samedi 20 février 2010

Vous ne viendrez plus chez nous ...

MoDem

Récemment, l'entreprise Total a annoncé via son directeur général Christophe de Margerie envisager la fermeture de la raffinerie des Flandres à Mardyck près de Dunkerque. D'une capacité d'environ 24 000 T/jour, l'installation exporte environ 30% de sa production, le reste étant consommé nationalement. Cette fermeture étant un pas supplémentaire dans la désinstrualisation de la région Nord-Pas de Calais, l'entreprise Total ayant réalisé 8,4 milliards € de bénéfices en 2009, la fermeture de cette raffinerie n'est pas justifié. Aussi, Olivier Henno et la liste « Votez juste ... au centre ! » invite au boycott des stations service et produits de l'entreprise.


Des bénéfices colossaux !
Total est une entreprise, et le but d'une entreprise est de faire de gagner de l'argent. Jusque là, pas de problème. Normalement, quand une entreprise licencie, c'est pour éviter des pertes futures ou pour renouer avec les bénéfices. Le hic est que Total a réalisé 8,4 milliards € de bénéfices en 2009 après plus de 14 milliards l'année précédente. Le pétrolier n'est donc pas vraiment en difficulté.

Ces bénéfices, Total les réalise aux diverses étapes de la production de produits pétroliers. A l'extraction d'abord, puis lors du transport, du raffinage et enfin lors de la commercialisation des divers produits pétroliers et chimiques qu'elle vend. A l'extraction, l'entreprise gagne correctement mais pas énormément non plus, en réalité, ce sont les étapes du raffinage et de la commecilalisation qui explique les bénéfices importants de l'entreprise dont la valorisation est aussi liée aux
« réserves » constitué par les gisements exploités mais aussi par les découvertes que fait l'entreprise.

Depuis plusieurs années, les entreprises pétrolières affichent des bénéfices records. En cause, la consommation élevée mais pas seulement. Alors que le prix du baril était au plus haut à $147, les vannes des pays producteurs étaient ouvertes à fond ou presque pourtant le prix du baril ne baissait pas. Pire, il augmentait. Pourquoi ?

L'explication est assez simple, dans la filière, il y a un goulet d'étranglement qui fait gonfler le prix payé par les consommateurs : la raffinage. Avec la forte augmentation de la consommation venant de la part des pays dits émergents comme la Chine, l'Inde ou le Brésil et le maintien de celle des pays riches, le demande était forte et l'on a eu beau extraire autant de pétrole qu'on le pouvait, cela ne changeait rien. Et pour cause !

Dans le monde, depuis plus de 10 ans, les entreprises pétrolières non quasiment pas investi dans les raffineries puisque le prix du pétrole était au plus bas bien que tout indiquait que la consommation allait fortement augmenter. Avec des capacités limitées en raffinage et une demande en plein explosion, le prix des produits raffinés de qualité a explosé et les marges des branches raffinages des majors pétrolières avec d'où les bénéfices importants de ces dernières.


Pourquoi Total veut fermer la raffinerie des Flandres.
Du coup, une question se pose : pourquoi Total veut-il fermer sa raffinerie ?
Selon l'entreprise, la demande en Europe a baissé ce qui justifie cette restructuration dans le raffinage. Et c'est vrai, en Europe, la consommation générale a baissé et la crise n'a fait qu'accroitre ce phénomène. Mais si on regarde dans le détail, la consommation générale baisse bien mais un poste augmente continuellement pour des capacités de raffinage insuffisantes : le gazole. La difficulté est que l'on ne peut produire qu'une quantité limitée de gazole à partir du pétrole. Pour l'augmenter, il faut des raffineries modernes et proches des lieux de consommation pour éviter les coûts de transport. Précision utile, le gazole est très demandé en Europe mais aussi ailleurs. La fermeture de la raffinerie des Flandres ne se justifie toujours pas.

