lundi 26 octobre 2009

L’alliance pour garantir l’indépendance !

En réponse au billet « La bonne décision » de nos amis démocrates de l’Essonne sur le blog « Agir pour le Mouvement démocrate », je publie cette tribune que j’aurai pu intituler « La mauvaise décision » pour y répondre directement. Toutefois, les enjeux étant plus importants et pour répondre au climat général approuvant l’autonomie du MoDem au 1er tour.


L’autonomie justifiée.
Dans le billet en question, nos amis de l’Essonne approuve la décision du Conseil national approuva l’autonomie du Mouvement démocrate au 1er tour. Citant François Bayrou et déclarant qu’il ne reste qu’à choisir les bons candidats et que le MoDem peut réussir à faire 10% dans toutes les régions, l’argumentation pourrait sembler un peu juste.
Il faut toutefois se rapporter à un billet précédent du même blog intitulé « Le beurre et l’argent du beurre » pour comprendre la réflexion de nos amis de l’Essonne.

Optimiste, ce billet développe l’argumentation suivante : nous devons croire en nos valeurs, ne pas courir vers la facilité et proposer une vision pragmatique et réaliste pour convaincre l’électorat.

Le raisonnement est beau, optimiste, il fleure bon l’idéalisme. Mais quitte à briser les illusions de quelques-uns, la réalité est tout autre.


L’autonomie n’est pas si partagée qu'il se dit.
Lors du Conseil national de Samedi dernier, l’autonomie a été votée à l’unanimité. Beaucoup pourraient croire que personne ou presque a une opinion contraire. Or, rien n’est plus faux. Florian Chiron, président du MoDem Allemagne et conseiller national qui ne pouvait être présent lors de ce Conseil national dans un commentaire sur le blog de Christophe Ginisty a lui-même précisé qu’il était pour une alliance Europe-Écologie-MoDem dès le 1er tour. Cette opinion n’est pas isolée au sein du Mouvement démocrate même si elle est minoritaire.

N’en déplaise à certains, je suis du même avis que notre ami allemand, une alliance avec Europe-Écologie aurait eu du sens. On pourra me rétorquer que les Verts ne veulent pas faire alliance au 1er tour. Certes ! Mais, ce que les Verts ne veulent pas c’est récupérer François Bayrou et Marielle de Sarnez qui pensent que l’écologie n’est qu’une thématique parmi d’autres et un cadre général de réflexion en soi. Par contre, ils sont parfaitement ouverts aux démocrates. Résoudre ce paradoxe est possible, reste à le vouloir, ce qui n’est plus le cas depuis samedi. Christophe Ginisty pense lui qu’un changement de situation sur la question des alliances de 1er tour est possible. Effectivement, j’ai eu aussi des échos qui me sont parvenus accréditant cette idée. Mais, je ne pense que nous sommes arrivés sur cette question à un point de non-retour.


L’alliance pour garantir l’indépendance.
De manière générale, les partisans de l’autonomie justifie cette démarche par l’idée qu’une alliance reviendrait à renoncer à nos idées, à renoncer à notre démarche de 2007 de faire de la politique autrement, à faire comme les vieux partis dont le modèle est totalement dépassé. Enfin, une alliance de 1er tour brouillerait notre image dans l’électorat. Je réfute cet argumentaire car une alliance ne signifie par autant une perte d’indépendance. Je vais vous en fournir un exemple très proche : le Front de gauche. On le sait, les communistes bien qu’ayant une très forte base militante sont réduits à une portion congrue dans l’électorat. Jean-Luc Mélenchon, en prenant son indépendance du PS pour fonder le Parti de Gauche puis en créant le Front de gauche pour unir l’extrême-gauche pour réussir à obtenir des députés lors du scrutin européen, a réussi marginaliser Besancenot tout en permettant à l’extrême-gauche de prendre son indépendance vis-à-vis du PS. On l’a appris la semaine dernière, le Front de gauche sera reconduit pour les régionales et le PCF ne fera d’alliance de 1er tour avec le PS. Ainsi, le PCF en s’alliant avec le PG garantit son indépendance d’avec le PS.


Bien sur, les 2 formations sont proches mais les fondements idéologiques proches mais le MoDem et Europe-Écologie sont moins éloignés qu’on le pense. Rappelez-vous 2007, Corinne Lepage avait soutenu François Bayrou pour la présidentielle puis avait rejoint le MoDem avec CAP 21 car les fondements de l’idéologie démocrate accordaient une large place à l’écologie et au développement durable. Ensuite, au Parlement européen, le MoDem est très proche d’Europe-Écologie. Corinne Lepage a proposé que le MoDem rejoigne le groupe parlementaire des Verts européens, elle n’a pas été suivie sur ce point mais un partenariat renforcé entre le groupe des Verts-ALE et le groupe ADLE. Le collectif Europe-Écologie a aussi clairement affiché sa volonté de se recentrer ce qui a engendré le départ de la député écologiste Martine Billard vers le Parti de Gauche de Mélenchon. Il y a donc une claire volonté d’Europe-Écologie de se rapprocher de l’idéologie démocrate et d’élargir son électorat au-delà de la simple question écologique. Les points de convergence sont donc nombreux.


