mardi 28 avril 2009

L’Islande dans l’Union européenne, le veut-elle ? Le peut-elle vraiment ?

« Victoire ! »

C’est l’image que l’on a pu voir dans la nuit du dimanche 26 à lundi 27 Avril 2009, la coalition de gauche menée par le 1er ministre, madame Johanna Sigurdadottir a remporté les élections en Islande. Ce pays est donc le premier où un gouvernement est tombé des suites des conséquences de la crise financière et économique mondiale. Alors que le pays vivait à crédit avec des banques commerciales qui avaient des dettes libellées en devises étrangères d’un montant 10 fois plus important que celui des réserves de change de la banque centrale de leur pays, c’est la fin d’un temps, celui de l’argent fou. Ce petit pays de 320 000 habitants environ soit l’équivalent de la population de l’agglomération de Metz, a donc décidé de confier le pouvoir à la gauche pour la 1ière fois de son histoire.


Contrée devenue indépendante en 1944, l’Islande a donc fait confiance aux sociaux-démocrates, parti allié aux verts pour prendre en main la reconstruction d’une économie sinistrée. Ce parti avait axé sa campagne sur l’adhésion à l’Union Européenne et à l’Euro. Ce parti a compris que le pays était trop petit pour avoir sa propre monnaie et que la moindre tempête financière, conjuguée à un trop appétit des banques les menait dans le mur. Les islandais ont donc tenté dans un premier temps de se rapprocher de l’Union pour rentrer dans l’Euro sans rentrer dans l’Union européenne. Refus net de la Commission européenne et des États-membres. Un pays désirant adopter l’Euro doit être membre de l’Union européenne. Les sociaux-démocrates ont compris que cela n’était pas négociable et qu’il fallait adhérer à l’Union Européenne pour sauver le pays.


La partie est-elle pour autant gagnée ?
Non, car les Verts, alliés des sociaux-démocrates sont plutôt contre l’entrée dans l’Union Européenne de peur que cette entrée ne signe l’arrêt de mort de l’industrie locale de la pêche. Comment leur donner tort ? Sur le principe, l’entrée dans l’Union obligera l’Islande à ouvrir un jour ou l’autre ses eaux territoriales et sa ZEE aux pêcheurs communautaires. On comprend que l’idée de partager de grandes ressources après de nombreux pêcheurs les effraie. Mais, le pays a-t-il réellement le choix ? NON !



Non, car l’économie islandaise est trop petite et trop fragile. Si le pays partageait une monnaie avec un État plus grand ou économiquement plus solide, le contraire serait possible, mais la crise est passé par là et les faits sont ce qu’ils sont : l’Islande n’a pas les reins assez solides pour survivre seule économiquement, elle doit partager la monnaie d’un pays ou d’une zone plus importante. Cette zone c’est l’Union européenne, car 3 de ses amis scandinaves en sont déjà membres : Suède, Finlande, Danemark et que la Finlande dispose déjà de la monnaie unique ce qui l’a protégé dans une certaine mesure de biens des tourments. L’Islande doit donc, si elle veut vraiment s’en sortir adhérer à l’Union Européenne.



Choix de cœur ou mariage de raison ?

Certes, chez une partie des Islandais, l’entrée dans l’Union Européenne est une idée partagée depuis longtemps mais jusqu’à avant la crise, la majorité des islandais y étaient opposés. Depuis, l’économie et les banques du pays se sont effondrés, et les amis scandinaves ont dû venir à la rescousse de Reykjavik.
Depuis, les choses semblent avoir changé avec la victoire des sociaux-démocrates mais ne nous trompons pas, l’entrée dans l’UE est loin d’être acquise. D’abord parce que la crise financière et économique a certes remis en cause les dogmes économiques libéraux de la droite au pouvoir qui a subi la pire déculottée de son histoire depuis l’indépendance en 1944, mais pour autant, la classe politique reste en grande partie hostile à l’entrée dans l’Union. Si l’adoption de l’Euro ne semble plus poser de problèmes, ce n’est pas en effet le cas de l’entrée dans l’Union. Et comme la deuxième conditionne la première, l’entrée dans l’Union s’impose.
Les islandais se trouvent un peu dans la situation similaire aux suisses à qui on a déjà posé 2 fois la question de l’entrée dans l’Union.

Le référendum suisse s’est à chaque fois présenté dans une forme simple :
1- Approuvez-vous l’entrée dans l’Union Européenne ?

2- Approuvez-vous le fait que la Suisse renonce à sa neutralité ?

Les 2 fois, les Suisses ont d’abord répondu OUI en 1- puis NON en 2-. Comme l’entrée dans l’Union européenne suppose l’abandon de la neutralité suisse telle qu’elle existe, la Suisse n’est pas rentrée dans l’Union européenne alors même qu’elle y est enclavée ?


C’est le même problème en Islande, bien que les raisons pour faire un mariage de raison entre l’Islande et l’Union européenne ne manquent pas, l’Islande semble réticente à sauter le pas alors même qu’elle n’a pas d’autre solution à terme.
La victoire historique de la gauche en Islande ouvre une porte et offre une chance aux islandais de mettre un pied dans la stabilité économique. Mais saura-t-elle la saisir ? C’est tout l’enjeu de ce qui est en train de décider maintenant. Si elle arrive à le faire, ce sera un moment historique. Sinon, l’Islande se fermera elle-même une porte de sortie et pour longtemps.

En cas d’adhésion, l’Islande bénéficierait d’une intégration accélérée dans l’Euro et pourrait obtenir des clauses spécifiques de transfert d’adhésion afin d’intégrer progressivement son industrie de la pêche.

Le courage politique peut-il payer ? Je pense que oui. Reste à voir !

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