Dans le même temps, le groupe Total construit une raffinerie d'une bien plus importante en Arabie Saoudite. L'installation toute neuve pourra raffiner 400 000T/jour. Dans ce contexte, la fermeture de la raffinerie nordiste se justifie d'autant moins. Pourquoi fermer une raffinerie pour en ouvrir une autre d'une capacité bien supérieure ? La raison est simple : Total veut se rapprocher de ses gisements du Moyen-Orient en Irak, en Iran, en Arabie Saoudite, aux Émirats arabes unies et de ses consommateurs que sont l'Inde et surtout la Chine ! L'empire du milieu ne dispose pas des raffineries adéquates mais doit satisfaire une demande vorace. Total pour répondre à cette demande a donc investit dans une raffinerie de grande capacité pour envoyer directement à ses clients du carburant raffiné et donc prêt à l'emploi.

Dans le même temps, l'entreprise cherchant à maximiser ses profits, décide de fermer sa raffinerie française dans laquelle il faudrait investir pour la rendre compétitive. Pour Total, il revient moins cher d'importer des produits raffinés d'Arabie Saoudite que de continuer à produire en France malgré une demande européenne qui a baissé certes mais faiblement et qui sur le gazole continue d'augmenter. Décision purement financière mais sans considération de l'efficacité de la raffinerie des Flandres très largement bénéficiaire.


L'appel au boycott.
Pour lutter contre ce qui constitue un nouvel exemple de désindustrialisation et maintenir une installation justifié par les besoins locaux, Olivier Henno, tête de liste démocrate dans le Nord-Pas de Calais aux élections régionales de 2010 appelle au boycott. Selon lui, il convient de parler de ce sujet qui est un enjeu local tout autant que national.

La méthode n'est pas nouvelle mais a le mérite de ramener sur le tapis la question de savoir l'orientation que l'on compte donner à la politique industrielle dans le Nord-Pas de Calais et de manière plus générale en France.


Rejoignez-nous !
Parce que rien n'est plus parlant que l'action, les candidats de la liste démocrate dans le Nord-Pas de Calais vous donnent rendez-vous dans les stations de Total à Lille, Dunkerque et Valenciennes pour vous inciter au boycott de l'entreprise, seul moyen de faire changer d'avis une entreprise très implantée dans la région.

A Lille, vous pourrez retrouver les démocrates à la station Total de l'esplanade de 14h à 16h.
A Dunkerque, le rendez-vous aura lieu de 15h à 16h30 à la station Total, route des Furnes.

2 commentaires:

ArnaudH a dit…

Merci pour ces explications.

Enfin (si j'ai bien compris), du point de vue de l'entreprise, cela est parfaitement logique, elle ne souhaite pas envoyer un produit brut, extrait au Moyen-Orient et en Afrique, à un centre de raffinage en France pour réexpédition du produit fini au client final en Asie. Elle préfère raffiner au plus proche de la source, au Moyen-Orient, puis réexpédier au client. Ca se tient en termes de couts de transport (au centre de raffinage), de spécificité du pétrole raffiné par rapport à la source, et de couts de réexpédition au client final (plus proche). Je ne pense pas que le coût du travail variable d'un pays à un autre soit un facteur significatif dans une industrie aussi technique. Par contre l'empreinte carbone du transport sera aussi grandement réduite (effet induit et non pas, probablement, un élément de la décision de délocalisation).

Là où je suis moins sur d'avoir compris: la question du raffinage de gazole. Le système est défaillant en termes de quantité raffinée et requiert une proximité des sources de raffinage au client final du produit? (clients consommateurs et non pays destinataire). Si c'est le cas, cela requiert une multiplicité de mini-raffineries. Si non, cela requiert la restructuration industrielle et downsizing (30% de consommation à destination des marchés européens + potentiel de développement à moyen terme pour le gazole) du site de Dunkerque. Dans les deux cas, cela mérite éclaircissements et négociations entre l'Etat (et non uniquement la région) et Total plutôt que boycott direct il me semble. Cette voie a-t-elle été explorée?

Thierry P. a dit…

@ OP
Si ça te dit d'enrichir l'album...
http://lescriptorium.wordpress.com/2010/02/20/poussieres-de-blogs/