lundi 30 novembre 2009

« Le gouvernement ne connaît pas la crise ».

C’est ainsi qu’ironise René Dosière, député socialiste dans l’analyse qu’il a réalisé du document budgétaire consacré aux personnels affectés aux cabinets ministériels. Le document en question est une annexe au projet de loi de finances pour 2010. Le picard, qui s’est fait une spécialité de l’analyse des différents documents budgétaires, a relevé en effet quelques « dérapages » budgétaires de la part du gouvernement alors même que celui-ci poursuit la politique de non-renouvellement d’un fonctionnaire sur deux.

Des personnels en augmentation.
Dans sa note, René Dosière dénonce la formidable augmentation des personnels dans les cabinets ministériels. Après la divulgation de ces « dérapages » à la presse, les services du Premier ministre visiblement gênés par le sujet n’ont pas hésité à dénoncer les erreurs contenues dans son rapport. Erreurs qui proviennent des documents fournis au député socialiste. Les services du Premier ministre ont donc communiqué les bons documents au député qui a corrigé son analyse en conséquence. Ses corrections ne modifient cependant pas la teneur de son propos.

Ainsi, si dans son rapport initial, René Dosière parlait d’une forte augmentation des personnels (+11,1%), après obtention des bons documents, il ressort un mouvement d’ampleur plus réduite (+1,1%). Néanmoins, les faits sont là, le nombre de personnels est en AUGMENTATION.

Les erreurs commises par le député sont, je viens de le dire le fait de documents insincères communiqués par le gouvernement. Celui-ci ayant une fâcheuse tendance à oublier les personnels faisant partie des cabinets remaniés. Ainsi, le député souligne que si les documents qui lui ont été communiqués ont été corrigés pour l’année 2008, ce n’est pas le cas des documents fournis pour l’année 2009. A titre d’exemple, René Dosière cite le nombre de chauffeurs mentionnés pour le ministère de l’Intérieur : 1. Quand l’on sait que ce même ministère a vu son parc automobile augmenter, on se rend bien compte que le nombre de chauffeurs dans ce ministère a donc été surévalué.

Bien sur, on peut imputer ce surcroit d’activité et il est possible que ce soit une explication. Mais si on regarde plus attentivement le rapport de René Dosière, on remarque que le poste qu’il appelle « train de vie » qui regroupe les personnels chargés des fonctions « cuisine, hôtellerie » a lui augmenté de 11,1%. Cela signifie en clair, que les réceptions, les frais de bouche et autres ont considérablement augmenté.


Rémunérations : « Enrichissez-vous ! ».
Je sais bien que l’UMP a conclu un partenariat avec le parti communiste chinois mais aller aussi loin dans la coopération c’est peut-être trop. Appliquer aussi strictement la maxime de Deng Xiaoping ne semble pas la chose la plus appropriée à faire en ce moment.

Rappelez-vous le président le répète sans arrêt, il veut moins de fonctionnaires mais payer mieux ceux qui restent. Mais s’il continue de supprimer un fonctionnaire sur deux de manière purement idéologique, au gouvernement le nombre de fonctionnaires continue d’augmenter tout comme le montant des rémunérations perçues. Si sur le nombre de fonctionnaires, les services ministériels ont souligné les erreurs du député picard, ils restent muets sur les revenus qui leur sont versées. Et pour cause ! Selon les calculs de René Dosière, l’augmentation moyenne est de 23,6%. De l’autre côté, les fonctionnaires se sont vus proposés une augmentation de +0,8% soit 29,5 fois moins. Un régime deux poids, deux mesures en somme. Et encore, ce montant ne concerne que les contractuels et pas les personnels mis à disposition par les ministères continuent à être rémunérés par leur administration d’origine. René Dosière souligne aussi que l’augmentation des personnels est elle encore plus forte et atteint 34,8%.
Au total, à périmètre constant l’augmentation moyenne est d’environ 33,2% hors primes.


Même régime pour les primes.
Du côté des primes, ce que le gouvernement appelle nomme pudiquement « indemnités de sujétion particulières », c’est aussi l’inflation puisque celles-ci ont augmenté en moyenne de 9,2%.

