samedi 11 juillet 2009

Italie, une démocratie en danger.

Tandis qu’en Iran, les manifestations pour réclamer le respect du vote sont réprimées dans le sang. Alors qu’en Chine, la colonisation des confins du Nord-Ouest par les hans voulue par le pouvoir central cause des émeutes de la population ouïghour réprimées de la même manière. En Italie, pays considéré comme démocratique mais pourtant classé 73e pour son respect des droits de l’homme, plusieurs initiatives montrent que la démocratie dans ce pays est en danger et que la dictature pointe le bout de son nez. On sait depuis un moment que Silvio Berlusconi contrôle une très large partie de la presse notamment dans la télévision. On sait aussi qu’il a modifié et modelé le droit pénal italien pour échapper aux griffes de la justice et de juges qui auraient une trop haute idée de la justice. Mais on sait peu en dehors de ce pays que des nombreux citoyens se battent pour préserver la démocratie. Ce jeudi 9 juillet 2009, deux initiatives ont fait parler d’elle mais ont été passées sous silence par la presse nationale. Ces initiatives sont d’une part, une lettre ouverte aux dirigeants du G8 publié dans le quotidien La Repubblica et d’autre part, une lettre ouverte en pleine page de la part d’Antonio di Pietro dans le quotidien The International Herald Tribune (IHT), quotidien anglophone international édité par le groupe du New York Times.


La lettre citoyenne dans la Repubblica.
Publiée dans le grand quotidien de centre-gauche La Repubblica, grâce à 501 citoyens italiens signataires ont donné de l’argent afin d’acheter une page de publicité et permettre une large diffusion de cette lettre.

«"La presse ne peut être assujettie à aucune autorisation ni censure."
Article 21 de la Constitution italienne de 1948.


« Il ne faudrait pas que l’on ait une opposition et des médias qui chantent quotidiennement la chanson du défaitisme et du catastrophisme. Vous-mêmes devriez opérer, ou mieux encore, devriez faire davantage : ne confiez plus votre publicité à ceux qui se comportent de cette manière ».
Silvio Berlusconi aux jeunes industriels italiens, le 13 Juin 2009.

Par cette déclaration, Silvio Berlusconi a expressément invité les jeunes entrepreneurs italiens à boycotter les journaux qui disent la vérité sur la crise économique en y cessant leurs investissements publicitaires ; il a même attaqué directement le quotidien « La Repubblica », en l’accusant d’être le chef de file d’une planification subversive. C’est la première fois en Occident qu’un chef du gouvernement altère la libre concurrence en invitant à boycotter les journaux qui ne lui plaisent pas !

Des pressions que nous considérons inacceptables, en ce qu’elles traduisent un comportement typiquement imputable à des formes de gouvernement non démocratiques.

Cet appel ne s'adresse pas en particulier aux citoyens préoccupés pour le journal « La Repubblica », notamment car nous sommes convaincus que la plupart des entrepreneurs rejetteront l’invitation, leur sens de l'état et de la démocratie étant sans aucun doute bien plus développé et profondément enraciné que celui du chef du gouvernement. En revanche, nous souhaitons nous tourner vers celles et ceux qui pensent qu’une telle forme d’ingérence est indigne, antilibérale et antidémocratique. Nous ne contestons pas le gouvernement, ses choix ou sa politique, nous contestons le fond et la forme de qui le préside en exprimant un mode d’exercice du pouvoir aussi aberrant.

Madame, Messieurs les Présidents :

Angela Merkel, Taro Aso, Gordon Brown, Stephen Harper, Dmitri Medvedev, Barack Obama et Nicolas Sarkozy

FAITES-LE SAVOIR, NE NOUS LAISSEZ PAS SEULS !

Cette page a été achetée par un groupe de citoyens libres, d’orientations politiques diverses, qui ont décidé de payer de leur poche car fortement embarrassés et soucieux de la perte progressive de la liberté de la presse et de son rôle de gardien attentif de la démocratie en Italie.»

Par solidarité avec nos voisins italiens mais aussi et surtout parce que je défends les mêmes valeurs que sont l’indépendance et la liberté de la presse, j’ai décidé de reproduire la traduction de cette lettre ouverte. Car les propos prononcés Silvio Berlusconi sont graves, très graves. On savait déjà que l’homme faisait peser une chape de plomb sur la presse lors de son précédent passage à la présidence du Conseil italien grâce au film Viva Zapatero. On sait maintenant qu’il ose et se permet tout même d’inciter à faire pression sur la presse indépendante qui ose critiquer son action gouvernementale. On pourrait penser que ce genre de manœuvres est réservé à l’Italie mais détrompez-vous ! Il ne faut pas chercher tellement plus loin pour trouver un autre pays d’Europe ou l’indépendance de la presse et en premier lieu de la télévision publique. Ce pays, c’est la France !
Certains parmi ceux qui lisent cet article pensent que j’exagère. Mais le pensent-ils réellement ?

