jeudi 13 août 2009

La presse, pas sorti d'affaire par Internet.

La crise de la presse due à la chute des ventes a poussé nombre de titre à développer leur présence sur Internet. Pour la majorité d’entre eux, cela se limite à proposer leur édition en ligne soit en format pdf payant et leurs articles récents à disposition gratuite le tout financé par de la publicité en ligne. Mais certains titres en difficulté ont décidé d’arrêter leur publication papier et de passer au tout Internet comme le « Christian Science Monitor », le « Seattle Post Intelligence » ou « Rocky Mountain News », il y environ 4 mois. Le « Monitor », reconnu pour sa qualité éditoriale mais dont la diffusion était faible (50 000 exemplaires), s’est donc replié sur son site Internet dont l’audience a à peine augmenté tandis que celle de ses 2 autres confrères a baissé de respectivement 21,4% et 12%.
Le tout numérique ne semble donc pas être une stratégie gagnante.

Il faut dire qu’en mutant vers un modèle 100% numérique, les titres précités ont pris cette décision en se fondant sur une logique de coûts. Mais, sans présence physique dans les kiosques et des équipes rédactionnelles et commerciales réduites, ces journaux ont directement porté atteinte à leurs recettes. Facteur aggravant, la crise de la publicité s’est fait sentir entamant sérieusement les recettes publicitaires de ces titres.

Des chercheurs britanniques ont d’ailleurs étudiés le cas d’un quotidien finlandais, le « Taloussanomat » qui était lui aussi passé au 100% numérique selon cette même logique de dépenses. Sur un an, si les coûts ont baissé de 50%, les recettes se sont elles écroulées avec une baisse de 75%.

Malgré tout, la demande d’information continue à croître puisque selon la NAA (News Association of America), l’audience des sites d’information continue à progresser. La quadrature du cercle que doivent résoudre les sites d’information et de la presse en général est faire passer les internautes à la caisse. Si les internautes sont conscients que l’information a un coût, ils rechignent à payer, étant habitué depuis longtemps à disposer d’Internet comme une source d’information gratuite et illimité.

Mais la crise de la presse et la chute des revenus publicitaires sur Internet pousse de nombreux groupes de presse à faire passer au payant au moins une partie de l’accès à leurs sites Internet. Le magnat de la presse Rupert Murdoch, propriétaire entre autres des quotidiens The Sun, The Times, de la chaîne de télévision Fox News et de Myspace au travers de son groupe News Corp., a ainsi ouvertement déclaré qu’il souhaitait que les internautes devraient notamment pour avoir accès aux sites de leurs titres de presse préférés.

Le New York Times qui était lui passé d’un modèle payant à modèle gratuit pour son site Internet, envisage de faire machine arrière et de retourner au payant. Ces hésitations montrent donc que la presse se cherche un nouveau modèle de développement pour survivre.


Des solutions existent !
A l’évidence, l’ère du tout gratuit est finie. Les lecteurs de presse en sont conscients et sont prêts à payer si des services à valeur ajouté sont proposés. Actuellement, l’information est marqué par une exigence d’instantanéité qu’apporte Internet mais aussi par une exigence d’un vrai travail journalistique de profondeur qui ne peut être fourni que par de vrais journalistes.

Pour concilier ces deux impératifs, il convient d’être créatif et de mieux combiner les moyens modernes et classiques de paiement et de diffusion. Afin de résoudre cette épineuse question, je propose la chose suivante. De nombreuses personnes dont je suis sont prêtes à acheter beaucoup de presse à condition de disposer d’une certaine flexibilité. En l’absence de flexibilité, une part importante de lecteurs est donc contrainte d’acheter ses journaux en kiosques ou l’achète moins souvent au lieu de s’abonner. Il pourrait donc sembler pertinemment de définir une nouvelle forme d’abonnement. Le lecteur serait abonné et règlerait son abonnement normalement à l’année ou au mois mais aurait à disposition une carte à puce lui permettant de retirer un exemplaire de son quotidien ou de son magazine en kiosque. Comme souvent, ces personnes passent devant les mêmes kiosques, on pourrait après une période d’essai, adapter la distribution aux kiosquiers en fonction.

Cette solution se heurte néanmoins à au moins deux problèmes.
Le 1er est le manque, en France au moins, d’un réseau suffisamment dense qui absorber ce nouveau mode de diffusion et de distribution.

Le 2e problème se situe au niveau de la rémunération des kiosquiers et autres dépositaires de presse. Ces derniers ont, en France, l’obligation d’avoir à disposition tous les titres existants sur le marché ce qui complique la gestion des stocks et encombre les magasins de titres qui ne se vendent pas forcément. La rémunération des kiosquiers se trouvent amputée de coûts de gestion dont il se passerait bien alors que dans le même temps, il leur arrive de ne pas avoir assez d’exemplaires pour les publications ayant du succès.
La question de la rémunération se situe aussi au niveau des marges qui sont allouées aux kiosquiers qui ne permettent pas toujours le maintien de kiosques de façon suffisamment dense.


La crise de la presse n’est donc pas terminée, mais des solutions réalistes et réalisables existent. Espérons qu’elles réussissent car sans presse indépendante, il n’est pas de démocratie qui puisse vivre sereinement.

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