vendredi 29 janvier 2010

Villepin - Sarkozy. Tellement proches !

Ce jeudi, le TGI (Tribunal de grande instance) de Paris rendait son verdict dans l’affaire Clearstream. Par un hasard de circonstance assez amusant, l’audience se tenait le jour de l’anniversaire du président de la République. Le Tribunal n’avait pas vraiment cette date en tête mais il lui a tout de même offert un joli cadeau. Enfin, empoisonné le cadeau. Cette décision était éminemment attendue vu les parties à l’instance, d’un côté le président de la République et ancien ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy en tant que partie civile ; de l’autre Dominique de Villepin en tant que prévenu sur le banc des accusés. Au milieu, des juges devant démêler le vrai du faux dans cette incroyable capharnaüm que l’affaire Clearstream. Des différents chefs d’accusation reprochés à l’ancien Premier ministre, c’est surtout le délit de dénonciation calomnieuse qui ressortait.

De tout cela, rien, il ne reste rien. Dominique de Villepin a été relaxé. Après que Nicolas Sarkozy ait promis de pendre le coupable de cette affaire à un croc de boucher, après qu’il ait qualifié Dominique de Villepin de coupable tandis que celui-ci n’était que simple prévenu, la justice a lavé l’ancien Premier ministre de tout soupçon en décidant de le relaxer. De cela, on peut retenir plusieurs choses. En premier lieu, la réaction de Nicolas Sarkozy plus que surprenante. La réaction de Dominique de Villepin dans un deuxième temps. La vision par les Guignols de l’info de la situation qui n’est pas sans rappeler quelques souvenirs à certains. Il sera aussi intéressant de voir les conséquences cette affaire pourra avoir pour la suite.



Sarkozy, un « avocat » qui ne connaît pas le droit.
Le président de la République a une formation de juriste et a même été plusieurs années avocat, mais lorsque l’on regarde un peu son attitude dans l’affaire Clearstream, il est quelque peu permis d’en douté. Sans parler des différents lapsus bien révélateurs de l’estime qu’il porte à Dominique de Villepin, c’est la réaction du président de la République à l’annonce du verdict qui est elle-seule un cas d’école.

La voici :
« Le Tribunal correctionnel vient de se prononcer.

Il a reconnu une « manipulation grave ». Il en a tiré la conclusion que les auteurs de ladite manipulation devaient être sanctionnés par une peine de prison ferme y compris pour l’un d’entre eux qui n’avait pourtant pas d’antécédent judiciaire.

Je m’étais constitué partie civile parce que je voulais que ces agissements soient portés à la connaissance des Français, qu’ils soient sanctionnés afin que nul n’ait la tentation de se livrer à l’avenir à de telles pratiques qui déshonorent la démocratie.

Le jugement me donne satisfaction, même si ne connaissant personnellement aucun des condamnés, ne les ayant jamais rencontrés, je ne nourris à leur endroit aucun ressentiment, et je m’interroge encore sur leurs motivations.

Le Tribunal a considéré que le rôle de M. Dominique de VILLEPIN dans la manipulation ne pouvait être prouvé. J’en prends acte tout en notant la sévérité de certains attendus le concernant.

Dans ces conditions, j’annonce que je ne ferai pas appel de la décision du Tribunal correctionnel.
».


La forme est peu surprenante, la relaxe est une gifle pour Nicolas Sarkozy qui s’était constitué partie civile. Comme il ne fallait pas s’attendre un discours du président sur le sujet, c’est par un laconique communiqué écrit que le président a réagi. Le problème est que le particulier Nicolas Sarkozy a réagi par un communique de presse sur le site de la présidence de la République. Après avoir tenté de démontrer par tous les moyens qu’on devait distinguer le président du particulier pour permettre au président de se porter partie civile pour ce procès sans porter atteinte à l’équilibre des armes défendu par la CEDH (Convention européenne des droits de l’homme) dans son article 6, voilà que le président de la République utilise un moyen de communication officielle pour informer de sa réaction. Mélange des genres, il n’y a pas avait-il dit il y a quelques temps. En pratique, on voit bien qu’il est impossible de distinguer les deux.

L’autre aspect qui pose problème se situe dans les termes mêmes employés dans ce communiqué. Invoquant sa constitution en tant que partie civile comme moyen de porter « ces agissements […] à la connaissance des français » (tu parles !), puis « Le jugement me donne satisfaction » tempéré juste après par un « un même si » suivi d’un « je ne nourris personnellement à leur endroit aucun ressentiment » (mais bien sûr !) avant de préciser comble du raffinement « Le Tribunal a considéré que le rôle de M. Dominique de VILLEPIN dans la manipulation ne pouvait être prouvé. J’en prends acte tout en notant la sévérité de certains attendus le concernant. » ou comment dire que l’on pense que Dominique de Villepin est coupable alors même qu’il vient d’être relaxé.

