lundi 17 août 2009

Les États-Unis contre le NHS.

Le président Barack Obama a fait de la réforme du système de santé américain son cheval pour son mandat. Il faut dire qu’avec plus de 46 millions d’américains qui ne sont pas couverts pas une assurance santé sans compter le nombre conséquent d’américains qui ne sont pas autant couverts qu’il le faudrait, cette réforme de l’assurance santé aux États-Unis est vitale pour nombre d’américains. Mais alors que la réforme était approuvée par plus de 70% des américains avant l’été ne recueillent plus que 43% de soutien selon un sondage Gallop. Malgré les explications et les multiples interventions présidentielles n’y font rien, l’opposition grandit contre cette réforme.

Il faut dire que les Républicains n’y vont pas de main morte et que les groupes de droite et d’extrême droite se mobilisent activement utilisant des arguments délirants pour rejeter le texte.


La démagogie gagne du terrain.
Le sénateur Specter qui tenait en Pennsylvanie une réunion publique pour expliquer la réforme du système de santé s’est vu dire par un homme que l’État envisageait de contrôler les américains « de la naissance au tombeau », tandis qu’une retraitée assure « ne pas vouloir payer pour une assurance qui remboursera les avortements ». Une autre encore estime que « Le problème n’est pas la santé. C’est la transformation de notre pays en Russie, en pays socialiste ».

Ceci montre d’une part que les américains connaissent très mal la Russie, qui est devenue depuis l’effondrement du communisme, un terrain très prometteur pour les affaires malgré quelques rigidités administratives mais surtout cela montre que l’opposition à la réforme du système de santé américain a quitté le terrain de la rationalité pour aller sur celui de la démagogie et de l’irrationnel. Les militants souvent actifs contre l’avortement ou la restriction de la vente des armes à feu ne discutent pas de la réforme du système de santé mais de valeurs comme la famille, le libre-arbitre, la non-intervention de l’État ou le refus de toute contrainte collective. Un homme de 35 ans qui avait été récemment licencié dit « être responsable de lui-même » et qu’il ne « devrait pas avoir à partager les fruits de mon travail avec d’autres ». Tout ceci résume bien que l’état d’esprit de l’opposition à cette réforme.

Car la santé coûte aux États-Unis coûte plus cher que dans les autres pays industrialisées pour des résultats médiocres et laisse une bonne part de la population sans couverture maladie environ 46 millions de personnes.

Le problème est qu’à force de glisser vers un débat de valeurs, la démagogie s’est installé et multiplié les attaques contre le NHS.


Les attaques contre le NHS.
Les ultra-conservateurs qui étaient en pointe de ce mouvement tentent maintenant d’influencer les personnalités politiques républicaines. Mais le tournant s’est produit lorsque le sénateur conservateur de l’Iowa Charles Grassley, a affirmé que Ted Kennedy n’aurait pas pu être soigné de sa tumeur au cerveau par le NHS car il aurait été trop vieux. Des propos qui ont été repris et amplifié par Sarah Palin, ancienne colistière de John Mc Cain qui a écrit sur Facebook « Mes parents ou mon bébé trisomique devront comparaître devant le tribunal de la mort d’Obama, où des bureaucrates décideront s’ils sont dignes ou non de recevoir des soins.». La « santé nationalisée » serait l’euthanasie officialisée pour les vieillards et les handicapés. « Un tel système serait l’incarnation du mal ».

Les britanniques, très attachés au NHS à tel point que Nigel Lawson, ancien chancelier de l’Échiqier (ministre de l’économie) qualifiant même le NHS de « religion nationale », ont donc très rapidement et très fortement réagi. Gordon Brown et son épouse ont ainsi ardemment défendu le NHS sur Twitter attaqué par les républicains amériains qualifie de « diabolique et Orwellien ». La campagne britannique intitulée « WelovetheNHS » a rencontré un tel succès que la défense du NHS est en train de s’inviter dans la campagne des législatives britanniques. Car le NHS s’est sacré et le gouvernement britannique a beau jeu de dire qu’il a largement contribué à l’amélioration du service national de santé en construisant de nombreux hôpitaux, en engageant des personnels pour rattraper le retard accumulé dans les années Thatcher et Major. David Cameron s’est lui déclaré « champion du NHS ».


Qui a raison ?
Si les américains correctement couverts sont très bien soignés, les dépenses sont aussi largement supérieures. Les États-Unis dépensent près de 16% de leur PIB pour la santé, plus du double du Royaume-Uni.

Le quotidien britannique « The Times » qui traite abondamment du sujet ces derniers temps fait remarquer que de nombreux états arrivent à parvenir à une couverture santé totale comme la Suisse ou les Pays-Bas. Remarquant toutefois que le NHS, totalement public, n’est pas parfait avec des normes de santé qui ont tendance à se dégrader ou à se réduire et les États-Unis où l’assurance santé est presque exclusivement dévolue au secteur privé, le secteur public se limitant à quelques programmes publics type Medicare; le quotidien britannique conclut un de ses articles en précisant que dans la bataille entre les systèmes de santé britannique et américains, le vainqueur pourrait être le système de santé français.

Eh oui, notre bonne vieille « Sécu » qui accumule les déficits, tant décriée mais dont les français ne pourraient se passer, reste un système plus qu’efficace. Le « Times » précise que la réponse entre le système 100% public britannique et le système presque 100% américain, le système français qui combine intelligemment une couverture publique de base et un système privé complémentaire pour une dépense intermédiaire équivalent à 11% de son PIB soit une dépense intermédiaire entre les États-Unis et la Grande-Bretagne pour des résultats bien supérieurs dans tous les domaines de santé que ce soit au niveau de la mortalité infantile, de l’espérance de vie, ou de la mortalité des maladies cardio-vasculaires ou même le taux des grossesses adolescentes.

