vendredi 24 décembre 2010

Côte d'Ivoire. Les faits (2/2).

Dans un précédent propos, vous pouviez trouver un résumé des évènements menant à la situation actuelle de l'indépendance de la Côte d'Ivoire à l'an 2000. Période marquée par un fort développement économique et par l'émergence du concept « d’ivoirité ». On voit aussi émerger les principaux protaganistes actuels sur le plan politique.

Aujourd'hui, vous retrouverez le résumé des évènements de la dernière décennie qui a commencé par une dictature militaire pour aboutir à la situation actuelle. On peut voir l'ascension de Gbagbo, ce qui le conduit à nier Ouattara et toujours la persistance latente du concept « d’ivoirité » qui empoisonne littéralement la vie politique et la vie tout court dans ce pays.



Suite.
Acte IV - L’élection de Laurent Gbagbo.
En octobre de la même année, la décompte des voix laisse apparaître que le général Gueï, chef de la junte militaire, est arrivé en 2e position derrière Laurent Gbagbo. Malgré les résultats, il s’autoproclame président et tente de garder le pouvoir par la force. L’hostilité et à la détermination poussent la population à descendre dans la rue. Celle-ci est rapidement rejointe par la gendarmerie ivoirienne. Suite aux manifestations, la Commission électorale déclare alors Laurent Gbagbo vainqueur de l’élection présidentielle. Lors des élections législatives qui suivent, le parti de Gbagbo remporte 96 sièges sur 223 mais c’est moins que les 98 du PDCI d’Henri Konan Bédié. Le parti da Ouattara, le RDR qui avait boycotté le scrutin, obtient tout de même 4 parlementaires.

En 2002, plusieurs tentatives de « coup d’État » ont lieu dans 3 villes du pays dont Abidjan (la capitale économique) et Bouaké (carrefour économique du centre du pays). Des tentatives d’assassinat ont lieu contre Alassane Ouattara ainsi que contre le ministre de la Défense. Le ministre de l’Intérieur et ses gardes du corps sont assassinés. Des « rebelles » contestent autant le pouvoir de Laurent Gbagbo, alors président de la République de Côte d’Ivoire, que le concept d’ivoirité. Ils se composent essentiellement d’anciens militaires chassés de l’armée sous la junte militaire en application du concept « d’ivoirité ».

On distingue notamment parmi les chefs des rebelles, un certain Guillaume Soro qui avait été colistier aux législatives de 2000 de Mme Henriette Diabaté, secrétaire générale du RDR, le parti de Ouattara.


Acte V - L’intervention française et les accords de Marcoussis.
La France, d’abord réticente, se résout finalement à intervenir plus pour protéger ses ressortissants et leurs intérêts économiques que pour appliquer l’accord de défense signé avec le pouvoir ivoirien. Appliquant néanmoins cet accord, les militaires français stoppent l’avancée des « rebelles » sauvant ainsi le pouvoir de Laurent Gbagbo.

Cependant, la France considère que certaines des revendications des rebelles sont recevables notamment sur l’ivoirité et les injustices que ce concept engendre.

Pour Laurent Gbagbo, les « rebelles » sont justes d’anciens militaires souhaitant le déstabiliser avec l’appui du Burkina Faso.


Afin de sortir de la situation des pourparlers sont organisés en France à Marcoussis. Ils aboutissent sur des accords qui prévoient :
- le maintien au pouvoir de Laurent Gbagbo jusqu’aux prochains scrutins ;
- un gouvernement d’union nationale ;
- la mise en place d’une force d’interposition.

A peine signés, les accords sont dénoncés par Laurent Gbagbo qui déclare qu’on lui a forcé la main. Des émeutes anti-françaises éclatent pour le soutenir.

Un an après, en 2004, le Conseil de sécurité de l’ONU décide de l’envoie d’une force d’interposition. Pour autant, les opérations entre forces loyalistes au président Gbagbo et les « rebelles »ne s’arrêtent pas.

La France, prise entre deux feux, est accusé par Laurent Gbagbo de protéger les rebelles et de ne pas respecter l’accord de défense signé avec le gouvernement ivoirien mais aussi d’empêcher les « rebelles » de profiter de leur avantage militaire et de prendre Abidjan, la capitale du pays.

