lundi 31 mai 2010

Allez-vous quitter Facebook aujourd'hui ?

Aujourd'hui, comme chaque année depuis 1998, est organisé la journée mondiale de lutte contre le tabac. Toutefois, c'est un autre évènement qui focalise l'attention médiatique depuis quelques temps. En ce lundi 31 mai 2010 est organisée, la « 1ière journée mondiale pour quitter Facebook » ou selon la formulation d'origine : the « Quit Facebook day ».


Pourquoi ?
Pour les initiateurs de cette journée, deux habitants de Toronto, il faut quitter Facebook car le contrôle sur les données privées est bien trop faible mais surtout les paramètres de contrôle proposés par le réseau social ne permettent pas un réel contrôle des données privées. Sur le modèle du Téléthon, ils ambitonnent d'accumuler un maximum de promesses de quitter Facebook afin de faire prendre conscience aux gens de la vulnérabilité des données qu'ils mettent en ligne mais aussi pour que Facebook revoit sa politique.


Les réactions.

Que fait Facebook ?
Si la critique contre la diffusion des données privées n'est pas nouvelle, celle-ci a pris une certaine ampleur depuis quelques mois contre Facebook. A l'origine de la contestation, la volonté de la société de permettre une diffusion plus simple des données mises en ligne par les membres du réseau. L'objectif officiel est de permettre une meilleure interaction entre le réseau et des sites partenaires. Officieusement, personne n'est dupe, il s'agit pour Facebook de commercialiser plus ou moins directement les données personnelles mises en ligne par les membres du réseau à des sociétés tierces qui pourraient en tirer profit.

Malgré des tentatives afin de permettre aux utilisateurs de pouvoir mieux contrôler l'étendue de ce qu'ils diffusent, il reste très difficile de restreindre la diffusion des données personnelles publiées sur Facebook puisque les options par défaut rendent publiques la plupart d'entre elles. Et à chaque changement des règles régissant le réseau, les paramètres de base augmente la publicité. D'où la grogne.


La révolte gronde.
Les utilisateurs tentent donc de faire fléchir Facebook en se regroupant pour obtenir plus de contrôles sur leurs données personnelles ou plus simplement pour quitter le réseau. Ces initiatives sont de plus en plus souvent reliés par la presse qui se fait aussi régulièrement l'écho des dérives occassionnées par la diffusion de données sur Facebook. Un exemple parmi d'autres : une québécoise a vu ses allocations maladies supprimées suite à la publication d'une photo sur le réseau social. Son assureur n'a pas apprécié de voir une photo d'elle à une fête alors qu'elle était en arrêt maladie pour dépression.

Récemment toutefois, les choses sont passées à la vitesse supérieure, puisque le célèbre magazine américain « Wired » a pris position dans un article de son édition de mai 2010 en plaidant pour une alternative à Facebook basée sur les logiciels libres. L'article en question est d'ailleurs cité par les initiateurs du « Quit Facebook day ».


Quitter Facebook ? Pas si facile.
Si s'inscrire sur Facebook est, on ne peut plus simple, quitter le réseau est en revanche bien plus compliqué. En théorie, il suffit de cliquer sur un bouton. En pratique, il faut 2 à 3 confirmations où l'on vous demande à chaque fois de confirmer votre volonté de quitter Facebook et où l'on vous donne moults raisons de vous faire revenir sur votre décision. Ensuite, il faut que vous vous ne vous connectiez pas pendant deux semaines pour que votre sortie du réseau soit définitive.


Toutefois, même parti de Facebook, toutes les données vous concernant n'ont pas disparu. Si vos contacts ont par exemple publié une photo de vous, la photo reste sur le réseau tant qu'ils ne l'ont pas quitté. Tous les liens et autres « tags » restent aussi. Tout ne disparait donc pas, loin de là !


Facebook, le vrai problème ?
Dans sa chronique « Le bruit du Net » du jour sur France Info, David Abiker revient sur ce « Quit Facebook day ». La chronique rappelle qu'en réalité dès que quelque chose est publié sur Internet, l'on perd presque instantanément le contrôle ce qui est vrai. Dès qu'une chose est publiée, elle est rapidement référencée par les moteurs de recherche comme Google qui garde en mémoire cache, une « photographie » du site lors de son référencement. Ainsi, on peut facilement savoir quand une chose a été publiée et même voir ce qui a été publié puis promptement déplié pour corriger une erreur de manipulation. Nombreux furent les sites victimes de cette réalité, qui n'épargne personne.


