mercredi 14 octobre 2009

"Aux âmes bien nées, La valeur n'attend point le nombre des années".

Depuis que l'on a appris la candidature de Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD et qu'une pétition demandant poliment à Jean Sarkozy de retourner à ses chères études et de ne pas considérer la défense comme son terrain d'expérimentation bat des records au point de faire planter les serveurs chargés de collecter les signatures, la colère monte.

Pour répondre à la très forte opposition qui s’accroit de jour en jour un peu plus, Jean Sarkozy a choisi de répondre aux accusations portées contre lui par la presse et les citoyens soucieux de la légalité républicaine sur France 3 - Ile de France ce mardi 13 octobre 2009. Dans le même temps, « la Cour » tentait de justifier l’injustifiable. Valérie Pécresse, invitée le mardi matin ; Yves Jégo ; Luc Chatel ; François Fillon et de manière générale l’UMP et le Nouveau Centre justifiait ce qui est clairement du népotisme. Et malgré les dénégations des uns et des autres, la situation n’est pas plus justifiable qu’elle ne constitue une attaque contre la personne de Jean Sarkozy.

Dans le même temps, la « nomination » de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD est en quelque sorte l’arbre qui cache la forêt puisque pendant que l’on se focalise sur un cas personnel, on aurait tendance à oublier d’autres éléments importants.


Les éléments avancés pour justifier le « fait du Prince ».
Alors que « l’affaire Jean Sarkozy » prend de l’ampleur en France et partout dans le monde, Jean Sarkozy a voulu s’expliquer en personne. Et, quoi de plus normal, en effet que sur un tel sujet, le principal intéressé s’explique dans les médias devant les citoyens.
Jean Sarkozy avance plusieurs arguments pour justifier sa candidature à la tête de l’EPAD.


Argument n°1 : La légitimité du scrutin universel.
C’est l’argument principal des défenseurs de Jean Sarkozy et de l’intéressé lui-même. Il n’y a pas à dire, on sent que le jeune élu est épaulé par un conseiller en communication payé soit par l’UMP, soit par papa. Selon Valérie Pécresse, Claude Géant et toute la Sarkozie, le « prince Jean », comme l’aime à l’appeler la presse internationale, tirerait même sa légitimité d’une triple élection. Élection comme conseiller général des Hauts-de-Seine, élection comme président de groupe au sein du Conseil général du même département, élection enfin à la tête de l’EPAD.


Mais, l’argument est-il recevable ?
A première vue, oui. Mais, si on s’y penche d’un peu plus près, aucunement. Jean Sarkozy avant d’être candidat a été choisi par son parti, l’UMP qui a discrètement demandé au candidat qui devait se présenter de retirer sa candidature. Arnaud Teullé a donc été prié de laisser sa place. Or, ainsi qu’aime à le dire les élus UMP eux-même, le plus dur dans les Hauts-de-Seine quand on est à l’UMP, ce n’est pas de se faire élire dans ce département très marqué à droite mais d’être le candidat. Le fait même que le candidat initial ait du laissé sa place à Jean Sarkozy balaie cet argument. Mais ce n’est pas fini. Ensuite, le tout jeune candidat s’est présenté devant les électeurs et, fait rare dans ce canton très ancré à droite, a failli se faire renvoyer au 2nd tour par le candidat du MoDem très implanté localement. Son père qui s’était présenté dans le même canton avait réalisé plus 70%. Avec à peine 53%, c’est clairement un échec et un signe de défiance de la part des électeurs de Neuilly.

Peu après son arrivée au Conseil général, le tout jeune élu prend la tête de la majorité départementale grâce au soutien actif des Balkany dont le passé judiciaro-financier et la réputation n’est plus à faire. Isabelle Balkany a notamment pesé de tout son poids pour faire élire Jean Sarkozy à la tête du groupe UMP dans le but affiché de fragiliser le président du Conseil général, Patrick Devedjian qui menaçait de « nettoyer les écuries d’Augias », soit en termes clairs, de révéler tous les scandales politico-financiers des Hauts-de-Seine en portant les affaires en justice. Les Balkany, se sentant menacés, ont donc voulu mettre des bâtons dans les roues de cet empêcheur de diriger en rond.

Enfin, et c’est là, que c’est le plus intéressant, Jean Sarkozy déclare avoir été choisi par le Conseil général pour le représenter à l’EPAD. Le fait que la majorité UMP soit très forte suffit à préciser que ce choix n’était qu’une formalité, puisque le fils cadet du président de la République est le président de groupe de cette même majorité. Mais, cela ne suffit pas, car pour pouvoir devenir président de l’EPAD, il faut être membre du conseil d’administration. Problème, il n’y a pas de place. Qu’à cela ne tienne, on va demander (encore une fois !), à un partisan de s’écarter. Et, pour permettre d’accélérer les choses, on recase illico le sacrifié. C’est ce qui s’est passé puisque l’élu « Nouveau Centre », Hervé Marseille a démissionné le 14 Juillet avant d’être nommé par décret présidentiel le 15 Juillet au Conseil économique et social. La légitimité qui naîtrait de l’élection est donc clairement une mascarade et dans le même temps, le lien entre la « nomination » et la présidence de la République, clairement établi.

CQFD, on pourrait s’en tenir là. L’accusation de népotisme étant belle et bien fondée. Sauf, que d’autres facteurs viennent s’ajouter à la caravane de casseroles. Comme l'a dit un jour Jacques Chirac : « Les emmerdes, ça vole en escadrille ».


Argument n°2 : La contestation de la « nomination » de Jean Sarkozy n’est basée que sur des attaques personnelles.
Selon Jean Sarkozy et une bonne partie de la Sarkozie, les critiques contre le fils du président ne se justifient que par des attaques personnelles.
Rien de plus faux !