Mais le plus intéressant est la dernière phrase, je cite : « Dans ces conditions, j’annonce que je ne ferai pas appel de la décision du Tribunal correctionnel. ». C’est fort heureux et fort généreux pour notre avocat de président. Il semble cependant que celui-ci ait oublié que la chose lui est tout bonnement impossible. En effet, en matière pénale, la partie civile n’est pas partie au procès au sens classique où on l’entend, les parties d’un procès pénal sont la société représentée par le parquet et donc le procureur de la République, en l’espèce Jean-Claude Marin (dont la carrière dépend du pouvoir exécutif et donc indirectement du président de la République), et la défense, représentée par les avocats de la défense des différents prévenus dont faisaient partie M. Dominique de Villepin. Ce qu’on appelle la « partie civile » qui regroupe les « victimes » n’est pas réellement partie au procès et ne dispose pas de droits identiques aux vraies parties à l’instance. Ce statut particulier, qui par exemple n’existe pas en droit anglo-saxon, permet d’associer les victimes à la procédure mais reste limité. N’étant pas réellement une partie à l’instance, la partie civile ne peut faire certaines choses possibles pour les parties à l’instance. Il en est ainsi de la possibilité de faire appel. Cette précision nous est rappelée par l’article 497 du Code de procédure pénale.

Cet article dispose comme suit :


« Article 497 (modifié par la loi n°83-608 du 08 Juillet 1983 publié au JORF le 09 Juillet 1983)
La faculté d'appeler appartient :
1° Au prévenu ;

2° A la personne civilement responsable quant aux intérêts civils seulement ;

3° A la partie civile, quant à ses intérêts civils seulement ;

4° Au procureur de la République ;

5° Aux administrations publiques, dans les cas où celles-ci exercent l'action publique ;

6° Au procureur général près la cour d'appel. »

Le particulier Nicolas Sarkozy, étant classé dans la 3e catégorie, il lui est donc impossible de faire appel. Seul moyen de faire appel, faire pression via des instructions ministériels sur le procureur de la République ou sur le procureur général près la Cour d’appel de Paris. Cette possibilité n’est pas exclue puisque c’est de cette manière que Dominique de Villepin s’est retrouvé devant les tribunaux alors même que Jean-Claude Marin, procureur de la République de Paris, envisageait de ne pas le renvoyer en correctionnelle. Le communiqué du président est clair, Nicolas Sarkozy particulier ne fera pas appel mais quid de Nicolas Sarkozy président de la République ? Fera-t-il de nouveau pression pour que Dominique de Villepin se retrouve devant les juridictions ? C’est peu probable étant donné le statut de martyr qu’a enfilé l’ancien locataire de Matignon. En effet, toute tentative du président envers l’ancien Premier ministre serait vécue comme un acharnement personnel et écornerait un peu plus le statut du chef de l’État.


Dominique de Villepin, le « martyr » a pris fin. Enfin pas totalement !
L’ancien Premier ministre tout jeune avocat lui aussi, n’a pas boudé son plaisir et sa joie. Saluant le « courage du tribunal », il a souhaité se tourner vers l’avenir et vouloir tourner la page.
« Après plusieurs années d'épreuve, mon innocence a été reconnue. ».

« Je salue le courage du tribunal, qui a su faire triompher la justice et le droit sur la politique. Je suis fier d'être le citoyen d'un pays, la France, où l'esprit d'indépendance reste vivant. Je n'ai aucune rancœur, aucune rancune
».


« J'ai été blessé par l'image que l'on a voulu donner de la politique, de l'engagement qui a été le mien pendant trente ans, et c'est vers l'avenir que je veux me tourner pour servir les Français et contribuer, dans un esprit de rassemblement, au redressement de la France. ».



Ainsi, c’est combatif, que Dominique de Villepin s’est adressé à la presse à la sortie de l’audience devant un mur (littéralement) de caméras et de journalistes. Passant rapidement sur le procès dont il vient à peine de sortir, Dominique de Villepin déclare de plus en plus ouvertement son envie de vouloir aller au combat lors de la présidentielle de 2012 face à Nicolas Sarkozy. Duel fratricide à droite, le combat n’est en apparence pas redouté par les partisans du président de la République. Mais en coulisses, on craint que ce combat entre personnalités de droite ne permette à la gauche ou à François Bayrou de ramasser le pactole ou pire de voir de accéder l’ennemi intime s’installer dans le fauteuil présidentiel. Par sa position de gaulliste respectueux du modèle français, Dominique de Villepin n’hésitera pas à user de son costume de martyr taillé sur mesure par l’actuel locataire de l’Élysée et de préciser invité qu’il était du 20h de France 2, vouloir « proposer une alternative à cette politique qui, selon moi, ne fonctionne pas » faisant référence de manière à peine voilée à la politique actuellement menée par Nicolas Sarkozy. Et d’asséner ensuite : « le service public, la défense de l’intérêt général sont des mots qui ont perdu de leur sens ».

