mardi 5 janvier 2010

Quand la Chine s’éveillera !

La semaine dernière, plusieurs évènements d’importance concernaient la Chine. Une chose ressort, la Chine a réellement commencé à se réveiller. Pour beaucoup, la Chine s’est déjà réveillée depuis longtemps, son croissance économique le témoignant. Cependant, il est à noter que ce n’est que très récemment que la Chine l’a montré. Subissant auparavant plus qu’elle ne pesait sur les décisions, la Chine a cette semaine définitivement passé un cap. Dorénavant, la Chine a pris le parti de décider seule et de se comporter en grande puissance.

Faisant fi des pressions occidentales, la Chine se sent maintenant assez forte pour tracer sa route. Est-ce pour cela une surprise ? Non, puisque déjà en 1971, Alain Peyrefitte de retour d’un voyage dans l’empire du Milieu prenait conscience de cette réalité dans un ouvrage qu’il publiait en 1973 et qui connait depuis un immense succès. Le titre de ce livre : « Quand la Chine s’éveillera… Le monde tremblera ! », suivi de « L’Empire immobile » en 1989 et de « La Tragédie chinoise » en 1990 avant de finir sa série sur la Chine par « La Chine s’est éveillée » en 1997.

Ces évènements concernant marque d’une part l’avènement de la puissance chinoise et illustrent trois visages de la Chine : le passé, la présent et l’avenir.


Le visage du passé : la condamnation à mort d’Akmal Shaikh.
Cela s’est passé il y a exactement une semaine. La Chine a, pour la première fois depuis 1951, exécuté un ressortissant occidental, britannique en l’occurrence. L’homme en question, un certain Akmal Shaikh soupçonné de trafic d’héroïne, un délit condamné par la peine de mort dans ce pays. Arrêté en septembre 2007 avec sur lui 4 kilos d’héroïne à Urumqi capitale du Xinjiang dans le Nord-Ouest du pays. Cette province stratégique, historiquement peuplée par les Ouïghours, est actuellement en cours de colonisation par le gouvernement central chinois. Elle est voisine de la Mongolie, de la Russie, du Kazakhstan, du Krighizstan, du Tadjikistan, de l’Afghanistan, du Pakistan et du Cachemire indien. C’est dans cette région particulière que ce londonien de 53 ans a été interpellé. Selon sa famille, des criminels auraient profité de sa vulnérabilité psychologique.

Le Royaume-Uni avait lancé des appels à la clémence et les cousins du condamné avait formé d’ultimes appels pour épargner la mort du condamné. Mais, les protestations diplomatiques n’y ont rien fait et la Chine a exécuté le britannique par injection. Il semble d’ailleurs que les pressions occidentales aient plus courroucé les autorités chinoises qu’autre chose.

Le fait que M. Shaikh ait créé une chanson intitulée « Viens mon petit lapin, viens danser et chanter avec moi » et qu’il se soit précisément rendu à Urumqi parce qu’on lui avait dit qu’il deviendrait là-bas une pop-star n’ayant pas convaincu les autorités du pays. La Cour suprême chinoise ayant refusé jusqu’au bout une expertise médicale.

La marge de manœuvres du gouvernement Brown était cependant limité par les intérêts économiques en jeu. Ainsi, la banque HSBC (1ière banque européenne) a récemment déménagé son siège à Hong-Kong.

Sur ce point, c’est la Chine communiste, celle-là même que tente de faire oublier le gouvernement de Pékin pour mieux séduire les investisseurs étrangers. En montrant par cet évènement sa fermeture, la Chine montre qu’en dépit de ses efforts, elle n’en a pas fini avec ses vieux démons et que le Parti communiste chinois compte bien garder le pouvoir encore un moment.


Le visage du présent : le Chine, 1er exportateur mondial.
Alors même que le monde entier est dans la panade avec la crise, le gouvernement chinois a annoncé que la Chine devenait sur 2009 le premier exportateur mondial, devant l’Allemagne avec 9% des exportations mondiales. L’annonce a été faite par Zhong Shan, vice-ministre du Commerce chinois habituellement prudent. Scénario encore à l’étude cet été par les chercheurs de l’OMC. Ce tour de force a été réussi malgré une baisse de 16,5% des exportations chinoises pour 2009 représentant un volume de 1 190 Mds $ (un peu moins de 827 Mds €), les exportations allemandes à 992,7 Mds $ (env. 689 Mds €).

Autre nouvelle importante au niveau économique, depuis le 1er Janvier dernier, la Chine fait partie de la plus zone de libre-échange au monde. Cette zone est issue d’un accord entre la Chine et l’Asean. Cet accord porte sur 7 000 groupes de marchandises et de services représentant 90% des échanges entre les signataires. L’empire du milieu compte profiter de cet accord pour augmenter ses importations de matières premières dont elle est fortement consommatrice mais actuellement taxés à hauteur de 5%. Par cet accord qui n’est pas d’ailleurs sans créer quelques accros dans certains pays dont l’Indonésie. La Chine entend clairement remettre en cause le leadership japonais et devenir le chef de file de la zone asiatique.

