lundi 3 août 2009

OMC, la Chine montre les crocs.

La Chine a adhéré à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) en 2002. On s’attendait à ce que la Chine ne soit pas un membre comme les autres, on s’est depuis aperçu que l’on avait fait entrer le loup dans la bergerie. La Chine, profitant de la clause de la nation la plus favorisée, a donc renforcé ses positions commerciales tout en fermant son marché au maximum. Bien sur, il y a eu quelques ouvertures mais la Chine reste encore extrêmement fermée à toute concurrence étrangère sur son sol ou de la part des pays étrangers. Le maintien de yuan à un niveau de sous-évaluation patent permettant à la Chine de brader ses exportations malgré une forte tension incitant à une réévaluation. Profitant pleinement des opportunités offertes par l’OMC, la Chine a donc constamment renforcé ses positions commerciales.

Poursuivant dans cette voie, la Chine vient d’ouvrir une nouvelle phase au sein des relations commerciales internationales. En effet, vendredi dernier, l’office de règlement des différents (ORD), instance départageant les conflits commerciaux, a annoncé la mise en place d’un groupe spécial chargé d’étudier les mesures prises par les États-Unis concernant les importations de volaille chinoise sur le sol américain.

Avec cette première phase de la procédure juridique qui doit trancher un litige commercial entre ces deux pays, la Chine ne se contente donc plus de profiter du système, elle tente désormais de le modeler à son avantage.


L’empire du milieu passe à l’attaque.
En attaquant les États-Unis devant l’ORD, la Chine sait très bien ce qu’elle fait. Consciente que les États-Unis ne peuvent accepter librement les volailles chinoises, notamment après l’épidémie de SRAS qui a montré les conditions sanitaires déplorables dans lesquelles sont élevées et transportées ces dernières, la Chine s’attend à ce que l’ORD tranche en faveur des États-Unis. Le but n’est donc pas de savoir qui a raison ou tort mais consiste à envoyer un signal à l’administration Obama alors même qu’un sommet bilatéral entre les 2 pays se tient au même moment. La Chine montre donc les muscles afin de montrer qu’on ne peut désormais compter sans elle au niveau international. Et l’Europe dans tout ça ?


Chine et Europe, l’épreuve de force.
Les relations sino-européennes sont bien différentes. Contrairement aux États-Unis, l’Union européenne n’est pas dépendante de la Chine au niveau monétaire. Mieux, l’euro se pose en concurrent du dollar en tant que monnaie internationale. Cependant, il parait bien prétentieux de croire que nous serions à l’abri. Si sur bien des points nous sommes plus performants, les nombreux transferts de technologie comme l’implantation d’Airbus en Chine ou la montée en flèche des déficits publics des pays européens est inquiétante.
Là aussi, la Chine tente l’épreuve de force face à l’Union européenne.

Vendredi dernier toujours, la Chine a saisi l’OMC pour qu’un compromis soit trouvé sur la question des mesures anti-dumping adoptées par l’UE sur les importations de vis et de boulons chinois. La Commission européenne, avec raison, considérant que la Chine subventionne illégalement ses exportations de vis et de boulons, a donc décidé de lutter contre cette pratique commerciale déloyale en mettant en place d’importants droits compensateurs depuis Janvier 2009.

La procédure devant l’OMC n’en est pour le moment qu’en phase préliminaire, mais la Commission a déclarer qu’elle allait « étudier attentivement ses arguments ». En période de crise économique et tandis que le commerce mondial a subit une chute d’environ 9%, l’évènement n’est pas si étonnant que cela. Néanmoins, il convient de surveiller de près la situation.


Le protectionnisme régional, une solution ?
Le sociologue et démographe Emmanuel Todd défend l’idée d’instaurer un protectionnisme régional afin de préserver le marché européen du dumping chinois. Cet approche vise d’une part à préserver les industries européennes mais surtout à garantir des débouchés pour soutenir les efforts de R&D européens et éviter que les investissements en matière de recherche et développement européens soit récupérer par la Chine via des transferts de technologie ce qui étoufferait l’émergence des industries européennes dans de nouveaux secteurs tout en préservant les capacités industrielles indispensables au maintien de la puissance commerciale du Vieux Continent. A l’heure de la remise en question des théories dominantes en matière économique, cette approche plus réaliste et moins dogmatique que l’idée d’une libéralisation sans limite, mérite d’être étudié en profondeur et non balayé d’un simple revers de main.

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