jeudi 23 décembre 2010

Côte d'Ivoire. Les faits (1/2).

Dans sa dernière livrée, le fort connu « Hérétique » nous fait d’un point de vue plutôt… surprenant sur un sujet d’actualité particulièrement délicat s’il en est, à savoir la crise politique que traverse actuellement la Côte d’Ivoire. Il réagit en cela à la lecture d’une tribune de Guy Sitbon, journaliste français d'origine tunisienne.

Néanmoins, le point de vue étant assez original, il semble essentiel de revenir sur les évènements qui nous ont mené à la situation actuelle. Il se trouve en effet que les racines du mal sont à chercher loin en amont.

Retour donc sur les évènements historiques qui nous ont menés là où nous en sommes actuellement. Ce résumé ne se veut pas parfait, il peut donc contenir des erreurs et passent très vite sur des éléments qui ne concernent pas forcément les évènements actuels. Aussi, merci de le prendre comme ce qu'il est, à savoir un résumé.



Acte I - L’émergence et le développement de la « Françafrique ».
Suite à la décolonisation, la France met en place une nouvelle politique en Afrique avec la bénédiction des États-Unis. A l’époque, c’est la guerre froide et les États-Unis confient le rôle de gendarme de l’Afrique à la France car l’Afrique constituait une bonne partie de son ex-empire colonial. Cette politique, voulue par le général de Gaulle et mise en place Jacques Foccart. Elle vise donc au travers de réseaux d’influence diplomatique et économique à garantir la stabilité politique de pays africains afin d’y assurer un contexte favorable à l’exercice d’activités économiques diverses mais consistant principalement dans l’extraction et l’exportation de matières premières comme le pétrole, le gaz, le bois, des métaux plus ou moins rares, etc., etc. On lui donne rapidement un nom : la « Françafrique ». Ce terme aurait été inventé par Félix Houphouët-Boigny dont le souhait était de garder des garder des contacts privilégiés avec la France dans le but de garantir leur pouvoir politique.

Celui-ci, après avoir émergé sur la scène politique sous la IVe République, devient président de la République de Côte d’Ivoire en 1960 et se maintient jusqu’en 1993. Durant son « règne », il fait emprisonner durant les années 1970 puis en 1982 un chef syndicaliste jugé « subversif » et sa femme, un certain Laurent Gbagbo et sa femme Simone. En 1988, ceux-ci rentrent d’exil et en 1990, durant l’élection présidentielle à laquelle il se présente, il réalise près de 18% des voix face à Félix Houphouët-Boigny. En 1991 puis 1992 ont lieu d’importantes manifestations d’étudiants comme en 1982 à la suite desquelles le 18 février 1992, Laurent Gbagbo est une nouvelle fois arrêté et condamné à 2 ans de prison de ferme mais est libéré seulement 6 mois après. A l’époque, le Premier ministre de Côte d’Ivoire est un certain… Alassane Ouattara.

Toujours durant ce « règne », la Côte d’Ivoire se développe fortement et devient même un pays d’immigration. Le pays recourt alors massivement pour ses plantations aux immigrés de ses voisins du nord. Les cartes de séjour et autres naturalisations sont alors largement accordés.

Fin de l’acte I.


Acte II - La période Bédié et le concept « d’ivoirité ».
En 1993, Félix Houphouët-Boigny meurt sans avoir désigné ou promu de successeur. Selon la constitution ivoirienne, c’est donc le président de l’Assemblée nationale, un certain Henri Konan Bédié qui accède à la présidence et promeut le concept « d’ivoirité » qui rencontre un certain écho suite aux nombreuses vagues migratoires dont le pays a eu besoin pour soutenir son développement économique. L’ivoirité est l’idée selon laquelle pour être réellement ivoirien, il faudrait que ses quatre grands-parents soient ivoiriens. En 1995, suite à une réforme du code électoral Henri Konan-Bédié est élu président avec 96,44% des voix dans un scrutin boycotté par ses opposants politiques qui dénoncent l’introduction de « l’ivoirité » comme critère pour être candidat. En réalité, il introduit ce principe pour évincer son principal rival politique de l’époque, à savoir le dernier Premier ministre de Félix Houphouët-Boigny, Alassane Ouattara. Il tente ainsi de s’attirer le soutien de la population qui plongée dans la crise depuis que le pays ne crée plus massivement des emplois, constitue un terreau favorable au développement de la xénophobie.

Alassane Ouattara dont les deux parents sont certes ivoiriens mais originaires du nord du pays où l’immigration fut importante. Il a fait ses études au Burkina Faso, principal pays dont est originaire la main d’œuvre immigrée, et est musulman alors que les ivoiriens du sud du pays sont chrétiens.


Acte III - La dictature militaire.
En 1999, Henri Konan-Bédié est renversé par un coup d’État fomenté par les milites suite à une tentative réformant la constitution et lui permettant de se maintenir au pouvoir jusqu’à 75 ans.

La prise de pouvoir des militaires est alors cautionnée par les partis d’opposition de l’époque le Front populaire ivoirien (FPI, gauche) de Laurent Gbagbo et le Rassemblement des républicains de Côte d’Ivoire (RDR, centre) d’Alassane Ouattara. Après plusieurs tentatives de coup d’État, des militaires partisans d’Alassane Ouattara s’exilent au Burkina Faso.

En 2000, une nouvelle constitution est adoptée, avec le soutien de tous les partis politiques dont ceux de Gbagbo et de Ouattara. Le texte fondamental continue d’utiliser le concept d’ivoirité. En effet, ne peuvent se présenter les ivoiriens né de parents eux-mêmes ivoiriens. En conséquence, une vaste campagne d’identification est lancée. Alassane Ouattara se présente une nouvelle fois mais sa candidature est rejetée de même que toutes les candidatures présentées par le mouvement d’Henri Konan Bédié, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Alassane Ouattara est alors jugé non-ivoirien. Au total, 14 candidats sur 20 voient leur candidature annulée.

(A suivre).

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