De nouvelles négociations sont engagées et un accord signé mais les choses trainent.
Espérant débloquer la situation, Laurent Gbagbo envoie des avions militaires bombarder les « rebelles » à l’ouest du pays ainsi que des militaires français à Bouaké. Officiellement, le bombardement contre les soldats français est une erreur, mais il apparait rapidement qu’il est volontaire et a été ordonné au plus sommet de l’État ivoirien par Laurent Gbagbo. Immédiatement, Jacques Chirac ordonne une riposte. L’option choisie est alors la destruction des quelques avions composant « l’armée de l’air » ivoirienne afin de limiter les pertes humaines.

En réaction, les émeutes anti-françaises repartent de plus belle et se traduisent des pillages massifs et ciblés organisés par le mouvement des jeunes soutenant Gbagbo contre les entreprises françaises et occidentales. De nombreux ressortissants français et étrangers sont évacués en hélicoptère par l’armée française dont la base militaire à Abidjan est assiégée par les jeunes soutiens de Laurent Gbagbo. Les militaires français en réaction tirent dans la foule causant plusieurs décès ainsi que de nombreux blessés.


Acte VI - Sortie de crise.
En 2005, le processus de paix est une nouvelle fois relancé. Il aboutit en 2007 aux accords de Ouagadougou qui prévoit :
- la nomination d’un gouvernement de transition ;
- l’abolition de la zone dite de confiance entre loyalistes et rebelles.
A la suite de cela, une réforme des listes électorales permet l’inscription de 3 millions de nouveaux électeurs suite à une atténuation du principe d’ivoirité.


Acte VII - Bis repetita.
Fin 2010, après de nombreux reports, de nouvelles élections présidentielles sont organisées. Au soir du 1er tour, Laurent Gbagbo arrive en tête avec 38% des suffrages, suivi de près par Alassane Ouattara avec 32% et Henri Konan Bédié avec 25% des voix. Tous trois sont donc de vieux acteurs du pays politiques local.
Aucun candidat n’étant parvenu à rassembler la majorité des suffrages, un second tour est organisé. Un accord est semble-t-il passé entre Ouattara et Bédié, anciens adversaires politiques et aboutit à un bon report des voix puisque fin novembre, Ouattara est déclaré vainqueur après le report à plusieurs reprises de l’annonce des résultats par la Commission électorale indépendante (CEI).

Selon les résultats de la CEI, il remporterait l’élection avec 54,1% des voix contre 45,9% pour le président sortant. Immédiatement, les partisans de Laurent Gbagbo contestent ces résultats. Quelques jours après l’annonce des résultats par la CEI, le Conseil constitutionnel ivoirien, présidé par un proche de Laurent Gbagbo, annonce au contraire l’élection de Laurent Gbagbo avec 51% des voix suite à l’invalidation du scrutin dans plusieurs bureaux de vote au nord du pays.

Laurent Gbagbo prête alors serment en grandes pompes, suivi de peu par le président élu Ouattara qui dispose du soutien de la communauté internationale. Gbagbo de plus en plus isolé n’en continue pas moins de s’accrocher au pouvoir.

3 commentaires:

FrédéricLN a dit…

Bonjour, bravo de vous lancer dans cette entreprise civique ! Malheureusement votre historique est affecté par pas mal d'à-peu-près, sur cette décennie évidemment très chamboulée. Je laisse une révision détaillée aux ivoiriens ou ivoirologues, permettez-moi juste des remarques sur le dernier "acte" (élection de 2010) :

"Un accord est semble-t-il passé entre Ouattara et Bédié, anciens adversaires politiques"

Ce sont effectivement d'anciens adversaires, et toujours des rivaux, mais coalisés depuis le 18 mai 2005 au sein du "RHDP". Le RHDP regroupe l'essentiel des partis ivoiriens hors FPI ; non seulement le PDCI-RDA de Konan Bédié et le RDR de Ouattara, mais aussi l'UDPCI de feu le général Gueï, représentée à la présidentielle par Albert Mabri Toikeusse, classé 4ème.

Le RHDP était représenté au 2ème tour par Alassane Ouattara, le soutien que lui ont apporté les autres candidats du 1er tour a été public et entier (nombreuses coupures de presse).