Ce n’est pas la personne de Jean Sarkozy qui ici en jeu, mais ses compétences. Lorsque l’on postule pour diriger un établissement public qui gère l’avenir de près 150 000 salariés, de 200 000 habitants et d’un gros nœud de communication et d’affaires, il faut de solides compétences. Jean Sarkozy peut être doué comme homme politique, mais il ne dispose pas avec seulement 2 semestres de droit validés (puisqu’il redouble sa 2e année de droit) des diplômes requis pour diriger un établissement public de cette importance. Au minimum, il faut disposer de connaissances de droit de l’urbanisme, de droit immobilier, de droit des contrats et marchés publics, ou encore de droit et de contentieux administratif ce qui n’est pas le cas de Jean Sarkozy.

Côté expérience, ce dernier se targue de connaitre tous les dossiers. Fort bien, mais c’est normal puisqu’il a été élu pour faire un travail d’élu et est indemnisé pour ce travail. Normalement, tout élu local doit connaitre ses dossiers, cela s’appelle le professionnalisme. Ajoutons qu’une expérience de conseiller général et de président de groupe depuis moins de 2 ans est loin d’être suffisante. Pour des postes comparables dans les tours du quartier de la Défense, il est couramment exigé une expérience d’au moins 5 ans et très souvent de 10 ans pour gérer l’équivalent d’une grande entreprise. Car l’EPAD, gère énormément d’argent, plus de 1 milliard d’euros. La somme est considérable. Pour de tels enjeux économiques, il faut être capable de prendre des décisions rapidement et dans le bon sens et sur ce point, l’expérience professionnelle est indispensable.


Argument n°3 : « Je veux être jugé sur mes actes et pas sur mon nom ».
Certes, c’est en forgeant que l’on devient forgeron mais bon il ne faut exagérer non plus. Comme le dit la pub Nestlé pour de la mousse au chocolat « Tu pousses le bouchon un peu trop loin Maurice ! ». La défense n’est pas un bac à sable où l’on peut s’amuser et faire ses griffes, c’est le premier quartier d’affaires en Europe, il concerne beaucoup de salariés, d’habitants et par lui transitent plus d’un million d’usagers des transports en commun. La Défense ne peut donc servir de terrain d’entrainement à un jeune élu local en mal de sensations et d’expérience. Certes, il sera très probablement bien entouré mais cela ne justifie en rien cette nomination.



Argument n°4 : Citer Corneille.
Jean-François Copé a été un des premiers à rappeler la très connue citation de Corneille (Pierre de son prénom) : « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années », dramaturge et homme de théâtre du XVIIe siècle, avant de la voir reprise par le secrétaire général du président Claude Guéant.

Sauf qu’il faut que nos élus locaux prennent le temps de relire « Le Cid » de cet homme de théâtre car loin de justifier la nomination de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD, cette fameuse réplique est en fait une ironie sur le népotisme. Je suggère donc à nos amis de l’UMP d’investir dans un exemplaire de la pièce pour leur permettre de mieux comprendre la situation.

Pour faire bonne figure, je me permets de rappeler quelques autres citations de ce grand homme de théâtre qu’était Pierre Corneille : « Qu'aisément un esprit qui se laisse flatter s'imagine un bonheur qu'il pense mériter ! » ou encore celle-ci : « Le trop de confiance attire le danger ». Il y en bien d’autres encore, il suffit de relire les pièces. Coup de chance pour eux, le coût est modique (moins de 8 €) et un classique, comme son nom l’indique ne se démode pas.

Ce que cache cette nomination.
Vous vous en doutez, cette nomination cache d’autres raisons bien plus profondes. Atteintes aux principes républicains, presse malmenée, affaires opaques, mainmise du clan Balkany, importance de Charles Pasqua, esprit de Cour ou hypocrisie par la phrase que Nicolas Sarkozy, président de la République a prononcé alors même qu’on le prend en flagrant délit de népotisme « Désormais, ce qui compte en France pour réussir, ce n’est plus d’être bien né, c’est travailler dur et avoir fait la preuve par ses études, par son travail, de sa valeur. ».

Pour y faire bonne mesure et traiter correctement du sujet, j'y reviendrai avant la fin de la semaine dans un autre article.


Conclusion.
Malgré les faits et les preuves qui s'accumulent démontrant la véracité du népotisme dont est bénéficiaire Jean Sarkozy, celui-ci se dit déterminé à aller jusqu'au bout et ce, avec tout le soutien de la Sarkozie qui n'en finit plus de se faire des courbettes.
En somme et ainsi qu'Anne de Bretagne l'avait dit aux malouins (habitants de Saint-Malo) qui se plaignait de la construction d'une tour pour mieux contrôler leurs mouvements d'humeur : « Qui qu'en grogne. Ainsi en sera-t-il car tel est mon bon plaisir ! ».

3 commentaires:

Thierry P. a dit…

@ Orange Pressé
Bon billet, cette France d'après est sidérante.

PS : nous sommes visiblement tous les deux inspirés par Racine. Cf. le billet que mon amie Passage me fait l'amitié de publier chez elle.
En lien sur ma signature ou ici :
http://francoiseblanche.hautetfort.com/archive/2009/10/15/orange-o-desespoir.html

Nemo a dit…

A peu de choses près, nous avons rédigé un billet similaire sur cette affaire. ;)

Martine a dit…

Bravo, l'argumentation est complète. Ne ne nous laissons pas mener en bateau par la com. Ce n'est pas une personne qui est en jeu mais un système qui sape les fondements de notre démocratie. Continuons et ne baissons pas les bras : http://www.madefense.info/

Martine Volard
Conseillère municipale Modem de Courbevoie