En résumé, il pense à 2012 et ne s’en cache plus.


Le combat Sarkozy/Villepin vu par les Guignols de l’info.
De ce combat entre ces deux personnages qui se détestent, on attendait la réaction corrosive des Guignols de l’Info qui avait largement traité le sujet. Comme prévu, l’émission satirique s’est emparée du sujet. La situation a d’ailleurs rappelé aux habitués et autres passionnées invétérés de l’émission, une autre scène vue dans la même émission il y a 15 ans en 1995. A l’époque, il s’agissait d’une discussion entre Jacques Chirac et Édouard Balladur.



Le dialogue entre Nicolas Sarkozy (qualifiée d’incalmable) et Dominique de Villepin (qualifié d’incassable) illustrait en fil rouge, l’émission de ce jeudi.

« PPDA - Aujourd’hui, c’est Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy qui nous accompagneront tout au long de ce journal. Avec eux, nous reviendrons sur le verdict de l’affaire Clearstream. Dominique de Villepin a été relaxé. Ça fait 2 ans que vous ne vous êtes pas parlé, j’imagine que vous avez des choses à vous dire…
Sarkozy -
Villepin -

PPDA - Messieurs…
Sarkozy - … Dominique…
Villepin - …Nicolas…
Sarkozy - … Dominique…
Villepin - …Nicolas…
Sarkozy - …’nique…
Villepin - …’colas…

PPDA - Oui, je comprends, les mots se bousculent dans vos têtes.
Sarkozy - Oui, voilà, j’ai plein de mots qui me viennent mais j’ne préfère pas les dire, là, maintenant.
Villepin - Pareil, un flot de pensées m’envahit en le voyant si près de moi à portée de main.
Sarkozy - Tels que vous nous voyez, on est à deux doigts de se serrer dans les bras là.
Villepin - Oui, voilà on va se serrer, fort, très fort, très très fort (mimant l’étranglement avec ses mains).

PPDA - Oui ben, la hache de guerre parait enterré, on va pouvoir y revenir sereinement. ».

La scène suivante intitulée « Catch me if you can » (Attrape-moi si tu peux) est tout aussi intéressante et fait indirectement référence aux propos de Dominique de Villepin sur l’indépendance de la justice. La marionnette de Jacques Chirac dans une chambre fait sa valise.

« PPDA - M. Chirac, on ne vous pas entendu réagir. J’imagine que vous êtes heureux pour votre ancien premier ministre.
Jacques Chirac - Tu parles d’une nouvelle, toi !
PPDA - Qu’est-ce que vous faites là ?
Jacques Chirac - Ma valise d’Arvor ! Cette décision est une catastrophe !
PPDA - Vous n’êtes pas content ?
Jacques Chirac - Eh non ! Villepin relaxé, ça veut dire qu’il y a une justice indépendante en France. Je suis donc foutu.
Bernadette - Vous allez où Jacques ?
Jacques Chirac (avec sa valise sous le bras) - Nulle part maman, je sors acheter des cigarettes. ».

Après quelques autres scènes dont je vous épargne le compte-rendu, le dialogue entre les marionnettes de Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin reprend.
« PPDA - Voilà, je suis donc avec Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy. Messieurs, le verdict de l’affaire Clearstream vient de tomber...
Villepin - Un verdict qui m’innocente et qui fait de moi un homme neuf en déplaise à certains (jetant un regard de haut (forcément) à Nicolas Sarkozy).
Sarkozy - Oui, j’en suis très heureux et je respecte évidemment cette erreur judiciaire. »

(Les personnes averties que vous êtes, se seront auparavant reportées au communiqué de presse publié sur le site de l’Élysée qui ne laisse aucune planer aucune ambigüité. Cette phrase aurait très bien pu être prononcée par Nicolas Sarkozy et traduit de façon limpide sa pensée sur le sujet).