Galvanisée par son rôle de banquier du monde et par le succès de son immense plan de relance, la Chine est devenue un acteur incontournable du G20 et des négociations internationales.


Le visage du futur : la Chine, 3e pays en termes de capacité éolienne.
Avec une capacité éolienne installée de 20 GW, la Chine détrône l’Espagne sur le podium des premiers producteurs éoliens derrière mondiale l’Allemagne et les États-Unis. Reste à les raccorder au réseau électrique chinois. Le secrétaire général du GWEC (Global wind energy council), Steve Sawyer déclarant « En termes d’ampleur et de rythme, le développement de l’éolien est absolument sans équivalent dans le monde », avant d’ajouter les chinois occuperont la 1ière place en termes de capacités installées d’ici 2012. Certains spécialistes parlent même de fin 2010 comme étape.


Mais ces records ne doivent pas faire oublier qu’un tiers des éoliennes chinoises ne sont pas correctement reliées au réseau. Ceci s’explique par le fait qu’une grande partie des capacités éoliennes chinoises sont installées en Mongolie intérieure loin des grands centres de consommation où la demande est faible. La Chine doit donc renforcer son réseau électrique à haute et très-haute tension si elle compte poursuivre ce développement et en profiter. Le gouvernement chinois entend d’ailleurs développer les réseaux électriques intelligents déjà en cours de déploiement aux États-Unis et en Europe. Pour forcer encore le destin, les gestionnaires de réseaux récalcitrants devront payer une amende maximale équivalente au double de la perte subie par le producteur. Très dépendante du charbon qui contribue à fournir plus de 70% de l’électricité du pays et qui fait malheureusement les beaux des rubriques nécrologiques du pays.

Or, si la Chine part de très loin, elle est déterminée à ne pas louper le train de l’économie verte. Actuellement, elle ne dispose pas de la technologie et d’une industrie suffisamment efficace (ce qui n’est qu’une question de temps). Mais elle est déjà le 1er producteur mondial de panneaux photovoltaïques et ce, malgré une fiabilité problématique que ce soit des éoliennes et des panneaux ou plus généralement pour les énergies renouvelables d’origine chinoise. Cependant, les méga-contrats que comptent passer le gouvernement de Pékin attireront à coup sûr des fabricants européens et américains qui ne remporteront ces marchés qu’au prix de transferts de technologies qui in fine feront émerger leurs concurrents de demain.



Conclusion.
La Chine est bien décidée à ne plus tenir compte des récriminations occidentales, à tracer son chemin et à peser sur les destinées du monde. En effet, contrairement aux autres grands pays émergents, la Chine dispose de plusieurs atouts en main. D’abord, ses excédents commerciaux et la sous-évaluation chronique de sa monnaie, le yuan, lui ont permis de se constituer un trésor de guerre colossal qui lui permet de s’acheter presque tout ce qu’elle veut ou de monnayer ses interventions. Son poids démographique ensuite rend le pays incontournable.

Enfin, élément décisif, la Chine dispose d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Demandé par les autres pays grands émergents comme l’Inde, le Brésil ou l’Afrique du Sud mais aussi par des pays développés comme le Japon ou l’Allemagne, la possession d’un siège permanent au Conseil de sécurité et le droit de veto qui l’accompagne constitue l’assurance d’être reconnu comme une grande puissance.

L’avenir s’annonce radieux pour la Chine mais le contexte n’est le même que celui qui a permis l’émergence des puissances américaines puis soviétique. Le monde est maintenant multipolaire avec une puissance américaine qui s’effrite, l’émergence de nouvelles puissances comme le Brésil, l’Inde ou l’Afrique du Sud ou encore le retour sur le devant de la scène d’anciennes puissances comme la Russie ou l’Union européenne. Peut-on encore parlé d’émergence de la Chine ? Ce n’est en effet qu’un juste retour des choses puisque durant des millénaires, la Chine a été une puissance dominante. Reste maintenant à savoir ce qu’elle va en faire à l’avenir.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Qu'est ce que c'est moche. Pourquoi ne pas faire appel à des energies renouvelables moins polluantes visuellement tels que l'hydrolien, la biomasse ou le photovoltaïque?

Orange pressé a dit…

L'éolien loin d'être moche embellit le paysage. C'est une technologie efficace qui produit de l'énergie en quantité.

L'hydrolien n'est actuellement pas au point et a des rendements ridicules.

La biomasse se heurte à la concurrence avec l'alimentaire pour partie et à la finitude de ses ressources pour ne pas endommager l'environnement.

Le photovoltaïque est très peu règlementée, ses rendements sont faibles bien plus que l'éolien et son prix beaucoup plus élevé.

La solution est dans une combinaison de ces technologies où l'éolien aura une place prépondérante (+85% du renouvelable) et pas dans l'exlusion de l'éolien.

La plupart des pays ont utilisé des moulins à vent, les éoliens sont une autre étape de l'exploitation de l'énergie du vent. Ensuite, des enquêtes publiques sont organisées et l'intégration paysagère très travaillée. Il est donc faux de dire que l'éolien défigure les paysages.

