samedi 1 août 2009

Relance verte, l’Europe va-t-elle regarder passer le train ?

Peu avant le sommet de Poznan, le Conseil de l’Union européenne venait de se mettre d’accord sur le « Plan Climat » afin de faire de l’Europe, la zone motrice de l’industrie verte au niveau mondial. Déjà leader sur tous les pans de l’économie verte, de l’énergie à la chimie, l’Europe se retrouve paradoxalement à la traine de la relance verte. Pourquoi ?

La réponse est simple. A trop se concentrer sur le sauvetage du système financier, à force de ne pas vouloir faire de réel plan de relance coordonné mais simplement de petits plans de relance nationaux, l’Europe risque non seulement de perdre son leadership mais plus grave de perdre ses industries vertes. C’est d’ailleurs ce qui se passe en ce moment au Royaume-Uni, où la seule usine de fabrication d’éoliennes du pays va fermer ses portes alors que le gouvernement venait de dévoiler un ambitieux plan de développement des énergies renouvelables.

Vestas, le groupe danois qui est le champion mondial de la production d’éoliennes, va donc fermer son usine en dépit des nombreuses protestations et de l’occupation de l’usine par les salariés. Ce sont donc 525 emplois directs qui disparaîtront de l’usine de l’Ile de Wight du fabricant danois.


Les raisons invoquées par Vestas.
Selon le fabricant danois d’éoliennes, la fermeture du site britannique est la conjonction de plusieurs facteurs différents spécifiques au Royaume-Uni mais aussi aux marchés concernés desservis. L’usine de Wight qui dessert l’Europe du Nord subit directement la crise du crédit qui affecte les projets éoliens en cours, les banques ne se contentent plus en effet de voir si le projet est viable mais étudient aussi la qualité des MW produit et donc comment optimiser leur investissement notamment par faible vent. Un autre facteur découle de la non-appartenance du Royaume-Uni à la zone euro et de la forte volatilité de la livre sterling qui a perdu 40% en moins d’un an (jusqu’à presque approcher la parité 1€ = £1) avant de réduire ses pertes à -20% sur un an rendant plus coûteuse la production d’éoliennes sur le territoire britannique. Enfin, Vestas note le faible soutien de l’État et des collectivités publiques sur le secteur.

De fait, le fabricant danois a décidé de redéployer ses efforts dans les pays qui relancent massivement leur secteur énergétique en axant leurs investissements sur les énergies renouvelables, principalement dans l’éolien. Ces pays, ce sont les États-Unis et la Chine qui représentent actuellement 40% de son activité et dont la part va encore s’accroître avec les massifs plans de relance verte annoncé par les administrations américaines et chinoises.

Des explications rejetées par les syndicats qui expliquent que le chiffre d’affaires de l’entreprise a décuplé en 10 ans et que pour l’année 2008, les profits de l’entreprise se sont accrus de 75% à 511 millions d’euros et un carnet de commandes plein à craquer et qui continue de se remplir. Mais pour Vestas, les projets éoliens annoncés par le gouvernement britannique sont trop incertains et tardent à se concrétiser notamment les projets offshore de grande capacité.


Le paradoxe vert.
Triste constat alors que l’annonce du Plan Climat aurait dû au contraire soutenir la demande dans le secteur et inciter à l’investissement, et malgré une volonté évidente des États d’investir dans les énergies renouvelables et notamment dans l’éolien, ceux-ci tardent à mettre les moyens adéquats. En France, si le Grenelle de l’environnement a suscité de grands espoirs, la première partie du texte qui se contente de définir les orientations générales n’a été adopté définitivement que le 24 Juillet 2009 soit presque 2 ans après les premières discussions. Le projet de loi « Grenelle 2 » qui doit traduire concrètement les moyens financiers alloués et traduire dans les faits, la bonne volonté affichée par le gouvernement n’a toujours pas passé l’étape de la première lecture au Parlement.

Plus généralement, les moyens mis en place dans les divers plans de relance sont ridicules au niveau européen. Sur les 450 milliards $ au niveau mondial concernant la relance verte, la Chine et les États-Unis devancent largement les autres pays avec 200 milliards $ en Chine et 160 milliards pour les États-Unis. La Corée du Sud suit les 2 plus gros pollueurs de la planète avec 45 milliards $ pour un pays d’environ 50 millions d’habitants. L’Allemagne, pays européen en pointe au niveau environnemental notamment au niveau des énergies renouvelables, va investir environ 20 milliards €, record en Europe. Reste 25 milliards de dollars pour tous les autres pays du monde et il faut considérer que l’Inde et d’autres pays en voie de développement vont investir massivement. La France et le Royaume-Uni notamment sont à la traine.

Signe des temps, les États-Unis, alors encore sous l'administration Bush, ont, en 2008, installé 9 650 MW de capacité éolienne efficace tandis les capacités installées dans l'Union européenne des 27 sont 8 877 MW. Pour le 1ière fois donc, l'UE est seulement la 2e zone d'installation au niveau. Bien sur, l'Europe dispose d'une considérable avance avec 65 933 MW et reste en tête pour le solaire qu'il soit thermique ou photovoltaïque, ou encore au niveau de la biomasse. L'Europe dispose pourtant d'une géographie plus favorable avec le littoral le plus étendue favorable à l'éolien. Par la variété des situations géographique qui sont les siennes, elle peut aussi compenser les désavantages de chacune des différentes énergies renouvelables. Autre atout européen, la densité de son réseau électrique, indispensable pour développer les énergies renouvelables et l'intensité des efforts consentis en matière de recherche et développement (R&D). L'Europe dispose donc de tous les atouts nécessaires pour rester très largement en tête de l'économie verte. Reste à faire ce qui est plus dur.

Bref, de la théorie à la pratique, il reste encore un long chemin à parcourir.


Source : La Tribune, édition du 30 Juillet 2009.

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