mercredi 30 septembre 2009

Allemagne : Victoire et défaites.

Dimanche dernier, c’était « Bundestagswahl » soit littéralement le vote pour le Bundestag, l’équivalent de nos élections législatives. Un évènement important puisque chez nos voisins d’Outre-Rhin, le président de la République n’a qu’un rôle symbolique et c’est le chancelier (der Kanzler) qui détient l’essentiel des pouvoirs de l’exécutif. Autre précision essentielle, l’Allemagne est un pays fédéral, les Länder (États fédérés) ont donc beaucoup de pouvoir. Ils ont notamment une forte importance puisque leur couleur politique propre a une influence sur la composition du Bundesrat, la chambre haute équivalent de notre Sénat, dont l’accord est indispensable dans certains domaines. Avant d’analyser les résultats puis d’en tirer les conséquences, il est indispensable de rappeler la spécificité du mode de scrutin.


Un mode de scrutin original.
La procédure de vote pour les élections au Bundestag au niveau fédéral est très originale mais permet une pluralité politique sans pour autant rendre le pays ingouvernable. Contrairement à la France qui utilise massivement un scrutin majoritaire uninominal à 2 tours, le mode de scrutin utilisé est très différent. En Allemagne pour les élections au Bundestag, chaque citoyen allemand dispose de 2 voix. La première est utilisée pour un scrutin majoritaire à un tour, la deuxième permet de participer à un scrutin proportionnel. S’ajoute à cela le fait que pour participer à la répartition des sièges, il faut faire plus de 5% au niveau national et avoir au minimum 3 sièges gagnés via le scrutin majoritaire.

Autre spécificité, le Bundestag n’a pas un nombre de sièges fixes. S’il y a au minimum 598 sièges à pouvoir, la proportionnelle en corrigeant les déséquilibres du scrutin majoritaire, attribue un nombre variable de sièges. L’avantage de ce système est donc de permettre un certain pluralisme politique en permettant aux citoyens de voter via le scrutin majoritaire pour le candidat qu’il préfère au niveau local tout en votant via le scrutin proportionnel pour le parti qu’ils estiment le plus proche de leurs idées. Il est donc possible pour un citoyen de voter différemment avec les 2 voix dont il dispose.

Si on transposait ce mode de scrutin à la France (avec quelques adaptations), le Mouvement démocrate aurait eu après le scrutin de 2007 entre 60 et plus de 100 députés et aurait été un parti charnière à l’Assemblée nationale. A titre personnel, je pense que nous devrions adopter ce mode de scrutin avec toutefois des aménagements respectant la tradition institutionnelle française. L’élection majoritaire à un tour n’est pas dans la tradition française qui lui préfère un scrutin majoritaire à 2 tours, le premier tour permettant de choisir et le second d’éliminer. J’y reviendrai plus longuement dans un prochain article.


Les résultats.
Officiellement, la CDU/CSU et Angela Merkel sont les grands gagnants de cette élection. La Chancelière pouvant en effet constituer une coalition de droite conformément à ce qu’elle souhaitait. Pourtant, c’est une victoire qui a un goût amer. Car la CDU/CSU enregistre son pire score depuis 1949, Helmut Kohl lors de la précédent défaite de la CDU/CSU ayant enregistré un score d’environ 35%.

Du côté des libéraux du FDP, au contraire, on pavoise avec un score de 14,6%. Le FDP parlant même de « moment historique » en une de leur site Internet. Ceci est le résultat d’une campagne bien identifiée sur les professions libérales, les indépendants et les petites entreprises.
Les libéraux du FDP sont les vrais gagnants de ce scrutin.

L’autre grand perdant de ce scrutin, c’est le SPD qui réalise le pire score de leur histoire avec 23%. Victime d’une campagne sans relief et d’un désamour général en Europe de la sociale démocratie, les sociaux-démocrates ont surtout été victime d’une campagne trop floue et des décisions politiques prises sous le gouvernement Schröder (Hartz IV) et de rares dispositions adoptées sous la grande coalition comme l’âge de la retraite repoussé à 67 ans.

Du côté de Bündnis 90/die Grünen, c’est le contraire, c’est une victoire qui un goût de défaite. Si les Grünen gagnent 17 sièges de députés au Bundestag avec 10,7%, chez certains militants, on est amer. Car la campagne électorale des Grünen a été une campagne anti-coalition noir/jaune. Plusieurs militants démocrates (du MoDem Allemagne) qui sont aussi membres des Grünen déplorent cet état des lieux qui excluait de fait toute participation au gouvernement mais surtout a empêché un progrès plus important des Grünen. Alors que j’échangeais avec un de ces militants, nous avons constaté qu’au final une campagne anti ne pouvait faire office de programme.

Autre grand vainqueur de cette élection, la partie d’extrême gauche Die Linke. Profitant de l’image brouillée du SPD, le parti Die Linke de l’ex-ministre SPD Oskar Lafontaine. Avec un positionnement clair, un programme axé sur le social, les déçus du SPD et les ex-communistes d’Allemagne de l’Est réalisent un score de 11,9% ce qui les place devant les Grünen.


Les conséquences.

De ce scrutin, on peut tirer plusieurs choses.
Tout d’abord, on distingue deux grands : le FDP et Die Linke. L’un s’adressant aux professions libérales, aux cadres, aux petites entreprises et aux artisans par un programme centré sur la réforme fiscale et les baisses d’impôt. Alors qu’on aurait pu penser qu’avec la crise, les libéraux reculeraient. En Allemagne, le FDP réalise pourtant ses meilleurs scores. Aux élections européennes puis en confirmant aux élections législatives, le FDP s'impose dans le paysage politique allemand comme incontournable. Mme Merkel pourra donc prendre d'une coalition noir/jaune. Mais qu'on s'y trompe pas, c'est le FDP qui pourra imposer sa volonté à la CDU/CSU et pas l'inverse. Car si la CDU/CSU arrive en tête, le différentiel avec l'allié libéral s'est fortement amenuisé. Alors que durant les précédents scrutins, le rapport de force était plutôt de 40/10 ou dans les environs, cette fois, le rapport de force est de 33/15, ce qui est fort différent. Les libéraux représentent environ 1/3 de la coalition ce qui est inédit depuis 1949.

L’autre s’adressant aux déçus du SPD avec un positionnement offensif en direction des classes populaires et surtout en direction de l’électorat du SPD.

Ces deux partis avec des programmes clairs et identifiables en direction de leur électorat traditionnel mais aussi en tentant d’élargir aux électorats proches. Les partis qui ont perdu du terrain sont les grands partis traditionnels ce qui traduit un manque de repères dans l’électorat. Les Grünen paient eux une campagne anti qui à de nombreux égards ressemble à la dernière campagne des européennes du MoDem. Car c’est bien le problème même si sur le fond des propositions existaient pour les deux, au niveau des électeurs l’impact a été désastreux.

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