mercredi 24 juin 2009

Frédéric Lefebvre, victime collatérale du remaniement ?

Le remaniement a été annoncé hier en fin de journée avec quelques surprises. Si les nominations comme celle de Frédéric Mitterrand à la Culture ou encore Michel Mercier à l’Espace rural et à l’Aménagement du territoire, sont les symboles de « l’ouverture ». Si les nouveaux entrants ont retenu toute l’attention, le jeu des chaises musicales est tout aussi intéressant mais ce qui est le plus intéressant, ce sont les sorties.

Qui sort ?
Si les sorties de Rachida Dati ou Michel Barnier étaient prévues. Partent aussi, Christine Boutin qui a dû faire face aux tentes rouges des Don Quichotte, Roger Karoutchi qui retourne à la région Ile de France, Yves Jégo viré suite aux conflits Outre-mer alors qu’il avait fait comme il pouvait tout en ayant les mains liées par François Fillon et Nicolas Sarkozy. Christine Albanel quitte aussi le navire, ce qui n’est pas une surprise étant sa gestion de la loi « Création et Internet » et l’acharnement présidentiel à vouloir faire passer coûte que coûte la loi HADOPI en son entier, en plusieurs morceaux s’il le faut malgré la censure du Conseil constitutionnel il y a 2 semaines. Bernard prend aussi Laporte, il faut dire qu’on se demande encore ce qu’il faisait au gouvernement celui-là. Mais la surprise la plus intéressante est la sortie d’André Santini.


Le soldat Lefebvre est en danger.
Mais si, rappelez-vous, Frédéric Lefebvre avait été imposé à André Santini comme suppléant lors des législatives de 2007. Ancien assistant parlementaire de Nicolas Sarkozy, le dit Lefebvre s’était ensuite fait remarqué par ses prises de position répétées contre les socialistes, allant parfois jusqu’à la démagogie. Frédéric Lefebvre était devenu porte-parole de l’UMP suite à la reprise en main du parti de droite par le président de la République. Proche de Nicolas Sarkozy, il jouait le rôle de porte-flingue de la majorité, en critiquant toute initiative du camp adverse. Il faut dire que Nicolas Sarkozy avait rempli ce rôle pour le RPR, il y a environ 13 ans.

En Juin 2007, Nicolas Sarkozy pour récompenser son collaborateur avait donc nommé André Santini, secrétaire d’État à la Fonction publique. Comme il est impossible selon la constitution de cumuler les fonctions de ministre et de parlementaire, Frédéric Lefebvre était devenu député servant d’émissaire de l’Élysée pour tester des mesures polémiques dont la dernière en date était l’idée de mettre en place le télétravail pour les personnes qui seraient en congé maladie. La proposition de loi a bien sur suscité la polémique et Frédéric Lefebvre l’a retiré, mais cela montre bien qu’elle était le rôle de M. Lefebvre qui se gargarisait de faire son travail de député en dehors de l’Assemblée alors qu’il ne siégeait pas ou très peu en commission ou en session.

Pour rappel, voici la vidéo :

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Toutefois, depuis la réforme constitutionnelle de 2008 adoptée à l’arrachée (à une voix près) contient une disposition qui en son temps avait fait polémique et qui a déjà été utilisé par Xavier Bertrand notamment. Mais cette disposition, conçue à l’origine pour permettre aux anciens ministres de retrouver leur siège de député (ou sénateur) sans en passer par une législative partielle, elle pourrait écarter Frédéric Lefebvre de l’Assemblée nationale.

En effet, comme André Santini n’est plus secrétaire d’État, il dispose d’un mois pour reprendre son siège de député. A défaut, s’il décide de ne pas reprendre son siège de député, Frédéric Lefebvre pour garder son siège de député devrait alors en passer par une législative partielle. Or, il n’est pas du tout certain d’une part qu’André Santini décide de ne pas reprendre son siège de député, ni que Frédéric Lefebvre remporte à coup sûr une législative partielle étant donné les postures très impopulaires qu’il a adopté.


Faut-il regretter le potentiel départ de Frédéric Lefebvre ?
Clairement non ! Par ses prises de position dogmatiques, ses propos démagogiques et sa mauvaise foi confinant à l’hypocrisie, Frédéric Lefebvre est une personnalité qui ne déchaine pas vraiment l’enthousiasme des foules. Nicolas Sarkozy a-t-il pensé à cela lors de son remaniement ? J’ai du mal à croire que non et je pense que les pressions à l’heure actuelle sur André Santini doivent être très fortes. Si d’aventure, celui-ci reprenait tout de même son siège de député, on aurait au moins, la satisfaction de voir M. Lefebvre ravalé au rang de simple porte-parole de l’UMP, ce qui réduirait considérablement la portée de ses prises de position. Dans tous les cas, il faudra rester vigilant car M. Lefebvre peut toujours revenir par la fenêtre après avoir pris la porte.

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