lundi 11 octobre 2010

La mort. En direct !

Y a-t-il encore des limites à l’indécence ? Cette question se pose suite à l’émission « Chi l’ha visto », littéralement « Qui a vu ? », équivalent italien de l’émission autrefois présentée par Jacques Pradel sur TF1 « Perdu de vue ».

Tout comme son homologue française, l’émission se propose d’aider les familles à retrouver leurs proches disparus en mettant à leur disposition des moyens conséquents en échange de la diffusion de leur histoire à la télévision. Jusque là, pas de problème, ce genre d’émissions peut effectivement aider des personnes désespérées à retrouver des proches.

Pour autant, il convient d’encadrer ce genre d’émission par des règles éthiques très strictes. Et c’est précisément sur ce point que la présentatrice de l’émission, Federica Sciarelli, a perdu les pédales et la raison.

Les faits.
Lors de l’émission du 06 Octobre 2010, la présentatrice rejoint en direct une collaboratrice en duplex de la maison d’une famille dont la fille de 15 ans a disparu un mois plutôt dans des circonstances étranges. Cette affaire qui tient la presse italienne en haleine depuis le début prend toutefois un tournant assez spécial, puisque la présentatrice demande à sa collaboratrice de passer un téléphone portable à la mère de famille qui apprend en direct devant les caméras, la mort de sa fille des Carabiniers, équivalent de notre Gendarmerie nationale, que sa fille avait été violée et tuée par son oncle et retrouvée morte. La nouvelle est accompagnée des aveux du coupable diffusés peu après avoir été recueillis par les forces de l’ordre.


Les médias ont-ils tous les droits ?
Évidemment, et comme il fallait s’y attendre, l’émission a atteint un pic à 40% de part d’audience. Pour la présentatrice de l’émission, il n’y a aucun problème puisqu’elle a précisé à plusieurs reprises que la mère pouvait interrompre le direct si elle voulait, ce que bien sur, elle n’a pas fait étant trop choquée pour avoir une quelconque réaction. Il n’a, ensuite, pas fallu longtemps avant que le presse du pays réagisse à cette évènement. Réactions qui furent pour le moins contrastées.

Pas de scandalisation générale dans un pays où la religion catholique est pourtant bien ancrée, au contraire, certains ont justifiés cette position ; d’autres par contre ont protesté mais pas là où on pourrait le penser. Ainsi, le quotidien « Il Gionarle », propriété de Silvio Berlusconi déplore que ceci soit le résultat d’une trop grande liberté de la presse, celle-ci conduisant à ce que des personnes fassent n’importe quoi : « Ce qui s'est produit est l'ultime frontière d'une culture qui a donné depuis longtemps aux médias le droit et le devoir de tout vérifier, d'entrer partout, de suivre nos existences jusqu'au moment où elles s'achèvent ». La Stampa pense que l’émission est allée trop loin tout en soulignant que les participants savent très bien à quoi ils s’exposent.


Surprenant !
Dans l’ensemble, on peut être surpris de ces réactions, notamment celle d’Il Giornale. Ici, ce n’est pas la liberté de la presse ou la conscience ou non qu’ont les familles de rentrer dans le morbide et la course à l’audimat.

Non, le problème, est que qu’au nom de l’audience, certains soient prêt à tout pour être devant, en avoir toujours plus. Lors de sa traversée du désert, Jean-Marc Morandini, alors relégué dans une obscure émission de radio, disait que durant sa période télévisuelle qu’il sentait que tout pouvait se justifier, du moment que l’audimat était au rendez-vous ; qu’en quelque sorte, le fait même que le public regarde l’émission justifie les actions entreprises, les séquences diffusées à la télévision. Puis, il reconnaissait que finalement, non, il n’était pas possible de tout faire et de tout montrer à la télévision.

Des propos de l’ex-animateur de TF1, on relèvera que les « journalistes » et présentateurs de ces émissions n’ont pas réellement conscience de ce qu’ils font ou que leur conception de la morale est quelque peu… élastique.

Mais, comment s’étonner de tels débordements lorsque les responsables politiques eux-mêmes n’hésitent plus à insulter leurs compatriotes, à chercher la bagarre avec certaines fortes têtes comme Nicolas Sarkozy ou à insulter des élus du peuple, inciter les jeunes femmes à chercher un mari riche plutôt que de faire des études comme Silvio Berlusconi. A force de verser dans la populisme, de faire de la communication pour de la communication, il arrive bien un moment où la machine se détracte et où les repères disparaissent. Il ne s’agit pas d’un débordement ici ou là mais bel et bien de l’abolition des limites par ceux qui sont en charge de les faire respecter. Quand Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, multiplie les blagues racistes et est condamné pour injure raciale alors même qu’il est chargé en tant que ministre de faire respecter la loi, il y a un problème. Un gros problème.

Conclusion.
La difficulté consiste maintenant à réintroduire de la moralité dans un monde qui a perdu la sienne. La tâche s’annonce longue et difficile. D’autant plus difficile que les dérapages n’épargnent pas ceux qui ont l’habitude de les dénoncer.

2 commentaires:

luciolebrune a dit…

Très bon article.
Et pas trop long :-))
Oui, le monde changera si les individus changent eux-même.
Et évidemment, la dénonciation de la liberté de la presse...
Comme d'hab...

Anonyme a dit…

De même, c'est un très bon article, et une conclusion efficace. Peut-on simplement se contenter de dire "tant qu'il y a de l'audience" ? ou faut-il parfois condamner ou être un peu directif pour montrer la ligne rouge ?