vendredi 16 octobre 2009

La finance sabre le champagne.

Après l’explosion de la bulle financière en 2007-2008, après la « plus grave crise financière de notre histoire », après les grands sommets internationaux du G20 et autres pour réformer le capitalisme, tout repart comme s’il ne s’était rien passé. Et pour ceux qui l’ignoraient encore, les évènements de ce jeudi et plus généralement de la semaine viennent le confirmer de façon très concrète.
Mercredi, le Dow Jones, indice phare de la Bourse de New-York, a dépassé les 10 000 points en séance. Le franchissement de ce seuil a été salué sous les hourras et les bravos des traders dans une ambiance hystérique. Ce seuil symbolique n’avait pas été franchi depuis le 03 Octobre 2008 dans la foulée de la tourmente Lehman Brothers. Ensuite, tout le monde annonçait la catastrophe, certains allant même la fin du capitalisme et de rappeler Marx. Mais ainsi que l’a écrit Schumpeter, le capitalisme suit un mouvement classique de destruction créatrice avec des phases de bulle suivis de phase de destruction permettant de purger le système de ses excès. Mais ce qui étonne avec les évènements qui se passent actuellement, c’est la rapidité avec laquelle la finance s’est rétablie alors que l’économie est elle toujours dans la mouise. Or, à quoi sert la finance si ce n’est à permettre le développement de l’économie ?

Actuellement, la finance ne sert qu’à accumuler les profits. Ainsi, que je l’écrivais dans de précédents articles : « La crise nous a changé » le 06 août 2009 et « Bonus. Ils n’ont rien compris ! » le 07 août 2009. Dans ses articles, je réagissais à l’annonce par la BNP d’une provision faite pour payer les bonus de ses employés de sa filiale de marché. Précisant qu’il fallait en revenir aux fondamentaux et donc séparer banque de dépôt et banque de marché de façon stricte. Parallèlement, je citais un banquier qui disait que non les banquiers n’étaient pas sur un nuage et que finalement ils étaient des personnes comme les autres. Tous, nous disaient la main sur le cœur qu’ils avaient changés et qu’après la crise, plus rien ne serait comme avant. Pourtant, le montant des bonus pour 2009 montre le contraire.


Des bonus plus importants qu’avant la crise !
Le G20 de Pittsburgh avait refusé de plafonner les bonus pour soit disant préserver la libre-entreprise. Ce manque de courage des grandes de ce monde, cette absence de volonté d’intervenir pour mettre fin aux excès a été comprise par les différents acteurs comme un feu vert pour revenir aux bonnes vieilles habitudes.

Cette année, le montant des bonus distribués aux États-Unis est tellement énorme qu’on se demande quelle signification il a. Pour donner une échelle de comparaison, les bonus distribués par les banques américaines en 2009 seront d’un montant de 140 milliards de dollars soit plus que la richesse produite en un an par la Nouvelle-Zélande ou la République Tchèque en une année. Un mot comme un cent, c’est colossal. C’est un nouveau record, un montant plus important qu’avant la crise et alors même que l’économie mondiale n’est pas encore sorti du marasme dans lequel elle est. Mais une question se pose : qu’est-ce qui explique cette envolée soudaine ?


Les raisons de la bonne santé financière.
Les facteurs qui expliquent la situation sont divers. Mais pour l’essentiel, ils se résument à la chute du dollar qui flirte avec les $ 1,50 pour 1 €. Effet attendu, la FED a laissé glisser le dollar pour favoriser les exportations et donc la récupération de l’économie américaine aux dépends du reste du monde à savoir principalement l’Asie et surtout l’Europe. Les actifs américains devenant très bons marchés et offrant des rendements très corrects comparativement aux entreprises européennes ou asiatiques.

Autre explication, les banques qui ont pu passer la crise grâce aux fortes réactions des États ont utilisé les fonds prêtés pour spéculer sur les emprunts d’État qui ont justement servi à les renflouer à côté de la traditionnelle spéculation sur les actions. Pour exemple, la banque JP Morgan a réalisé des bénéfices sur le « trading » des obligations de 5 milliards de $ cette année contre 800 millions de $ en 2008 tandis que celui sur les actions n’a rapporté à cette banque QUE 1,9 milliard de $. Ainsi, dans sa branche de marché, la part des bonus représente 40% des rémunérations de la banque américaine qui était au bord du gouffre il y a moins d’un an.


Du côté des banques françaises.
Leurs consœurs françaises ne sont pas en reste et ont tendance à suivre le mauvais modèle des banques américaines. Bien que plus solides grâce à une tonte de leurs clients très organisée qu’a d’ailleurs récemment dénoncé la BCE (Banque centrale européenne), les banques françaises ont mieux traversé ce mauvais passage. Pourtant, comme leurs consœurs américaines, elles ont aussi eu recours massivement aux fonds mis à leur disposition par l’État français. Maintenant, que la situation s’améliore, ces dernières sont pressées de rembourser l’État pour pouvoir de nouveau pratiquer une politique de bonus qui défie la raison. Ce faisant, les banques qui ne sont pas pour autant plus riches ont décidé d’augmenter leur capital pour rembourser l’État quitte à fragiliser leur actionnariat et à dépendre de fonds étrangers volatils.


Et après ?
A force de voir à court terme, les banques vont très rapidement foncer dans le mur tandis que les contribuables n’auront pas encore fini de rembourser la note de la crise que nous traversons. La situation financière des États est en effet très préoccupante et à vouloir jouer avec le feu, à trop vouloir trop d’argent trop vite les banques prennent le risque de nous reconduire dans le mur. Et cette fois, le contribuable ne viendra pas à leur rescousse, les dégâts seront nombreux.


Que faire alors ?
Dans mes précédents articles, j’avais proposé plusieurs solutions. La première est d’interdire aux banques qui ne modèrent pas leurs bonus de commercer, de traiter et surtout de participer aux adjudications obligataires des États-membres de l’Union européenne. La deuxième est de plafonné par un taux maximal les rémunérations des banquiers et des « traders ». Il est complètement indécent que les cinglés qui ont envoyé l’économie mondiale dans le gouffre soit rémunéré des millions d’euros voir plus les plus chanceux des milliards pour avoir mené le monde à sa perte.

Ces décisions et bien d’autres doivent être prises rapidement, au risque cette fois de plonger le monde entier dans une longue ère de récession.

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