samedi 23 octobre 2010

Blocages : ça débloque…


« Le texte est adopté », c’est la phrase que les sénateurs ont pu entendre dans la nuit du vendredi 22 octobre 2010 au samedi 23 octobre 2010 à propos du projet de loi sur les retraites. En dépit des manifestations répétées de la part des français et d’un front syndical uni, pas question pour le gouvernement de reculer. Mouvement social organisé dès son origine, il s’est renforcé avec l’entrée dans la partie des jeunes plus récemment. Aussi, on se retrouve face à deux blocages. Les syndicats étudiants d’abord mais surtout les lycéens se sont mobilisés. Occupé à débloquer moults structures, et pas que, quel est la situation ?

Le blocage des jeunes.
Principal crainte du gouvernement lors du début des débats parlementaires sur le projet de loi sur les retraites, la mobilisation des jeunes devait être contenu. Cet objectif explique d’ailleurs pour quoi le Gouvernement a renoncé à supprimer la possibilité de cumule entre APL et demi-part fiscale dont bénéficient les familles de classe moyenne déjà fortement pressurées dont la progéniture est prompte à se mobiliser. Las, ceci n’a pas suffit puisque les jeunes se sont finalement décidés à rejoindre leurs aînés après plusieurs journées de mobilisation. Aînés, pas mécontent d’obtenir un renfort substantiel au moment où l’on craignait une baisse de mobilisation dans les cortèges. L’arrivée des jeunes ayant permis de gonfler considérablement les effectifs, personne n’a trouvé à y redire ou presque.

La mobilisation des jeunes a toutefois généré une petite polémique suite aux propos de Ségolène Royal incitant les jeunes à manifester et aux cris d’orfraie de la droite, inquiète de la mobilisation des jeunes, dénonçant une récupération politique et un geste d’inconscience. Ce, à quoi, nombre d’observateurs faisait remarquer au Gouvernement et aux membres de la majorité parlementaire que les jeunes pouvaient, à partir d’un certain âge, être mis en examen et envoyé derrière les barreaux mais qu’ils n’auraient pas la conscience suffisante pour manifester, soulignant ainsi un double langage.

Au-delà des arguments avancés par les uns et les autres, il est une chose qui soit sure : les jeunes peuvent librement descendre dans la rue et comprendre les principaux enjeux du projet de loi. Les étudiants en premier lieu, car directement concerné par le sujet, eux qui auront à rentrer sur le marché du travail d’ici peu. Les lycéens en second lieu mais dans une moindre mesure car ils constatent que les frères et sœurs ou tout simplement leurs camarades étudiants ont beaucoup de mal à s’insérer correctement dans le marché du travail. Sur ce point, oui, la mobilisation des jeunes est compréhensible et traduit une inquiétude face à un avenir prochain. Reste l’autre aspect de la mobilisation des jeunes que sont les blocages.

Technique traditionnelle, le blocage des lycées a de nouveau été tenté sans un réel succès cette fois. Les lycéens mobilisés contre le projet, certes ; bloquer les lycées, n’a rien de justifiable. Oui, le mécontentement peut s’exprimer, mais il ne peut en aucun cas empêcher ceux qui sont en désaccord et refusent d’interrompre leur cursus d’accéder à leurs bâtiments. Car, comme souvent, leurs bloqueurs constituent une infime minorité. Et les « AG » qui n’ont d’assemblée générale que le nom, sont très souvent organisés par un tout petit nombre alors que la plupart des lycéens ne veulent pas y participer et que des personnes extérieures participant aux blocages des établissements. Mobilisation certes mais qui se doit de respecter les avis des uns et des autres. Face à cela, un autre type de blocage se fait jour, le blocage gouvernemental.


« C’est pas la rue qui gouverne ! »
Face aux diverses mobilisations, le Gouvernement et le président de la République bloquent. Et ce n’est pas les quelques menues aménagements présentés comme des concessions qui changeront la matérialité des faits. Pris au piège des cadeaux fiscaux accordés à ses électeurs, confronté à l’inefficacité chronique de ses politiques de sécurité, Nicolas Sarkozy se devait d’aborder un sujet important qu’il pourra vendre lors de la campagne présidentielle de 2012. Aussi, ne peut-il se permettre d’échouer ou de reculer. Et c’est bien là, le problème car sa méthode de « réforme » laisse à désirer. Au lieu de prendre le temps de négocier et d’expliquer les mesures envisagées, il s’agit d’aller vite sans prendre le temps de faire correctement les choses. En témoigne le calendrier bloqué présenté en Janvier fixant une date butoir et une période de concertation avec les syndicats réduite à la portion congrue. Sans vrais échanges sur un sujet qui en nécessiterait plus que d’habitude, le président de la République savait pertinemment qu’il allait au conflit. Sa seule incertitude était de connaître l’ampleur de ce conflit et de le contenir.

Le discours de Grenoble ayant suscité les réactions que l’on sait, Nicolas Sarkozy a un besoin vital de montrer qu’il réussit quelque chose d’essentiel. Puisque la crise économique lui en donne l’occasion, c’est les retraites. Mais à vouloir aller trop vite, il s’est aliéné une grande partie des français qui soutiennent le mouvement. Mauvais calcul mais surtout mauvaise attitude. Au lieu de reporter la discussion parlementaire ce qui lui aurait laissé le temps de changer de ministre tout en apparaissant comme une personne de bonne volonté ouverte au compromis, Nicolas Sarkozy s’est refermé et a voulu faire voter la texte à marche forcée.

Conséquence, non seulement, il bat des records d’impopularité, mais il perd progressivement le soutien de son camp, aidé en cela par un Dominique de Villepin jouant à fond la carte de la droite républicaine, soucieuse des intérêts des classes moyennes. Il faut dire que si l’ancien Premier ministre, qui avait en son temps enduré le courroux populaire sur le CPE, remet au goût du jour le bon vieux concept chiracquien de la « Fracture sociale ». Concept que l’on peine à définir depuis 1995, qui semble un peu plus clair avec l’explosion des inégalités favorisés par le boulet fiscal qu’est la loi TEPA.


Que retenir.
Le texte voté au Sénat, il suit son parcours traditionnel et passera en Commission mixte paritaire en début de semaine pour être voté dans la foulée par les deux assemblées. Le président de la République aura alors 15 jours pour le promulguer. Le fera-t-il ? Sans aucun doute. Acculé au bord du précipice, il ne saurait être question de reculer et de tomber dans le vide. A moins qu’il n’y soit déjà…

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