dimanche 26 décembre 2010

Côte d’Ivoire. Une démocratie impossible ? (1/2)



Toujours suite à l'article de l'Hérétique, voici l'analyse suivante. Dans son article, on distingue deux choses : une réflexion sur la démocratie en général et son application à des pays en développement et plus particulièrement en Afrique; puis, une application spécifique au cas de la Côte d'Ivoire. Suivant ce découpage, je vous propose une première partie sur la démocratie puis une réflexion plus spécifique au cas de la Côte d'Ivoire.


La démocratie ne s’impose pas.
Dans sa tribune, Guy Sitbon écrit que la France ne peut agir dans la crise ivoirienne sans qu’on lui reproche son action. Il n’a pas tellement tort, puisque c’est ce qui s’est passé lors de la tentative de prise de pouvoir par les « Forces nouvelles » en 2004 après les accords de Marcoussis. Accusée par les rebelles de les couper dans leur élan et par Gbagbo de ne pas appliquer l’accord de défense signé aux premières de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.

La situation actuelle est toutefois légèrement différente puisque la France a bien pris garde de ne pas intervenir. On peut partager son avis sur une chose : la démocratie ne s’impose pas.

Il convient néanmoins de préciser « La démocratie ne s’impose pas… Elle se construit. »

L’Hérétique précise que « la démocratie n’est pas le règne d’une majorité, qu’elle est le fruit d’un consensus. ». En réalité, si ! Une majorité peut imposer sa volonté durant une période donnée, c’est l’essence même de la démocratie représentative.

Si la vision de la démocratie qui consiste à croire qu’il suffit d’organiser des élections libres pour que la démocratie devienne réalité est bien fausse, c’est parce que les choses sont plus compliquées. La démocratie met du temps à se construire.

Un exemple parlant est l’implantation de l’idée républicaine par la IIIe République dans l’esprit des français. A ses temps, il y a eu une sorte de dictature démocratique des républicains pour implanter l’idée républicaine. Son implantation fut longue et difficile comme en témoignent les violences entre laïcs et croyants, les réactions à l’éducation par les hussards de la République. Ce n’est que progressivement, lorsque l’idée républicaine s’est enracinée et qu’il y a eu accord sur la manière pour la majorité d’exercer sa volonté que les radicaux ont accepté que la droite participe au pouvoir et puisse obtenir la majorité.

Cette construction de la démocratie se voit d’ailleurs en Irak où un consensus commence à être trouvé sur la façon d’exercer le pouvoir. Aux soubresauts violents des débuts, succède une période de relatif calme entre les participants au pouvoir et dans la lutte contre les groupes terroristes comme Al-Qaïda. Bien sur, ces soubresauts n’ont pas disparu et les persécutions dont sont victimes les chrétiens de ce pays nous le rappellent. On ne peut néanmoins nier un réel progrès.


« Les mœurs précèdent le droit ».
L’Hérétique précise que la démocratie n’est pas qu’une affaire de droit. Certes, mais sans droit, sa construction et son exercice sont tout bonnement impossible. Le droit est un élément indispensable, nécessaire à la démocratie et les deux sont inextricablement liés. On retrouve dans ces propos, la mention de Montesquieu qui donne un rôle important aux « mœurs ».

Encore une fois, la chose n’est pas fausse, mais il faut comprendre l’idée de mœurs dans le sens que cela avait au XVIIIe s. et pas dans le sens actuel qui est fort différent. Le sens ancien est bien plus large que le sens actuel, ce qui change pas mal de choses. En réalité, ce que désigne notre ami par « mœurs » ne se limite pas à la conduite, mais désigne la méthode de construction de la pensée. Et cela prend du temps.

Toutefois, entendre que la démocratie n’est qu’un problème de riches et qu’elle ne peut émerger dans des pays en situation difficile ou pauvres, est une erreur. Si les exemples de démocratie ne sont pas légions dans les pays du Sud, il en existe quelques uns. Le Botswana en est un avec un système de santé efficace bien que disposant de peu de moyens, avec une démocratie saine qui fonctionne plutôt bien. D’autres pays en Asie ou Amérique du Sud montrent que la chose est possible. Là, encore cela a été rendu possible par une volonté, et suite à une construction qui a pris du temps, beaucoup de temps.

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