jeudi 6 janvier 2011

Ouattara, la conférence de presse.


Ce jeudi, Alassane Ouattara, président élu de Côte d’Ivoire a donné une conférence de presse. Dans l’interrègne actuel marqué des violences de la part des partisans et mercenaires de Laurent Gbagbo et alors que les tentatives de médiation ne semblent pas donner de résultats, sa parole était attendu. L’enjeu : connaître sa position, les concessions qu’il serait prêt à faire ainsi que les développements envisagés.


La position du président Ouattara.
Si Laurent Gbagbo considère qu’il est président en ayant respecté la constitution ivoirienne, ce dont il essaie de convaincre le reste du monde sans y parvenir, Alassane Ouattara demande le départ immédiat de son prédécesseur.
Pour le président élu, la constitution ivoirienne n’a pas été respectée car le Conseil constitutionnel n’a pas respecté les résultats qui lui ont été transmis. L’invalidation des résultats dans 5 départements du Nord et de l’Est du pays pour fraudes aurait été effectuée en rupture totale avec les rapports des préfets constatant que les opérations électorales se seraient bien déroulées. De surcroit, ces opérations ont été validées par le CCI (centre de commandement intégré de Côte d’Ivoire).

La décision constitutionnelle serait donc en conséquence tout simplement illégale.
A cela, le président Ouattara ajoute que les partisans de Laurent Gbagbo étant présent dans la CEI (commission électorale indépendante), les résultats que celle-ci a proclamé sont indiscutables.

En conséquence, et en réponse aux propositions de recomptage des voix ou de 3e tour, M. Ouattara oppose un non ferme et définitif. Sa position étant que les élections ont eue lieu dans de bonnes conditions et les résultats ayant proclamé, il n’y a aucune contestation possible. Une position qu’il résume ainsi « Les opérations électorales sont terminées. Laurent Gbagbo doit partir. »

De cette conférence de presse, il ressort que des concessions du clan Ouattara sont possibles mais limitées. Limitées au président Gbagbo, et dans une moindre mesure à ses proches, une fois que celui-ci aura quitté le pouvoir. Alassane Ouattara opte ainsi pour une position ferme et ne compte pas laisser de répit à Laurent Gbagbo sachant pertinemment que ce dernier joue la montre.


Quelle suite ?
La question qui était sur toutes les lèvres était : va-t-il y avoir une intervention armée ?
En l’état actuel de la situation, cette option n’est pas considérée comme probable par le président Ouattara. Elle ne serait envisagée qu’en cas d’extrémité mais n’a clairement pas ses faveurs. Et de citer la fuite de Laurent Gbagbo en 2000 dans un coffre de voiture pour fuir la dictature du général Guéï et de préciser qu’une nouvelle fuite de cette manière serait pour l’occasion pour Gbagbo de se couvrir du déshonneur qu’il mérite. A la place donc, Alassane Ouattara opterait plutôt pour un accroissement de la pression sur le clan Gbagbo en augmentant les sanctions ciblées. Cette position raisonnable va nettement à l’encontre de ce qu’espère Laurent Gbagbo qui mise indirectement sur une action militaire pour endosser le statut de martyr.

En refusant l’intervention militaire, Alassane Ouattara vise aussi à garder le soutien du peuple ivoirien qui, en cas d’intervention militaire, serait inévitablement le plus touché. Toutefois, le président Ouattara prévient que les fonctionnaires qui continueraient de collaborer avec le « régime fantôme » de Laurent Gbagbo seraient sanctionnés judiciairement et risquaient de perdre leur emploi.


Conclusion.
La situation actuelle et complexe, et requiert une habilité diplomatique particulière. D’un côté, Laurent Gbagbo tente de se poser en victime de la politique extérieure de la France et en défenseur des institutions ivoiriennes. De l’autre, Alassane Ouattara garde une position ferme mais fait tout pour éviter un bain de sang qui nuirait à son début de mandat. Il dénonce au passage le climat de peur que fait régner Laurent Gbagbo au sein de l’administration et de la population ivoirienne. Si la situation semble sans issue, on observe toutefois quelques craquelures dans le camp de Laurent Gbagbo. Si, la chute de ce dernier est loin d’être acquise, ce signal peut être l’espoir qu’une sortie de crise pacifique est possible.

2 commentaires:

Orange Verte a dit…

Si l'isolement de Mr Gbagbo à l'extérieur est une chose à l'intérieur c'est une autre histoire ou se mêlent ethnies et religions.
L'alliance de circonstance de Mr Ouattara avec Mr Bedié ne tiendra pas bien longtemps. En outre la population lasse, voire les pays voisins finiront par se satisfaire finalement d'un Laurent Gbagbo et même d'une Côte d'Ivoire coupée en deux ?
Un guerre civile embraserait toute la région tant au niveau ethnique que religieux alors si on peut éviter cela autant surement opter pour le moins pire :(

Orange pressé a dit…

La question a dépassé la réalité éthnique, le principal problème se situe au niveau de la question économique sur fond "d'ivoirité".