Et la France alors ?
Le système français tant décrié par notre président de la République, n’est certes pas parfait mais il reste le plus efficace au monde comme l’a confirmé l’OMS. Bien sur, il faut le réformer pour qu’il perdure mais il faut arrêter de dire qu’il faut privatiser davantage le système de santé ou n’examiner le système français que par une approche comptable. C’est malgré tout ce que veut faire la loi récemment discutée et adoptée par le Sénat sur les hôpitaux publics.

Encore une fois, la France n’est pas le pire exemple dans le domaine des services publics et de la santé, mieux, elle est un exemple. A nous donc de tout faire pour préserver ce système qui nous permet d’être soigné correctement quelque soit notre niveau de richesse.

6 commentaires:

FredericLN a dit…

D'accord sur les conclusions, mais ne glorifions pas trop le système français ; les systèmes US et britanniques sont sans doute parmi les deux pires des pays riches. Les devancer est un exploit aisé. Les performances "OMS" du système français, c'est concrètement l'espérance de vie, qui est due en partie au système de santé mais aussi à bien d'autres facteurs, du genre (petit vrac sans vérification préalable) moindre pollution industrielle (densité plus faible) qu'ailleurs en Europe, moindre consommation de sodas, baisse du tabagisme, radars automatiques... Tant mieux, mais ça ne justifie pas, p.ex., le doublon administratif Sécu+mutuelles.

Orange pressé a dit…

Je ne suis pas d'accord, le système Sécurité sociale + mutuelles nous permet d'avoir un système de couverture sociale compétitif et appréciable.

JF le démocrate a dit…

Il me semble qu'aux Etats-Unis on se trouve en pleine bataille purement "politicienne", avec tout ce qu'il peut y avoir comme abus dans ces circonstances. Le but des Républicains est "d'abattre Obama", et le système de Santé américain n'est qu'un alibi, juste le symbole de ce qu'a promis Obama durant les Présidentielles et donc ce qu'il faut parvenir à empêcher coûte que coûte, quitte à dire d'immenses "conneries", pourvu qu'on puisse déstabiliser un Président qui succède à un autre, dont l'Histoire a prouvé pourtant qu'il menait des guerres "préventives" sans fondement sérieux.
Bref, je crois qu'on se trouve là dans ce qu'il peut y avoir de plus bas en politique, au mépris total de l'intérêt du peuple.
Dans ce combat, ce que je qualifierais volontiers d'extrême-droite si l'on veut faire une comparaison avec notre paysage politique français, n'a bien évidemment de cesse que de donner dans l'outrance. Les excès verbaux et bien sûr le culte du "chacun pour soi".

Notre système de Santé n'est peut-être pas parfait, mais en attendant - même s'il coûte, moins que les retraites toutefois, mais de ce simple constat coûte tout court!- est performant. En ce sens, je suis en totale contradiction (pour une fois) avec les propos de Frédéric LN. Car ce n'est pas la baisse du tabagisme (quid aux Etats-Unis?!) ou les radars automatiques (qui vous flashent à 71 km/h au lieu de 70, expérience vécue), qui sont à la base de l'augmentation de l'espérance de vie. Tout cela est très marginal. Consulter un généraliste en France coûte 22 euros, remboursés. Aux Etats-Unis, ça peut aller jusqu'à 100 à 150$...
Bref comparons ce qui est de l'ordre du comparable.

JF le démocrate a dit…

J'ajouterai que ce qui coûte le plus à notre système de sécurité sociale et de solidarité (retraites) en général, et c'est à peine paradoxal, c'est justement l'augmentation de l'espérance de vie de nos concitoyens.
Je n'ai pas spécialement envie de me montrer cynique, mais il faut parfois dire des vérités qui ne sont pas bonnes à entendre. Si dans notre pays les gens fumaient plus, s'ils picolaient encore davantage, alors ce serait tout bénéfice pour l'Etat. Moins d'espérance de vie = moins de retraites à payer...
N'oublions pas non plus que ce sont nos "vieux", comme le chantait affectueusement J. Brel, qui coûtent le plus à la Sécu. C'est bien compréhensible je crois. Plus on veut augmenter l'espérance de vie, plus il y a des soins médicaux derrière...
Nous avons fait le choix en France de rallonger l'espérance de vie au détriment des comptes publics, et c'est je crois tout à notre honneur.

Ne nous trompons-pas de combat. C'est un combat rétrogade et inhumain que veulent mener les Républicains aux Etats-Unis, en affirmant la doctrine du "chacun pour soi", ou encore celle du "marche ou crève".

Ce n'est pas notre tradition française et c'est tant mieux je trouve.

Orange pressé a dit…

Plus de tagagisme dit plus de cancers du poumon donc des soins plus coûteux. Même chose pour l'alcoolisme qui augmente le nombre de cirrhose et cause des dégâts autres : accidents de la circulation, violences physiques, atteintes à l'ordre public.

Il faut savoir qu'un fumeur en dépit des taxes importantes qu'il paie en achetant ses cigarettes coûte au final plus cher en soins qu'il ne rapporte en taxes.

JF le démocrate a dit…

Le coût global pour la société du fumeur est une hypocrisie absolue qui m'a toujours frappé.
Car il faut compter coûts liés à la sécu + coûts liés aux retraites dans les comptes publics (et l'on sait bien que l'espérance de vie d'un fumeur est nettement moindre que celle d'un non fumeur).

Encore une fois, c'est un choix de société, qui va dans le bon sens que nous avons fait, en s'engageant dans la lutte contre le tabagisme, mais ce n'est en aucun cas un choix lié à des préoccupations économiques.

La lutte contre l'alcool, elle, apparemment attend toujours, lobbies obligent sans doute.