Ensuite, l’intérêt d’une alliance avec Europe-Écologie est d’avoir le dessus dans le rapport de force avec le PS. Si le MoDem se présente en autonome, il fera certainement entre 8% et 12%, ce qui ne lui permettra pas de se maintenir partout. Le chemin sera donc très difficile dans le Nord-Pas-de-Calais et en région PACA pour passer les 10% et donc peser pour une alliance de 2e tour ou se maintenir. Car s’il y bien une chose qui n’est pas inconnue pour ces prochaines régionales, c’est le recul programmé du parti socialiste. Sans alliance de 1er tour avec le PCF et les Verts, avec l’émergence du Front de gauche et d’Europe-Écologie, le PS perdra aura mécaniquement un score plus faible au 1er tour et ne sera en position de force pour négocier des alliances de 2nd tour. L’autre facteur qui actera la recul du PS, l’ampleur de la victoire de 2004. Lors des dernières régionales, le PS avait remporté 20 régions sur 22 et en avait codirigé une 21e. Dès lors, le simple fait de perdre une région sera vécu comme une défaite pour les socialistes et comme une victoire que ce soit pour Europe-Écologie ou l’UMP. Enfin dernier élément, l’UMP qui a aspiré la plupart des partis de droite peut dans les régions où le PS a gagné avec une faible marge, faire basculer les régions.


Conclusion.
Pour gagner, il va donc nécessairement falloir des rassemblements larges que j’appelle des « coalitions arc-en-ciel » pour permettre aux forces qui souhaite l’alternance en 2012 de garder une forte influence au niveau des collectivités territoriales et empêcher l’UMP et Nicolas Sarkozy de porter des atteintes irrémédiables au modèle républicain français. Évidemment avec de tels rassemblements, il va falloir nécessairement faire des compromis pour peser sur la gouvernance des régions. Or, force est de constater que l’on pèse plus avec 20-22% qu’avec 8% ou 10%. Si on y réfléchit bien, on peut constater que nous partageons bien plus avec Europe-Écologie avec qui nous menons une coopération renforcée au Parlement européen et avec qui nous partageons nombre de nos idées qu’avec les socialistes.

Or, ainsi que l’a précisé François Bayrou à de multiples reprises, nous ne nous allierons probablement pas avec l’UMP surtout après les récentes décisions parlementaires et l’affaire Jean Sarkozy. Il semble donc nécessaire pour garantir notre indépendance et la prévalence de nos idées d’en passer par une alliance.

D’où le principe suivant auquel j’invite nos ardents partisans de l’autonomie à réfléchir.
Parfois, il vaut mieux : l’alliance pour garantir l’indépendance.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Peut-être cela t'a-t-il échappé mais pour faire une alliance c'est comme pour se marier, il faut être DEUX.

Et EE ne voulait pas de nous...Malheureusement je te l'accorde.

Orange pressé a dit…

EE ne veut pas de François Bayrou et de Marielle de Sarnez, ou pour résumer des démocrates qui ne croient pas en l'écologie et qui considère que c'est une question secondaire.

Par contre, ils parfaitement ouvert pour partir avec les démocrates qui sortent du schéma précité.
Ensuite, tant que les listes ne sont pas déposées, il existe des marges de manœuvres.
Nous pouvons construire un projet commun avec Europe-Écologie car comme je l'ai dit plus dans mon article, nous avons de nombreux points communs.
Une alliance avec le PS, qu'elle soit de 1er ou de 2nd tour d'ailleurs, tendrait plutôt vers une négociation en termes de places éligibles.

Si on se donne les moyens de réussir un rassemblement réellement ouvert nous pouvons le faire. Christophe Grébert que l'on cite en modèle ces derniers temps a créé un groupe commun avec le seul élu écologiste au conseil municipal de Puteaux. Cela marche très bien et montre qu'il y a plus de marges de négociation avec Europe-Écologie qui tend à se recentrer qu'avec le PS.

David Guillerm a dit…

J'avais ecris un long commentaire mais mon ordi de ***** à buggé! Je disais donc que cet article mérite d'être lu. Il peut y avoir deux visions:

-Soit nous voulons changer le paysage politique et construire une alternative globale à nicolas sarkozy et alors le rassemblement avec EE semble logique et souhaitable pour construire cette troisième voie des démocrates et écologistes.

Soit nous voulons ancrer le MoDem durablement et ces valeurs. Alors, se présenter de façon autonome au 1e tour est normal et légitime.

Je pense que ces deux choix peuvent sur le long terme se rejoindre mais il est clair que pour cela, il faudra que nous acceptions à nouveau que notre structure soit chamboulé et bien sûr que les militants des deux structures actuelles veuillent ce rassemblement pour la France.

Orange pressé a dit…

Reste la question des chefs. Comme souvent, c'est là que ça coince et pas au niveau des militants.

zenzai91 a dit…

Je pense que d'une certaine manière tu as raison d'écrire que l'alliance est capitale, mais dans la note d'agir pour le modem (que j'ai pondu) ce que je ne mentionne pas c'est que la stratégie d'indépendance comporte le risque de l'effacement de l'échiquier politique au cas ou les français, font un choix contraire de celui qu'on espère. Il faudra alors tirer les conclusions de cette épopée orange, il n y aura pas d'alternance qui soit acceptable pour nous en 2012 et commencer à préparer la véritable fusion avec EE et PS???.
Entre temps, on va espérer que la confiance reviendra car naïvement c'est vrai, et je connais très bien les limites de notre fonctionnement interne, je crois que nos valeurs sont porteuses.