Orange Verte a dit…

Pas assez de place parler d'éolien ici hélas. Dans ma région sud 77 j'avais comme ici été favorable à l'éolien. Quand j'ai lu le projet c'était démentiel et je ne suis pas un actionnaire d'Areva.
Le Préfet a diminué le projet devant le tollé des habitants et ... des écologistes. Il faut réecouter Benhamias a dit très les choses à Arras à ce sujet
Bref il n'y a pas de solution miracle.

voir le texte jusqu'en bas
http://www.adeva-villebeon.org/eoliennes/medias/republique070924.php

Orange pressé a dit…

@Orange Verte :
Sans le dossier sous le nez, difficile à dire, l'article que tu mets en lien provient des anti-éoliens et non content de contenir nombre de mensonges sur l'éolien, est très partial. Néanmoins, il faut écouter les populations.

La réponse est évidente, l'éolien ne sera pas la seule solution à nos problèmes. Reste que sur l'éolien, il y a deux choses non mentionnés :
- la volonté des promoteurs de rentabiliser au maximum en installant le plus de machines possibles ;
- la puissance du lobby nucléaire qui n'hésite pas à soutenir les opposants de l'autre.

En réalité, c'est la procédure actuelle qui est mal foutue. Les collectivités ne peuvent donner leur aval qu'à un seul moment, l'octroi de la ZDE et la détermination de la puissance maximale à installer. Ensuite, c'est l'État qui a la main, les collectivités ne pouvant que donner leur avis.

Je ne reviendrai pas sur les multiples mensonges de l'article que tu mentionnes mais celui-ci en est truffé.

Orange Verte a dit…

Normal puique que sont des associations de défense mais je n'avais pas d'autres liens que celui ci sur internet.
Je n'ai pas fait parti de ces groupes. Je peux dire quand même, que ces groupes sont des habitants qui ne sont à la solde des groupes nucléaires....
Mettre des machines de 150 m (pales incluses) de haut ce n'est pas rien (et moche). Mais je donne un lien vidéo d'Arras qui me parait assez proche de ce que je pense http://bayrou.wevod.tv/videos/view/126049/2009/12/08/dbat-sur-le-sommet-de-copenhague

Orange pressé a dit…

@Orange verte : Les éoliennes, ce n'est pas moche du tout. Au contraire, lorsque c'est bien implanté, cela embellit le paysage. Est-il utile de rappeler que toute installation est précédé de multiples études esthétiques et paysagères. S'est-on déjà demandé quel était l'impact paysager d'une centrale nucléaire ou mieux d'une centrale à charbon ? J'en doute !

Ensuite, cher ami, merci de mettre en lien la vidéo d'Arras. Le fait est que j'étais présent à la première édition du débat mais pas à la 2e, étant à la réunion concernant les régionales. Car oui, il y a des élections régionales en Mars où j'ai eu le plaisir de recevoir des leçons d'une personne que nous pouvait m'en donner. Mais bon, passons.
Les moments de débat sur Copenhague ont été marqué, j'en ai fait moi-même un compte-rendu, surtout par l'envie des militants de prononcer de grandes idées. Untel sur les conséquences du méthane sur le réchauffement climatique, untel sur la crise alimentaire, etc. Mais en pratique, peu d'idées très concrètes. La plupart des gens se contrefoutent des grands principes et c'est d'autant plus vrai en temps de crise. Il leur faut des solutions concrètes qui parlent à leur quotidien. Voilà en quoi l'écologie doit être comprise comme le moyen de transformer nos sociétés. La Chine l'a très bien compris en mettant le paquet sur ce secteur. Pas tellement par conscience écologique mais parce qu'ils n'ont pas le choix. Il serait temps que nous passions aux actes.

Orange Verte a dit…

La forêt d'éoliennes que je vois sur la photo n'est guère rassurante côté environnement.
Car bien sûr il s'agit de l'implantation de l'éolien industriel qui est en cause. Rien à voir avec les bucoliques éoliennes de - 12 m dont j'ai vue des photos dans le centre de Copenhague. Il s'agit d'implanter en groupe, des machines de 150 m de haut. Heureusement comme vous le dites toute installation est précédée d' études esthétiques et paysagères mais aussi de veiller à ne pas impacter les zones cultivables , les ondes radios, les stations météos (Orly par chez nous est proche) et bien d'autre choses trop longues a expliquer ici

En France il ne s'agit pas de faire baisser le taux de Co2 ni même de faire baisser le taux du nucléaire mais à créer un autre marché dévolue à de grands groupes privées qui surfent le prix spécifique pour gagner de l'argent.
Si dans le sud 77 les choses ont finalement pris un tour plus raisonnable par rapport aux projets de départ c'est que les sociétés en question ont retiré plusieurs projets .... pour manque de rentabilité (Il ne reste que celui qui complètent le projet du département voisin du Loiret ... autre sujet vous vous en doutez ...). Ni le préfet ni les anti éoliens n'y sont pour quelque chose.
Autre source de rejet : Aucun des villages concernés n'est prévu d'être raccordé à ce réseau ...