n’y aura pas seulement la dette fiscale mais aussi et surtout les dettes sociales dont les retraites et que ces générations seront pendant quelques temps seules à payer et que pour ne pas tomber à un niveau de fiscalité confiscatoire, il faut bien réfléchir à la méthode selon laquelle on emprunte dans un souci de bonne gestion des deniers publics.


Combien ?
Autre question tout aussi importante, combien emprunter. Car pour le moment, le montant n’est pas connu. Or, la moindre des choses est de savoir combien on va emprunter car partir de là, on peut dégager les priorités. Mais pour le moment, rien ! Alors que la presse étrangère dénonçait le discours de campagne caractérisé par l’absence de nouveautés hormis l’annonce que l’État ferait un grand emprunt. Or, comme le faisait remarquer le Canard enchaîné par un dessin : « 400 000€ pour dire que l’on va emprunter c’est cher », la somme en question étant le coût estimé de la journée de Congrès à Versailles. En temps de crise, alors que l’argent se fait une telle dépense pour annonce aussi faible est plutôt malvenue. Reste que le dimanche suivant l’annonce de ce « grand emprunt », François Fillon réunissait ses ministres pour un séminaire gouvernemental qui devait réfléchir aux dépenses qui utiliseraient les fonds empruntés alors que les modalités et le montant ne sont pas fixée, cela montre l’amateurisme avec lequel le président a fait cette annonce.


Pour quoi ?
C’est LA question. Et n’a pour le moment n’a pas trouvé de réponse. On sait juste à quoi il ne va pas servir. Selon François Fillon, le futur « grand emprunt » ne servira pas à financer les dépenses courantes et il ne servira pas non plus de nouveau plan de relance. Aux vues du résultat obtenu, on doute que la réflexion ait été aussi intense que l’on pouvait l’espérer. Le problème est que la France avec un déficit autour des 7% estimé pour 2009, n’a pas vraiment des dépenses courantes contenues puisque sur ces 7%, il y a 3,5% soit la moitié du déficit qui est dû aux dépenses courantes, le reste étant les maigres ressources nouvelles mobilisées pour la relance (à peine de 2 milliards € de dépenses nouvelles) et le reste étant les ressources mobilisées pour sauver les secteurs bancaires et automobiles ainsi que le fameux fonds souverain à la française. A défaut d’idées arrêtées sur le sujet, voici les quelques priorités essentielles à mettre en œuvre.
Mettre le paquet sur les énergies renouvelables en investissant massivement pour développer les industries concernées.
Investir tout aussi massivement dans les technologies de la communication avec la fibre optique, de la santé qui sera une industrie majeure durant le XXIe siècle, ou encore la chimie verte.

Autre priorité, les réseaux de transport ferroviaire à grande vitesse. On sait avec le développement des réseaux à grande vitesse que ceux-ci sont générateurs de richesse et d’emplois. En rapprochant les personnes et les entreprises, on permet de générer de nouveaux usages, de nouveaux emplois. Avec le développement de la grande vitesse et à l’avenir de la très grande vitesse on peut décongestionner les centres-villes et générer un flux d’abonnés permanents. Ce n’est pas un simple substitut mais un investissement durable et générateur de richesses. Aux nombreux secteurs évoqués, on pourrait ajouter la reconversion de l’agriculture vers le biologique qui peut être permise par la multiplication des sources de revenu des agriculteurs qui ne font pas que nous alimenter mais peuvent aussi devenir fournisseurs d’énergie avec la biomasse, le solaire ou l’éolien ou qui par leur activité servent déjà à entretenir les paysages de nos régions.

L’émergence de toute cette économie que certains qualifient de verte mais qui est plus que cela a besoin d’investissements d’importance que seul la puissance publique est capable d’avancer au début. Le secteur privé suivra ensuite mais il a une certaine inertie. Il faut donc que l’État joue son rôle d’orientation et de soutien aux secteurs d’avenir. Or, pour le moment, le gouvernement n’envisage pas d’orienter les ressources de cet emprunt de cette manière mais envisage juste de continuer les investissements publics comme avant. Alors que l’on sait pertinemment que la civilisation de l’automobile touche à sa fin, le gouvernement Fillon finance des kilomètres d’autoroute. Alors que la préservation de la biodiversité est essentielle et malgré le Grenelle de l’environnement, Jean-Louis Borloo et le gouvernement ont opté pour le tracé Sud qui coûtera très cher et que les contraintes environnementales seront très importantes selon Corinne Lepage et CAP 21. Malgré l’urgence de changer nos comportements, ce n’est pas l’orientation choisie par le gouvernement pour le moment. Encore une occasion ratée.

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