On pourra citer la publication récente par erreur du taux de chômage de l'Espagne par l'office des statistiques du pays alors que les documents de rapport ne devaient être publié qu'en interne. Bien supprimé presque immédiatement, l'information s'est diffusée comme une trainée de poudre, ce qui a entrainé la remise en ligne de la page en question.


Responsabiliser l'utilisateur.
Cette anecdote comme une autre montre en réalité que le contrôle doit se faire à deux niveaux. A posteriori au niveau de la publication, mais aussi et surtout a priori au niveau des utilisateurs.
En effet, ceux qui mettent en ligne les données personnelles ne sont pas les réseaux sociaux mais bel et bien les utilisateurs souvent bien imprudents. En mettant en ligne des photos de beuverie ou de fêtes, les personnes doivent s'attendre à ce qu'elles soient vues. Non seulement, la plupart des utilisateurs le savent mais c'est justement pour cela qu'ils mettent ces photos en ligne espérant susciter des commentaires potaches du type « lol », « mdr » ou « Mazette, tu étais bien bourrée à cette soirée ».

Il est facile de réagir après, mais le meilleur moyen d'éviter les maladresses ou la diffusion de données personnelles reste encore de ne pas les diffuser du tout. On m'a souvent reproché en tant que blogueur ou tout simplement internaute de ne pas diffuser mon nom, ma photo ou de quelconques données personnelles. La raison est en bien simple : il s'agit de protéger ma vie privée. On ne peut reprocher à des tiers d'intrusion dans sa vie privée quand on l'expose soit-même aux sus et aux vues de tous.

En ce sens, la proposition du sénateur Jean-Louis Masson vient non seulement à l'encontre de la liberté d'expression mais aussi à celle de la protection de la vie privée des internautes.


La société du fichage.
Ensuite, derrière ce problème lié aux réseaux sociaux s'en cache en réalité un autre bien plus important : le fichage généralisé. C'est ce point que soulève Christophe Ginisty dans son article du jour consacré au « Quit Facebook day ». Le fait est que nous sommes systématiquement fiché dans la plupart de nos actes du quotidien. Mon confrère prend l'exemple de cartes de fidélité des grandes surfaces mais ce n'est qu'une partie du problème. Tout dans nos actes du quotidien est enregistré et soigneusement mis en fiche.

Prenons par exemple, une journée banale. Le matin, vous vous levez. Vous allumez probablement la radio ou la télévision ou Internet pour voir vos mails. Immédiatement, on sait que vous avez regardé tel programme, que vous vous êtes connecté à telle heure et que vous avez consulté tel site. Pour votre petit-déjeuner, on saura dans le détail ce que vous avez mangé si vous avez une carte de fidélité, où vous allez faire vos courses si vous payez par carte bancaire ou même par chèque. Payer en liquide n'est pas tellement plus anonyme puisque la plupart des gens retirent de l'argent près de l'endroit où ils achètent ce dont ils ont besoin. Au besoin, on pourra vous géolocaliser grâce au signal émis par votre téléphone portable. Lorsque vous prendrez les transports en commun, on saura où vous êtes monté, à quel heure, pendant combien de temps vous avez pris les transports, quelle ligne vous avez utilisé ou même votre trajet précis.


Conclusion.
On pourrait multiplier les exemples du quotidien mais l'on voit bien que le problème réside plus dans ce que l'on appelle « société du fichage » et ne peut être réduit à Facebook ou aux réseaux sociaux. Les alternatives existent déjà d'ailleurs. Nos voisins allemands, chez qui Facebook n'a jamais pris, ont développé un système concurrent. Il faut dire que le poids de l'histoire pèse beaucoup dans les esprits. Les allemands se rappelant qu'il n'y a pas si longtemps que cela, la Stasi fichait les moindres faits et gestes de chaque citoyen de RDA.

3 commentaires:

TimCruz a dit…

Le problème de facebook réside surtout dans le manque de bon sens des ses utilisateurs. J'encourage d'ailleurs sur Geek de France à rester sur facebook (http://geekdefrance.fr/?p=2380). Le problème n'est pas la plateforme mais l'usage qui en est fait!

Orange pressé a dit…

Le problème est double. Oui, les utilisateurs ont une grande part de responsabilité, mais Facebook a voulu prendre des libertés avec la manipulation des données privées.

Orange Verte a dit…

Très bon billet plein de bon sens... Après tout on voit aussi des blogs et des sites persos ,dont les auteurs sont bien imprudents