"fin novembre, Ouattara est déclaré vainqueur après le report à plusieurs reprises de l’annonce des résultats par la Commission électorale indépendante (CEI)."

En fait, la proclamation de résultats partiels (mais probablement quasi-complets) le surlendemain de l'élection a été empêchée par les partisans de Laurent Gbagbo ; il n'y a donc pas de report à proprement parler.

"Selon les résultats de la CEI, il remporterait l’élection avec 54,1% des voix contre 45,9% pour le président sortant. Immédiatement, les partisans de Laurent Gbagbo contestent ces résultats."

En fait ils les ont contesté avant même leur parution !

"Quelques jours après l’annonce des résultats par la CEI, le Conseil constitutionnel ivoirien, présidé par un proche de Laurent Gbagbo, annonce au contraire l’élection de Laurent Gbagbo avec 51% des voix…"

En fait, le lendemain (jeudi soir pour le président de la CEI, vendredi dans la journée pour celui du CC).

"… suite à l’invalidation du scrutin dans plusieurs bureaux de vote au nord du pays."

Plus précisément, l'annulation des résultats de départements entiers. Si le CC les avait invalidés, comme la loi nationale lui en donnait la possibilité (entrant cependant alors en conflit avec le mandat du Conseil de sécurité, qui doit l'emporter), il y avait lieu, toujours selon la loi, d'organiser un nouveau scrutin dans ces départements ; Ouattara l'aurait largement emporté, au vu des résultats du premier tour. L'annulation pure et simple d'une partie du scrutin n'est pas prévue par la loi. La décision du CC est donc illégale ; mais il n'y a pas d'instance nationale devant laquelle porter un recours contre une décision du CC.

"Laurent Gbagbo prête alors serment en grandes pompes,"

Ça je n'en sais rien ; mais en grande pompe, certes ;-)

" suivi de peu par le président élu Ouattara"

Devancé, en fait ; le président Ouattara a envoyé sa prestation de serment au président du CC par voie d'huissier ! Mais cela n'a été annoncé qu'après coup.

"qui dispose du soutien de la communauté internationale. Gbagbo de plus en plus isolé n’en continue pas moins de s’accrocher au pouvoir."

eh oui !

Bravo de toute façon pour cette initiative de vous informer et de diffuser l'information. Ce qui me semblent être des approximations ne changent d'ailleurs pas le sens général de votre billet.

FrédéricLN a dit…



Les douze dernières années ont l'air chaotique, mais résultent d'une arithmétique très simple : aucune ethnie n'est majoritaire, aucune n'est reconnue par les autres comme légitime pour occuper le pouvoir.

(Les bétés représentent, lis-je, environ 5%, mais Laurent Gbagbo a toujours regroupé 20-25% d'électeurs du centre-ouest ; l'UDPCI représente environ 10% de la population, dans les montagnes de l'Ouest ; le RDR regroupe 30-35% d'électeurs du Nord (malinké, sénoufo…) ; le PDCI-RDA correspond au groupe akan et compte 25-30% de soutiens dans le centre / centre-est. La principale surprise du récent scrutin a été le vote majoritaire pour Laurent Gbagbo (et non Konan Bédié) de départements de l'Est, frontaliers du Ghana ; je suppose que c'est lié à la présence dans l'équipe Gbagbo d'un haut responsable de la région ? voir une analyse géographique détaillée du scrutin ici http://www.lepatriote.net/lire/6dbabd67-2b5a-4f65-a9b3-a924949346d9.aspx

Si bien que les résultats électoraux sont à peu près constants, et l'impasse aussi… Un partage du pouvoir entre les quatre grands camps est indispensable (et je pense qu'aucun Ivoirien ne dirait le contraire). Mais tout dépend sur quelle base se fait le partage. Il n'y a qu'une seule Présidence !

Orange pressé a dit…

Les raccourcis sont inévitables lorsque l'on fait un résumé. Reste que le clivage lors des élections s'est fait d'avantage sur les questions économiques que sur des questions ethniques. Si on regarde la répartition des votes, on voit que Ouattara a largement débordé de sa zone d'influence traditionnelle.