« PPDA - Cette « décision » judiciaire.
Sarkozy - Ah oui ? J’ai dit quoi ?
Villepin - Vous avez dit « erreur » judiciaire. Vous vous trompez encore ! Comme avant le procès où vous disiez que j’étais coupable alors que je n’étais qu’un prévenu.
Sarkozy - Bon, je suis désolé Dominique mais dès que je pense à toi, je ne réfléchis plus, hein. C’est mon cœur qui parle. T’as évidemment toute ma sympathie, mon respect. Un respect que j’ai presque envie de jeter au visage là, comme ça, brutalement dans les dents.
Villepin - Quant à moi, excusez-moi si j’ai envie de laisser éclater ma joie.

PPDA - Oui, c’est légitime.
Sarkozy - Évidemment !
Villepin - Pardonnez-moi si j’ai envie de vous piétiner de bonheur, de vous étrangler de toute ma sympathie et de vous perforer le thorax d’allégresse.

PPDA - Messieurs, on a l’impression qu’il y encore de la rancune entre vous, non ?
Villepin - Du tout, nous sommes des hommes politiques responsables, nous plaçons l’intérêt général au-dessus de tout.
Sarkozy - Absolument ! La preuve, c’est que je m’engage devant vous à aider Dominique à se réinsérer dans le privé. Parce que M. d’Arvor, c’est pas facile de trouver un travail quand on sort de prison.
Villepin - Mais, je ne suis pas allé en prison Nicolas.
Sarkozy - Ah oui, merde, c’est vrai !
Villepin - Et je n’irai jamais.

PPDA - Vous vouliez trouver un travail à M. de Villepin, M. Sarkozy je crois.
Sarkozy - Oui, voilà un travail donc, un travail. Dominique, en France, c’est foutu, ta réputation est faite. Pour les français, tu resteras à jamais, un escroc.
Villepin - Je ne le pense pas.
Sarkozy - Tant pis ! Je suis prêt à appeler des amis, au Brésil, aux Philippines, je suis sûr qu’ils te trouveront un travail où tu pourras terminer ta vie loin de pression parisienne, dans l’anonymat le plus total, au calme. Loin !
PPDA - Vous cherchez à l’éloigner là ?
Sarkozy - Pas du tout ! Mais, pas du tout ! C’est un service que je lui rends. Et il le sait ! Il le sait pas mais il revient de loin mon ami là (une tape sur l’épaule de Villepin).
Villepin - J’en ai conscience oui mais sachez (se retournant vers Sarkozy) au risque de briser notre amitié retrouvée que je compte rester en France pour servir mon pays.
Sarkozy - Ah ! Fonctionnaire ? Pourquoi pas ! Après tous tes problèmes, je comprends que tu ais envie de te la couler douce.
Villepin - Mais…
Sarkozy - Ne me remercie pas Dominique, je passe un coup de fil. Tu deviens sous-préfet du Haut-Rhin et demain matin tu as les déménageurs bretons qui arrivent en bas de chez toi. 5h après, tu es dans ton F5 de fonction avec vue sur la grand-place de Colmar. Hein, qu’est-ce qu’on dit ?
Villepin - Merci, mais je nourris des ambitions plus importantes.
Sarkozy - Ah ouais, dentiste ?
PPDA - Non, je crois que M. de Villepin pense à l’élection présidentielle.
Villepin - Ça n’est encore qu’une hypothèse.
Sarkozy - Ah ! Ben écoute, bravo Dominique et bonne chance pour 2012. En espérant qu’une nouvelle affaire ne te tombe pas sur le haricot. Parce que ce serait vraiment pas de bol !
Villepin - Je n’ose l’envisager !
Sarkozy - Eh moi, donc mon ami. Eh moi, donc !
PPDA - Ah, c’est dingue. Je ne pensais pas qu’ils se réconcilieraient aussi vite ! ».


Conclusion.
Ainsi qu’on peut le constater les relations entre les deux hommes sont plus tendus que jamais. Et ce procès n’est que le début d’une nouvelle période précédant la course à la présidentielle à laquelle ils pensent tous les deux et bien d’autres encore. L’un en sauveur du monde, l’autre en martyr. C’est le combat entre Moïse et Jésus que l’on croirait voir (toutes proportions gardées bien entendues). Un combat fraticide entre frères ennemies de la droite sur fond de poussée écologiste et de renouveau du PS mais aussi avec le MoDem qui n’a pas dit son dernier mot. Les régionales et les évènements qui se passeront ensuite seront fort intéressants.

1 commentaire:

Aurel a dit…

Si Sarkozy a réussi avec culot à intégrer la droite extrême villiériste dans la majorité, Villepin à rallier à lui la droite extrême de Dupont-Aignan.

Pour moi Villepin et Sarkozy c'est pareil. Aussi dangereux pour l'avenir.

Seul certains centristes de droite du Nouveau Centre et du Modem peuvent convaincre des UMP de les rallier pour former une vraie droite démocratique et modérée!