mercredi 19 août 2009

Berlusconi se heurte à la réalité.

Le président du Conseil italien, plus connu ces derniers pour le récit de ses frasques supposées avec des prostituées et les conflits d’intérêt que pour ses actes de gouvernement est contraint par la réalité du terrain à faire le contraire de qu’il avait promis durant la campagne électorale mais surtout contraire à sa volonté affichée de ne pas régulariser les sans-papiers et de le « renvoyer à la mer ». Car Silvio Berlusconi ; oui, oui, celui qui aurait tenu des propos racistes ou presque, celui qui s’est allié avec les extrémistes de la Ligue du Nord ; s’est mis à la régularisation massive des sans-papiers.

Alors que le gouvernement italien a récemment durci la règlementation sur les sans-papiers avec le durcissement des conditions de séjour et l’expulsion immédiate des sans-papiers, dans le même temps, l’Italie est contrainte de régulariser. Pourquoi une telle skyzophrénie ?


Une régularisation « sélective ».
Durcir la loi, tout en régularisant massivement. Un paradoxe supplémentaire qui n’effraie pas Silvio Berlusconi. En effet, le président du Conseil italien avec la nouvelle législation sur les sans-papiers risquait de causer de nombreux problèmes à nombre de ses électeurs. Nos amis italiens sont en effet très friands de travailleurs clandestins. C’est qu’il faut bien faire tourner les exploitations maraîchères et continuer à récolter en pleine saison d’été, l’Italie étant le 2e pays producteur de fruits et légumes de l’Union européenne. Mais aussi car il faut bien continuer à prendre soin des personnes âgées et des malades chroniques. Nombreuses sont en effet les familles italiennes ayant un ou une garde-malade pour prendre soin d’un membre de la famille âgé ou atteint d’une grave maladie. Et, comme la main d’œuvre nationale est rare et chère, les italiens ont largement recours à la main d’œuvre immigré souvent extracommunautaire.

Le gouvernement italien évite de parler de « régularisation massive » ou d’amnistie pour éviter de devoir à appliquer le pacte européen sur l’immigration et le droit d’asile adopté sous présidence française de l’Union mais qui est le fruit de longues négociations entre les États-membres. La vague de régularisation devrait concerner entre 350 000 et 400 000 personnes ce qui la place loin derrière une autre régularisation massive précédemment effectuée par le gouvernement … Berlusconi en 2002, encore une fois juste avant le durcissement de la législation via la loi Fini/Bossi.


Une politique qui ne passe pas l’épreuve du feu.
Entre la volonté de mettre fin à l’immigration clandestine et les besoins importants de l’économie italienne, il existe un gouffre et Berlusconi est contraint de prendre les mesures nécessaires pour ne pas pousser une économie italienne déjà fort mal en point vers les abîmes. Avec le durcissement de la législation, les employeurs de clandestins risquent en effet la prison. Or, ces employeurs « indélicats » sont souvent des électeurs de Silvio Berlusconi qui emploient des immigrés clandestins soit comme garde-malade soit comme saisonnier.

Malgré les réticences de la Ligue du Nord, dont le ministre de la simplification des lois (Eh oui ! Ça ne s’invente pas !) Roberto Caldéroli qui s’était affiché en 2006 avec un T-shirt représentant une caricature d’Allah, a récemment déclaré que la majorité des gardes-malades étaient des « ouvrières du sexe et des courriers de la drogue » qu’il n’était « pas question de régulariser. Qui travaille au noir en Italie doit repartir ».

Intransigeance qui se heurte à la réalité économique et à la nécessité vitale pour de nombreuses familles italiennes de ces gardes-malades qui sont 10 fois plus nombreux qu’en Angleterre. La régularisation se fera donc pour les familles gagnant plus de 25 000€/an, et pour les célibataires gagnant plus de 20 000€. Les employeurs « indélicats » devront s’acquitter de 500 € d’amende libératoire pour se régulariser auprès de l’INPS (institut national de prévention sociale) pour arriérés de contributions. Et l’immigré devra être présent sur le sol italien depuis 3 mois. Toutes ces conditions qui limitent assez sévèrement le dispositif, 80% des italiens déclarant moins que les planchers limites. En respectant ces critères, la régularisation massive concernera entre 350 000 et 400 000 personnes. Le nombre de personnes concernées si les critères avaient été plus souples auraient largement passé le million.

Attention donc à l’effet boomerang. La droite nationaliste fait plus de régularisations massives que la gauche avec pourtant des objectifs affichés parfaitement opposés et contraires. Un autre rappel à la réalité pour Berlusconi qui sera suivi par bien d’autres !

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