lundi 22 février 2010

Régionales. Un mélange équivoque.

Pour les élections régionales qui arrivent, ce n’est pas une surprise, bon nombre de ministres sont dépêchés sur les listes de la majorité présidentielle. L’idée n’est pas d’en faire un référendum pour ou contre le gouvernement (même si ce principe n’est pas absent des esprits) mais de mobiliser son camp via une personnalité chargée de tirer la liste. Contrairement à la volonté certes fragile de Lionel Jospin de lutter contre le cumul des mandats en son temps, dans la majorité présidentielle, on s’y donne à cœur. Ceci pose donc non la question du cumul mais aussi le sujet tout aussi gênant de l’interférence entre fonction gouvernementale et candidature aux régionales.


Une vieille habitude.
Le mélange entre les deux n’est pas nouveau et a même été poussé très loin. L’archétype de cette attitude n’est pas à chercher bien. Son nom : Nicolas Sarkozy. En son temps, l’alors président de l’UMP, était non seulement candidat à la présidence de la République mais aussi ministre de l’Intérieur. En clair, l’intéressé était candidat à une élection dont en tant que ministre, il avait la charge de l’organisation, de l’impartialité et de la régularité. Fonction qu’il a gardée jusque tard dans la campagne, utilisant les moyens de la République officiellement pour faire son travail de ministre, mais dont l’utilisation comme candidat a été largement souligné.

Comment donc s’étonner que les ministres courtisans reproduisent la situation qui leur était montré mais qui n’est pas vraiment un exemple. Le candidat Sarkozy était d’ailleurs allé tellement loin dans le mélange des genres que la situation des candidats-ministres pourrait être anecdotique alors que ce n’est pas le cas. Il s’agit en effet d’une nouvelle gifle infligée à nos principes républicains.


Une ministre-candidate parmi d’autres : Valérie Létard.
Pacte social environnemental, visites régionales qui se multiplient, sont quelques sujets que l’on peut voir fleurir dans la presse quotidienne qu’elle soit économique ou locale. Valérie Létard n’est pas la plus connue des membres du gouvernement mais elle dispose d’un solide ancrage locale. Discrète secrétaire d’État aux solidarités, elle a rejoint son mentor Jean-Louis Borloo au ministère de l’environnement lors du dernier remaniement ministériel sur demande express de celui-ci. Sur le plan régional, la secrétaire d’État est surtout première adjointe de Valenciennes et présidente de la communauté d’agglomération Valenciennes Métropole dont elle a « purgé » l’exécutif de ses anciens amis ayant choisi le MoDem comme Françoise Mascotto, élue anzinoise à qui elle a retiré sa délégation de vice-présidente.

En intégrant son « amie » Valérie Létard, Jean-Louis Borloo a joué finement sa partie. Après les européennes, il était évident que la question environnementale n’était plus un sujet secondaire pour les français. Jean-Louis Borloo anticipait donc que ce sujet allait être essentiel pour les élections régionales.

Ce mélange des genres n’est pas fortuit et il est exploité à fond. Après l’échec du sommet de Copenhague, le gouvernement a relancé les mesures dans le domaine de l’environnement. Dernièrement, Valérie Létard a défendu des mesures à destination des classes populaires avec le « pacte de solidarité écologique ».

Depuis début janvier, il se produit un phénomène étrange, la secrétaire d’État aux technologies vertes multiplie les déplacements dans sa région natale. De la bouche de l’intéressée, elle vient en temps que secrétaire d’État et pas comme candidate et son agenda a toujours été chargé en visites de sites. Problème, dans le même temps, la Valérie Létard, candidate multiplie elle-aussi les sorties sur les mêmes sujets pour déclarer haut et fort que l’exécutif régional sortant est endormi et ne fait pas ce qu’il faut. Entre les multiples articles dans la presse locale et les tracts distribués par la liste de la majorité présidentielle dans la région, difficile de s’y retrouver.

A titre d’exemple, voici un article récemment publié dans la Voix du Nord. En titre : « La région, future « Silon valley de la croissance verte » ? ». En paragraphe introductif, on peut lire qu’il s’agit d’une visite ministérielle et dans le corps de texte de l’article, on peut relever que la secrétaire d’État a précisé que les régions doivent être impliquées dans les filières d’emploi durable. Difficile de s’y retrouver !



Conclusion.
Selon les ministres-candidats concernés, être ministre et candidat est possible et conciliable. Il faut dire que la président de la République a déjà ouvert la voie et de quelle manière. Nos ministres déjà multi-cumulards ne semblent pas non plus dérangés par l’ajout d’un nouveau mandat générateur d’obligations dans un carnet d’activités déjà chargés en principe. Malgré leurs affirmations, difficile de faire la distinction entre leurs activités de ministre et les interventions des candidats. De part leurs obligations, les ministres sont obligés de parler des applications sur le territoire des décisions qu’ils prennent et ne s’en privent pas. De l’autre, en tant que candidats, ils appliquent la stratégie de nationalisation de l’enjeu électoral des régionales que le PS emprunte aussi lorsque Martine déclare que les régions doivent un rempart à la politique menées par Nicolas Sarkozy.

En pratique, il est impossible de distinguer l’un de l’autre et c’est bien sur cette ambiguïté que les ministres-candidats surfent. Impossible de séparer les propos de ministres et de candidats, et le précédent Nicolas Sarkozy n’ayant pas été sanctionné, comment sanctionner des attitudes allant dans le même sens certes mais moins loin. La solution, la seule est l’interdiction totale du cumul des mandats.

On connaissait l’intérêt de Jacques Chirac pour la Corrèze qui est devenu avec son avènement comme ministre de l’Agriculture, un des départements les mieux dotés en équipements publics. Après les propos polémiques de Marie-Luce Penchard, la préférence des ministres à leur territoire dans leur fonction n’a jamais été aussi claire. La polémique fut d’ailleurs reprise de façon à peine caricaturale par les Guignols de l’Info.

Une autre piste que l’on pourrait instituer serait de transformer le Conseil constitutionnel en véritable Cour de justice constitutionnelle avec une indépendance renforcée. Quoiqu’il en soit, il est grand temps de mettre fin à ces pratiques portant gravement atteinte aux principes républicains qui sont les nôtres.

1 commentaire:

Esprit1789 a dit…

Prenez le temps de lire :
http://www.marcfievet.com/article-la-supplique-de-l-electeur-socrate-45631416.html

cette lecture pourra certainement améliorer la qualité des messages et échanges politiques
et prenez la peine de m’indiquer si vous abondez dans ce sens.
Votre avis est important pour moi.
Merci de faire paraître, diffuser et faire connaître, car concernant tous les électeurs de quelque bord qu’ils soient.

Cordialement

Kelly-Eric Guillon