vendredi 20 novembre 2009

"Je mens un peu", N. Sarkozy face aux maires.

Le président de la République recevait ce matin quelques centaines de maires après avoir (volontairement) évité de se rendre au Congrès des maires de France. Devant un public choisi, amputé de nombre d'élus socialistes, Nicolas Sarkozy a réussi à se faire applaudir pour un discours sans relief.

"Je mens un peu", Nicolas Sarkozy.
Au début de son début, notre omniprésident a lâché cette petite phrase qui n'avait l'air de rien dans son discours mais qui est révélateur d'une certaine réalité. Car durant son discours, notre président a repris ses accents maintenant connus et usés du type : "Et si je ne l'avais pas proposé ? On m'aurait reproché de ne rien faire ?" ou encore "Vous ne voulez pas de réforme ? Je ne vais pas rester inactif, alors j'y vais". Rien de neuf sous le soleil de Novembre donc ! Enchainant des banalités et parfois même des contre-vérités avec les projets actuellement en discussion au Parlement, Nicolas Sarkozy a en fait beaucoup menti que ce soit directement ou par omission.

Insistant sur le fait que "les citoyens-contribuables sont tous égaux", il a défendu l'idée d'une recentralisation des moyens financiers des collectivités. Ce qu'il oublie de dire, c'est que les collectivités verront leur part de recettes largement dépendre de dotations que le gouvernement commence à diminuer progressivement, incapable qu'il est de réduire ses déficits. En fait, le président sous prétexte de péréquation fiscale qui est très largement marginale et constitue un prétexte aisé pour diminuer la décentralisation financière des collectivités, l'État va réduire les moyens alloués aux collectivités qui ne pourront plus compenser les compensations très partielles de l'État par une variation de fiscalité locale indispensable au maintien de la qualité des services. Ce faisant, l'État risque de tuer la reprise dans l'œuf alors que les collectivités ont pourtant massivement investi.


Des mensonges à la pelle.
Parmi toutes ces déclarations, le président n'a pas hésité à dire le contraire de ce qu'il fait. L'exemple caractéristique est la phrase suivante : "Nous devons arrêter d'être les champions de la dépense publique". Sauf que, dans le même temps, on parle grand emprunt dont le montant varie entre 35 et 60 milliards € avec un déficit qui va pulvériser tous les records à plus de 140 milliards €. Lors de son accession au pouvoir, la dette publique de la France était équivalente à 66% de son PIB. A la fin de cette année, elle sera de 87% du PIB. Ce qui fait +21% de points de PIB en 2ans et demi. Jamais la dette publique n'a augmenté si vite. Et le grand emprunt qu'on nous promet servira à réaliser ce que l'État ne parvient pas à faire avec son budget normal : des investissements.


Comme le dit le proverbe : "Il vaut mieux regarder la poutre que l'on a chez soi que la paille dans l'œil du voisin".
Il faut en effet savoir que lorsque l'État s'endette, il s'endette pour financer ses dépenses de fonctionnement. Traduction, derrière ces dépenses, il n'y a rien de concret, de solide de réalisé. Conséquence logique, l'État s'endette pour financer sa dette et c'est l'effet boule de neige.
Du côté des collectivités, impossible de s'adonner à ces excès. Les collectivités sont en effet strictement surveillées par les préfets et les CRC (chambres régionales des comptes). Les règles budgétaires qui les régissent et l'obligation faite de couvrir le remboursement des emprunts contractés par des recettes propres interdit l'effet boule de neige précité. Impossible pour les collectivités de s'endetter pour financer leurs dépenses de fonctionnement.

Au contraire, les collectivités sont incités à gérer efficacement leurs dépenses de fonctionnement pour avoir des marges de manœuvre plus importantes pour leur section d'investissement. Quand une collectivité emprunte, c'est pour investir. Derrière chaque euro emprunté par les collectivités locales, il y a quelque chose de concret, un équipement public, un service nouveau. L'État se reporte depuis des années sur les collectivités pour réaliser ce qu'il ne peut plus faire : investir. L'exemple est patent avec le transport ferroviaire régional où cette semaine encore les collectivités en collaboration avec la SNCF ont signé deux contrats géants de 7 milliards € avec Alstom et de 8 milliards € avec Bombardier.


Défendre le pire !
A côté de cela, le président de la République a défendu sa réforme pour lutter contre la mauvaise idée du mandat unique qui déracinerait les élus de leur territoire. Bizarrement, nos amis européens arrivent très bien à faire sans et ne sont pas déracinés pour autant de la réalité. L'interdiction du cumul des mandats, loin d'être un mal est au contraire un bien qui permettra une meilleure gestion des collectivités.


La question du redécoupage.
Déclarant aussi : "Le redécoupage est une maladie française", notre président dit clairement le contraire de ce qu'il est en train de faire avec Alain Marleix qui redessine la France à l'avantage exclusif de l'UMP. Puisque les différents redécoupages envisagés sont clairement partisan. La "réforme" envisagée des collectivités et le mode de scrutin afférent loin de corriger la situation, l'aggrave. Mode de scrutin qui a d'ailleurs reçu un avis négatif de la part du Conseil d'État et est inconstitutionnel selon Guy Carcassonne, éminent constitutionnaliste.


Le président ne sait même ce que contient ses réformes !
Chose surprenante, Nicolas Sarkozy a affirmé que la clause générale de compétence serait réservée aux communes. Or, dans le projet de loi déposé par son ministre de l'Intérieur au Sénat, celle-ci est maintenant pour éviter la grogne des élus locaux et faire passer le projet.
Il est très étonnant que le président de la République ne connaisse pas lui même ses propres projets de loi.


Conclusion.
Il ne fallait rien attendre de l'intervention présidentielle et l'on rien obtenu de concret. Entre banalités et mensonges, le président de la République s'est empêtré dans ses contradictions devant un public choisi. Il y a donc sérieusement de quoi s'inquiéter pour l'avenir des collectivités avec un gouvernement qui ne sait pas où il va et des collectivités qui freinent des quatre fers en attendant de savoir à quelle sauce elles seront mangés. Tout cela est néfaste pour la France et laisser présager du pire.

Note : Vous pouvez retrouver le compte-rendu du discours du président devant les maires sur mon compte Twitter : http://www.twitter.com/ffunivers

3 commentaires:

Sèvres en juin sous la pluie a dit…

Il ment et continuera et la masse du public (pas seulement choisi) gobera...
Il n'y a qu'à voir le message hyper sécuritaire...et les résultats piteux en matière de délinquance. Mais l'impression qui reste c'est le discours...

Orange pressé a dit…

Ce que mentionne n'est pas complètement faux. Néanmoins, on constate en allant à la rencontre des gens que ce discours ne passe plus.

David C. a dit…

Ni dettes, Ni emprunts, la France doit créer de l'Argent !

Non à l'emprunt Sarkozy !

Face au pillage de notre pays organisé, depuis plus de 30 ans, par les marchés financiers qui gonflent artificielle, par les taux d'intérêt, la dette de notre pays, et afin de promouvoir des politiques de bien commun le gouvernement Français doit rompre avec la loi Giscard-Ponpidou du 3 janvier 1973, et tous les traités européens depuis Maastricht.

Le gouvernement doit reprendre sa souveraineté économique et émettre du crédit productif Publique émit par une nouvelle Banque de la France.

Le château de cartes de la finance est entrain de s'effondrer, il faut sortir de la spéculation et remettre l'argent au service de la population.

David C.
david.cabas.over-blog.fr