mardi 28 décembre 2010

Côte d’Ivoire. Une démocratie impossible ? (2/2)

Aujourd'hui, suite de l'article sur la démocratie et application au cas spécifique de la Côte d'Ivoire.


Les raisons du choix Ouattara.
Tout d’abord, les élections ont été correctement organisées. Gbagbo avait confiance en son destin mais le peuple ivoirien ne l’a pas suivi. Mais pour quelles raisons ?

Principalement le chômage et la situation économique. Ouattara, dont l’action en tant que directeur adjoint du FMI n’a pas été si mauvaise et qui fut, en d’autres temps, le dernier Premier ministre du président Houphouët-Boigny symbole d’une ère de prospérité, a su convaincre de la solidité de son programme en matière économique lors du débat télévisé. De son côté, Gbagbo semblait plus préoccupé par l’idée de démontrer que Ouattara était un fauteur de troubles, un terroriste ou encore qu’il n’était pas vraiment ivoirien pour se faire réélire. Toujours, lors de ce débat, Ouattara a dénoncé l’inaction de Gbagbo sur le front de l’emploi, du chômage des jeunes et tout simplement du quotidien des ivoiriens. Gbagbo laissait transparaitre que son principal objectif d’empêcher l’arrivée au pouvoir de Ouattara et non le sort des ivoiriens. C’est mal comprendre les ivoiriens qui sont nombreux à avoir eu leur situation se détériorer justement par l’application du concept « d’ivoirité ».

La nostalgie d’une économie florissante pour les plus anciens, la peur du chômage pour les plus jeunes aux côtés de l’importance donné à « l’ivoirité » ont donc été les principales raisons de ce vote.


Le rôle de la France.
Si une intervention française comme elles se sont toujours faites en Afrique n’est pas possible, le contexte n’est pas exactement le même que précédemment. En 2004, aucun des deux camps ne souhaitait l’intervention de la France, c’est parce que cette intervention empêchait les deux camps d’en découdre et donc de régler la situation entre eux par les armes. L’intervention de la France et donc l’opération Licorne ont été décidées pour préserver la vie des populations civiles et non pour régler la situation sur le plan politique tandis que dans le contexte actuelle, la France s’est bien gardé d’intervenir et a poussé pour que ce soit une solution africaine qui soit mise en œuvre ; que ce soit par l’Union africaine ou par la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest). La France a aussi attendu que l’ONU et son secrétaire général prenne la parole tout en poussant les États-Unis d’Amérique à intervenir justement pour qu’on ne l’accuse pas d’intervenir. Par cette attitude, Paris prend le risque de voir son influence dans son ex-empire colonial décroître, mais un autre choix parait plus risqué sur le plan politique.

Cette fois, la communauté internationale est intervenu et est unanime à reconnaître la victoire de Ouattara, les africains comme les européens, les américains et bien d’autres. Une intervention de la France devrait alors nécessairement se situer dans un contexte international, sous égide de l’ONU. L’ONU en elle-même n’ayant pas les forces ni la force politique pour forcer le destin, il faut que la France, ancienne puissance régionale, agisse. Un peu comme en Corée dans les années 1950 où les forces étaient anglo-américaines mais le mandat onusien. Seul le drapeau avait alors changé sur l’uniforme des soldats. Toutes proportions gardées, il conviendrait que l’ONU demande à la France, au besoin avec l’aide de pays africains de répondre présent pour faire respecter la volonté du peuple ivoirien.

Cette intervention, souhaitée par le président élu Alassane Ouattara, peut aussi se justifier par les violences, les meurtres de partisans d’ivoiriens et crimes commis par les paramilitaires et mercenaires aux ordres de Gbagbo.


Quelles suites ?
La situation est complexe. Les difficultés de la démocratie ivoirienne ne sont pas à chercher dans les grands principes démocratiques mais plus dans un contexte local bien particulier mêlant économie et « ivoirité ». Le débat sur « l’ivoirité » se rapproche d’ailleurs d’un autre débat, sur l’identité française cette fois. Dans les deux cas, le débat laissant entendre qu’il faudrait une certaine pureté pour être ressortissant d’un pays a plus porté atteinte à la démocratie qu’il ne l’a renforcé.

Concrètement, sauf à ce que Laurent Gbagbo décide de revenir à la raison, une intervention armée semble inévitable. Oui, ce ne sera pas une partie de plaisir et il y aura très certainement des victimes mais doit-on laisser un peuple subir des violences et se faire voler son destin. Le rôle de l’Occident est aussi de répondre aux demandes d’aides que leur adressent les peuples de ces pays où la démocratie est bien fragile. En Afghanistan, l’Occident a fermé les yeux et n’a soutenu que du bout des lèvres le commandant Massoud, il a fallu qu’il meure et que des attentats frappent les États-Unis au cœur pour que l’Occident réagisse.

Autre souvenir qui doit nous pousser à intervenir : la crainte d’un nouveau Rwanda. A l’époque, la France avait ignoré et/ou laissé faire les choses jusqu’à ce qu’il ne soit trop tard. En Côte d’Ivoire, la frontière avec le génocide n’est pas si épaisse qu’on le croit. Les enlèvements de partisans de Ouattara, les exécutions expéditives par des mercenaires libériens, la découverte de charniers aux portes d’Abidjan sont des raisons suffisamment nécessaires pour agir.

3 commentaires:

Orange Verte a dit…

Ceci est un discours particulièrement dangereux qui fait les beaux jours de la Françe Afrique. Déjà au Rwanda la France à soutenu le régime de ceux qui ont organisé le génocide ce qui fait que le français "la langue des génocideurs "n'est plus parlé ce pays au profit de l'anglais. Quant à la côte d'Ivoire laissons les africains régler ce problème à leur façon même si celà ne nous plait pas. Les a t'on appelé au Kosovo et en Bosnie? non bien sur. Qu'est celà veut dire Lang à Gbagbo: “Laurent, il est temps de partir" ou lorsque Roland Dumas et Jacques Vergès dénoncent l'ingérence de la France ou La mise en garde du député sarkozyste Didier Julia... Et je ne parle de l'actualité Bongo Chirac et Sarkozy.

Orange pressé a dit…

Il s'agit au contraire de dépasser la Françafrique. Qu'on le veuille ou non, la France a une forte influence localement et les africains attendent parfois d'elle qu'elle intervienne pour garantir le bon exercice de leur démocratie.

« Laisser les africains régler le problème à leur façon même si ça ce nous plait pas ». Qu'est-ce que cela veut dire ? Je connais de nombreux ivoiriens qui me demandent pourquoi la France ne fait rien pour sauver leur démocratie.

Au Rwanda, nous avons laissé faire, nous avons eu un génocide.
En Bosnie, nous avons laissé faire et nous avons eu des charniers à 2h de Vienne en voiture.
Allons-nous encore rester de marbre quand des civils se font enlevés la nuit et promptement exécuter aux portes de leur ville ?

Si le président choisi par le peuple ivoirien nous appelle à l'aide pour éviter des massacres, que devons-nous faire ? Laisser les massacres se faire ?

Orange Verte a dit…

Il y a sur place l'Union Africaine ,la CEDECAO et l'ONU. Celà ne signifie pas que la France n'a pas de rôle à jouer et d'ailleurs la force Licorne est déployée d'ailleurs dans le cadre de l'ONU.
Les pays d'Afrique doivent prendre leur responsabilité.

Je vais prendre un exemple caricatural : Il ne viendrait à personne l'idée de gérer le problème de la Belgique à Kinshasa.