dimanche 3 mai 2009

Obama, la Turquie et l’Europe.

Barack Obama vient de récemment fêter ses 100 jours à la Maison Blanche. Cet évènement a fait la couverture des magazines et sa cote de popularité est la plus haut pour un président américain depuis bien longtemps avec toujours plus de 60% d’opinions favorables. Il est vrai que l’homme a beaucoup fait et n’a lésiné sur les symboles et les actions : signature d’un décret fermant Guantanamo, annonce de retrait des troupes américaines d’Irak d’ici à 2011, plan massif de relance de l’économie américaine...
Toutefois, sa venue en Europe si elle suscité un certain enthousiasme, a surtout permis de constater dans les faits que Barack Obama s’il semble être un meilleur président que son prédécesseur, n’en reste pas moins le président des Etats-Unis d’Amérique. Illustration en a été donné lors de sa récente venue en Europe pour le G20, puis le sommet de l’OTAN, sa visite en République Tchèque et enfin un séjour en Turquie.

Lors de cette tournée diplomatique, les européens ont pu constater que M. Obama s’il avait un langage euro-compatible défendait les intérêts des américains. Ainsi, lors du sommet de l’OTAN mais surtout par la suite en République Tchèque et en Turquie, il a défendu l’entrée de la Turquie en Europe. Pour bien comprendre l’importance de cette déclaration, on peut dire que c’est comme si le président de la France soutenait la candidature du Mexique à l’entrée dans la fédération des Etats-Unis d’Amérique. Bref, une aberration.


Le soutien américain à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Pourquoi ?
L’affaire n’est pas nouvelle et prend ses sources dans la guerre froide. L’OTAN a été créée pour défendre les pays d’Europe de l’Ouest contre la menace soviétique. A ce titre, la Turquie avait un rôle stratégique bien qu’elle n’ait aucun lien avec l’Atlantique. Par sa position géographique, elle était la plus proche de Moscou et son adhésion à l’OTAN s’est faite pour ces raisons. Les Etats-Unis ont installé des missiles Pershing pour contrer l’installation de SS-20 en Europe de l’Est. Durant cette période, les américains ont toujours soutenu la candidature turque à l’entrée dans la CEE. Pour eux, cette entrée dans la CEE était un moyen de stabiliser un pays musulman dont on avait grand besoin.
Les européens ont laissé traîner jusqu’à ce que l’entrée dans les pays de l’Est relance la chose.
L’autre facteur qui pousse les américains à soutenir l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne est maintenant la menace terroriste. La Turquie avec sa position stratégique est un élément essentiel dans le jeu américain pour garder un certain contrôle sur le Moyen-Orient et ses ressources pétrolifères.


La Turquie, torpille contre l’Europe politique ?
L’Europe est depuis ses débuts un projet politique. Bien que les pères fondateurs de l’Europe aient décidé pour faire émerger l’idée européenne d’en passer d’abord par l’économie, le projet d’une Europe politique est au cœur du projet européen. On constate d’ailleurs que malgré les oppositions, c’est dans ce chemin que l’on s’engage de plus en plus. Bien certains pays dont le Royaume-Uni soit opposés à une Europe politique intégrée, on y va de plus en plus. L’essentiel des textes législatifs (70%) se discute au niveau européen, les compétences de la communauté se développent, le Parlement européen accroît ses pouvoirs et une fois le traité de Lisbonne ratifié, l’Europe aura un président unique.
Le mouvement est donc là, on s’achemine qu’on le veuille ou non vers une Europe fédérale à plus ou moins long terme. La seule question est : quand ?

Dans ce contexte, les Etats-Unis acceptent mal le fait que la Turquie ne soit pas dans l’UE. Tout simplement parce qu’ils ne veulent pas d’une puissance politique et militaire capable de les concurrencer et qui aurait le pouvoir de remettre en cause leur domination. L’Union européenne est la 1ière puissance économique au monde, mais reste militairement faible. C’est pourtant dans ce domaine que la progression s’est fait le plus sentir ces dernières années en Europe. Et pour que l'Europe devienne une puissance politique et militaire, elle doit refuser l’entrée de la Turquie dans l’Europe.



« L’Europe est un club chrétien » ou le danger de la dilution.
L’Europe ce n’est pas seulement un marché ou un espace économique, c’est un modèle de société, une culture commune et des racines chrétiennes. Oui, la citation d’Helmut Kohl « L’Europe est un club chrétien » n’ignore pas les réalités de minorités musulmanes présentes en Europe mais l’Europe s’est essentiellement construite autour d’un modèle chrétien ce qui est un fait. Ce n’est pas soutenir le christianisme que de dire cela, c’est prendre en compte la réalité du terrain. Nous, européens partageons une culture commune ancré dans un substrat qui est la chrétienté, c’est ainsi. Ces références communes, nous les retrouvons dans notre vie de tous les jours.


La nécessité de fixer des frontières.
Le refus de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne est aussi fondé sur un fait, la Turquie est un pays asiatique à 97%. Certes, on peut objecter que l’exception chypriote, mais Chypre est en quelque sorte l’exception qui confirme la règle puisque l’île a toujours été constamment occupée par des populations européennes. La nécessité de refuser l’entrée de la Turquie dans l’Europe est aussi la conséquence d’un risque de dilution. En l’acceptant, nous diluons notre culture et nos projets politiques qui ne sont pas partagés par la Turquie. Sans oublier, que l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne donnerait à l’Europe des frontières avec l’Irak, l’Iran ou la Syrie. Autant intégrer aussi la Russie qui a une population majoritairement européenne et dispose d’une frontière avec la Chine.
L’Europe doit donc se trouver des frontières car elle prote en elle un projet politique. C’est ce projet qui doit conduire à refuser l’entrée de la Turquie mais aussi de la Biélorussie et de l’Ukraine par exemple. L’Europe doit bien s’arrêter de grossir un jour et se stabiliser au risque de perdre son identité et de n’être qu’une zone économique parmi d’autres.
C’est ce projet qui nous unit, c’est ce projet auquel nous aspirons.

Dans ce contexte, l’intervention américaine qui demande à l’Union européenne d’accepter l’entrée de la Turquie en son sein, est particulièrement insultante. De quoi se mêle le président américain ? Nous ne permettrions jamais de suggérer aux américains d’accepter le Mexique comme 51e État des Etats-Unis d’Amérique. C’est pourtant une proposition du même type qu’a fait Barack Obama. Dans ces conditions, il apparaît plus que nécessaire d’accélérer le développement de l’Europe politique mais surtout que l’Europe se décide enfin à se fixer des frontières ! Quitte à en froisser quelques-uns. Il s’agit de notre avenir après tout.

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