vendredi 15 janvier 2010

Vincent Peillon a-t-il eu raison ?

« Un incident ». Vincent Peillon a justifié son attitude vis-à-vis de l’émission « A vous de juger » ce jeudi 14 janvier 2010. Rendez-vous mensuel, l’émission politique de France 2, désormais bien installée dans le paysage audiovisuel français, n’en est pas à son premier coup de théâtre. Le dernier incident en date étant l’accrochage entre François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit à quelques jours des élections européennes. L’émission dirigée par Arlette Chabot, chef du service politique de France 2 et journaliste reconnue pour la qualité de son travail, a avait pour thème l’identité nationale.


Le contexte.
Après un bilan à mi-chemin assez décevant pour le ministre de l’immigration et de l’identité nationale, le site dédié au débat dénombrant nombre de messages à la limite du tolérable malgré la modération exercée par le ministère. Si le débat concerne l’identité nationale, en réalité, les sujets les plus traités sont l’immigration et la place de l’islam en France. Conséquence d’un projet mal ficelé, ce qui devait concerner l’identité nationale ne mobilise pas grand monde et sert surtout de défouloir aux passions les plus basses de certains. Résultat, le débat commence à revenir dans un effet boomerang dans la figure du gouvernement et de l’UMP, et fait renaître de ses cendres un Front national que l’on disait moribond. Voici donc le contexte dans lequel se tenait l’émission d’hier.


L’émission en elle-même.
Programme en deux parties, « A vous de juger » comprenait en première partie un échange entre Arlette Chabot et Éric Besson, puis un débat entre Éric Besson et Marine Le Pen. La deuxième partie devait normalement permettre d’avoir un autre point de vue avec la présence de Vincent Peillon. Débat qui n’a pu avoir lieu, faute de participant. Il a donc fallu se contenter de la première partie.


Le débat Besson-Le Pen.
Après un bref rappel de la situation, place a été faite au débat tant attendu entre le ministre de l’immigration et de l’identité nationale et la vice-présidente du Front national. Échange de piètre qualité qui n’a pas grandi la République française. En effet, d’un débat sur l’identité nationale, l’on est rapidement glissé à un débat sur l’immigration. Pour vous faire votre propre opinion, je vous renvoie vers le site de France 2 où l’émission peut être revue.
A la vue de ce débat, se pose maintenant la question suivante : Vincent Peillon a-t-il eu raison de vouloir faire un scandale ?


Sur la forme.
Le choix de M. Peillon de faire un scandale sur le sujet est par de nombreuses personnes interprété comme un caprice. A tort ! S’il est vrai que le procédé est quelque peu cavalier et de toute irrespectueux envers Arlette Chabot, France 2 et les téléspectateurs mais parler de caprice est excessif et faux. Bien sur, reléguer Vincent Peillon en 2e partie d’émission, après le débat entre Éric Besson et Marine Le Pen, c’est d’une certaine manière, considérer que le débat concerne surtout l’extrême droite et la droite et pas l’opposition. Il peut donc apparaître comme partial.

Toutefois, pour la sérénité des débats et pour permettre à M. Peillon de mieux se faire entendre le choix de le mettre en deuxième partie pour permettre de mieux l’entendre, se justifiait aussi. Entre ces deux possibilités, la rédaction de l’émission a tranché. Le choix n’a pas plus à M. Peillon et celui-ci a donc décidé de faire un scandale de manière délibérée.
Sur la forme, il a eu tort. Qu’en est-il de la justification sur le fond ?


Sur le fond.
Depuis le lancement de ce débat sur l’identité nationale, un climat nauséabond s’est installé. Dans les préfectures, il ne mobilise pas grand monde mais les quelques participants vont parfois très loin, comme un maire UMP d’Alsace l’a montré. Ayant échappé à ceux qui l’ont initié, il sert surtout de remède pour regonfler le Front national à quelques semaines des élections régionales. Le Parti socialiste peine à proposer une alternative et de manière générale, l’opposition choisit soit de définir l’identité nationale à partir de l’histoire, de la culture françaises ; soit pour le Mouvement démocrate par l’impossibilité de définir ce qu’est l’identité nationale ainsi qu’a pu le suggérer Jean-François Kahn. Difficile de donc de débattre du sujet sans risquer de tomber dans les bas fonds. Que faire alors ?

Pour dénoncer la situation, Vincent Peillon a choisi de faire un scandale délibérément. Mais sur le fond, le fait qu’un débat sur l’identité nationale soit vu comme un duel entre la droite et l’extrême droite est une situation qu’il était justifié de dénoncer.



Conclusion.
Vincent Peillon a choisi de faire un coup d’éclat pour mettre en lumière une réalité plus que surprenante : l’identité nationale ne serait qu’un débat entre la droite et l’extrême-droite. En organisant un tel débat, la rédaction de l’émission « A vous de juger » a en quelque sorte glissé sur un débat qui ne l’est pas moins. Certes, une deuxième partie était prévue pour défendre un avis différent. Mais en ne mettant pas sur un même plan l’idée que le débat n’est pas justifié et l’idée que le débat devait être mené, un impair a été commis. Cette situation justifiait-elle pour autant l’attitude désinvolte et irrespectueuse de Vincent Peillon ?

En aucune manière. Toutefois, la multiplication de ces « coups » de communication est révélatrice des dérives de la vie politique française depuis quelques temps. Ce triste épisode nous démontre qu’en politique la fin ne justifie pas les moyens… Encore une fois !

2 commentaires:

JF le démocrate a dit…

C'est difficile de dire si sur la forme ce coup d'éclat sera bénéfique à terme à V. Peillon.

Mais ce qui me paraît très important, et en cela on peut le remercier, c'est qu'il a déplacé un débat initial dont tout le monde se contrefiche (hors ceux qui veulent casser du musulman) vers un autre ô combien plus intéressant: la qualité de nos déjà très rares émissions politiques télévisées.

eltrai a dit…

Le fait de refuser un débat à l'évidence truqué n'est pas le source du problème, à mon sens.
Par contre, le fait de faire faux bond au dernier moment, de façon prémédité, afin d'empêcher un autre socialiste de prendre sa place me semble bien plus sujet à caution. D'autant que certains des arguments (seconde partie de soirée) paraissent tendancieux puisque le principe avait été du moins accepté, sinon demandé au préalable.
Refuser de s'exprimer au nom de la démocratie c'est une chose, mais imposer aux autre ce choix c'est une position bien différente, que je ne suis pas prêt à soutenir.