Après la reprise en main de la télévision publique, c’est la radio publique qui a été mise en coupe réglée par l’exécutif. Depuis que la nomination des présidents de l’audiovisuel par le président de la République en conseil des ministres, l’audiovisuel public mais aussi plus généralement la presse est mise au pas. Dans une situation difficile du fait de la chute des recettes de publicité et de leur lectorat, les divers moyens de presse sont en danger de survie. De grands noms de la presse indépendante sont déjà passés sous la main de grands industriels proches du pouvoir politique. En Italie, c’est Berlusconi. En France, ils s’appellent Dassault, Lagardère, Arnault ou encore Bolloré. On peut déjà voir les résultats de cette proximité par l’autocensure ou la censure dans le Journal du dimanche, le Figaro ou Paris-Match. Quelques titres résistent encore au rouleau compresseur mais sont marginalisés. La presse satirique qui jadis faisait rire nous décrit désormais la réalité. Les excès dénoncés hier, sont la réalité d’aujourd’hui.

Alors que la presse n’a jamais été aussi importante et la Cour européenne des droits de l’homme veille tout particulièrement à sa préservation, les pouvoirs nationaux ne cessent d’y porter atteinte. Il est grand temps de se battre pour la sauvegarder.


Lettre ouverte d’Antonio di Pietro.

Ancien magistrat anti-mafia ayant joué un rôle important dans l’opération « Mani pulite » (Opération mains propres), il est devenu homme politique par la suite. Sénateur, député européen et maintenant député, il combat avec vigueur les dérives du berlusconisme. Cette fois, c’est en page 5 du grand quotidien international « The International Herald Tribune » dans l’édition du jeudi 9 Juillet dernier que le président du parti « Italie dei Valori » (L’Italie des valeurs) s’est fait remarqué.

Sous le titre « Appel à la communauté internationale. La démocratie est en danger en Italie », Antonio di Pietro y dénonce la tentative de Silvio Berlusconi de faire voter une énième loi pour faire cesser les poursuites à son encontre. Cette loi qui prend le doux nom de « Loi n°128 ou loi Alfano » du nom du ministre de la Justice qui est chargé de la défendre devant le Parlement italien vise ni plus ni moins qu’à empêcher toute poursuite judiciaire à l’encontre de Silvio Berlusconi mais aussi et c’est plus anecdotique contre le Président de la République, le président du Sénat ainsi que celui de la Chambre des députés. Évidemment taillée sur mesure pour l’actuel président du Conseil italien, vise à annuler toute poursuite contre ce dernier pour subornation de témoin. Car c’est là que le bât blesse pour Silvio Berlusconi, il a cette fois de bonnes raisons d’être condamné et de finir en prison pour ce délit puisque le témoin en question n’est autre que l’avocat David Mills qui a reconnu les faits et a déjà été condamné à 4 ans et demi de prison.

Alors que de nombreux de juristes italiens précisent que cette loi est anticonstitutionnelle, Silvio Berlusconi a été reçu à dîner par un des juges de la Cour constitutionnelle et alors qu’un autre convive était aussi un juge de cette même Cour qui aura à juger par la suite de la constitutionnalité de cette loi, un nouveau conflit apparaît clairement un nouveau conflit d’intérêt. En violant les textes fondamentaux italiens, mais aussi la Convention européenne des droits de l’homme, Silvio Berlusconi met la démocratie italienne en danger. Non seulement, nous devons nous faire l’écho de ces dérives pour empêcher leur réalisation mais nous devons aussi nous battre pour que de telles dérives n’apparaissent pas en France or c’est pourtant ce qui semble être en passe de se réaliser chez nous. En votant la loi HADOPI 2 qui accroit les mesures liberticides et répressives mais pire encore, en les renforçant, le Sénat français approuve le fait qu’une simple autorité administrative puisse mettre le nez dans vos courriers électroniques mais aussi dans toutes les formes de conversations ou moyens de communication électronique au nom de la protection du droit d’auteur.

Cette situation inquiétante pour les libertés publiques ne se pose pas en Chine ou dans une quelconque dictature ou république bananière mais bel et bien en Europe dans 2 pays qui ont été chacun en leur temps des défenseurs des libertés publiques : la Rome antique et l’Italie de la Renaissance pour le premier, la patrie de Droits de l’homme et du citoyen.

La démocratie est en danger et cela se passe sous nos yeux. Il est grand temps de réagir et de protéger notre bien commun à tous si précieux que l’on a tendance à le croire définitivement acquis : la démocratie.

"La démocratie tient par la procédure".
En sapant petit à petit toutes les procédures qui protègent les libertés fondamentales, nos dirigeants mettent en danger la démocratie, nos démoraties. Réagissons !

Pour aller plus loin, plusieurs articles sont disponibles sur le site des journaux suivants :
- The Guardian : ici, et ou encore à cet endroit.
- La Repubblica.
- Le Corriere de la Serra.
- Le Monde.

3 commentaires:

Claudio Pirrone a dit…

Tiens, qui sait que le parti de De Pietro est membre de l'ELDR ?

Qui sait que Berlusconi aurait dit que Sarkozy est le Berlusconi italien ?

luciolebrune a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
luciolebrune a dit…

En effet, nous avons pu voir cela ces derniers jours, et établir le parallèle avec la France.
Ces 2 pays se targuent d'être des républiques, cependant, moi qui vis dans un pays qui n'en est pas une, je peux certifier que la démocratie y est bien mieux exercée.