Ainsi, si on fait l’augmentation moyenne (rémunération de base + primes) ressort à +21% ou 11 943 €/an soit 995,25 €/mois supplémentaires. Ceci traduit clairement que ce n’est pas la crise pour tout le monde, surtout pas dans les ministères. Tandis que chez les fonctionnaires, c’est « ceinture » ; dans les cabinets ministériels, les augmentations sont selon les mots de René Dosière lui-même « faramineuses ». Avec une rémunération moyenne qui dépasse les 7 000 € mensuels. Pour un gouvernement qui se dit « en faillite », je trouve que ses personnels ont une légère tendance à être surpayés.

Si dans les grandes entreprises en difficulté, les personnels sont incités à réduire leurs salaires pour préserver leur entreprise, le gouvernement français prend lui les mesures inverses. Drôle de moyen de lutter contre les déficits !


Le hit-parade des ministres les mieux entourés.
Le sommet de Copenhague approche et à ce titre, on pourrait comprendre la nécessité d’engager des personnels supplémentaires mais tout de même, le cabinet de Jean-Louis Borloo dépasse allègrement la normale.

Pour rappel, François Fillon avait lors de son entrée en fonction fixé dans une circulaire le nombre maximal de conseillers à 20. Notre ami du Valenciennois est lui à 39 !

Brice Hortefeux, un autre grand dépensier du gouvernement, n’est que 5e avec 24 conseillers soit tout de même 4 de plus que le seuil maximum autorisé. Mais, que l’on soit rassuré, Brice Hortefeux reste le champion du « train de vie » avec des personnels de support qui atteignent le chiffre assez exceptionnel du 232. Jean-Louis Borloo le suit de près avec « seulement » 223 personnes à sa disposition pour remplir cette fonction.


Jean-Louis Borloo, un ministre … rouleur !
Jean-Louis Borloo a beau être ministre de l’Environnement, son ministère cultive la passion de l’automobile avec un total de 48 chauffeurs. Pourtant, ce ne sont pas les transports en commun qui manquent. Suivent ensuite B. Kouchner, X. Darcos et M. Alliot-Marie.


Là on boit le mieux !
Du côté des personnels d’intendance, on mange et on boit le mieux au Quai d’Orsay ce qui est logique étant donné la fonction mais tout de même un peu excessif. Bernard Kouchner dispose en effet de 40 personnes pour remplir les fonctions de cuisine et d’hôtellerie. Jean-Louis Borloo et Brice Hortefeux compte eux respectivement 26 et 19 personnes pour remplir ces fonctions. Certes cuisiner bio demande plus de travail mais autant ça en devient inquiétant ! Du côté de la place Beauveau, on se demande si des repas de gala sont donnés toutes les semaines afin de faire remonter la popularité du locataire de la bâtisse d’en face.


Sécurité.
On savait que la sécurité était le dada du gouvernement mais là on frise la paranoïa avec un nombre assez surréaliste de fonctionnaires affectés à cette tâche. Si le cas Kouchner est un peu à part du fait de ses attributions ministérielles, l’on relèvera que Michèle Alliot-Marie craint pour sa personne avec 31 personnes assurant la sécurité. La garde des Sceaux craindrait-elle les conséquences des textes portant atteinte à une justice efficace dans notre beau pays ?
Brice Hortefeux est aussi encore une fois dans le haut du classement avec 22 personnes affectées à cette tâche. Il faut dire que le ministre a quelques facilités dans le domaine…


Parité. Du chemin reste à parcourir.
René Dosière en a aussi profité pour faire le point sur la parité et le constat est tout aussi désastreux puisque les ministères où la parité est la plus importante (entre 35% et 45%) sont peu nombreux (moins de 5).


Conclusion.
Nicolas Sarkozy avait l’intention lors de son entrée en fonctions de faire de la France, une République « exemplaire » et « irréprochable ». Toutefois, pour le moment, on en est très loin. Aucun des ministres et des secrétaires d’État ne respecte les instructions de la circulaire de François Fillon sauf Michèle Alliot-Marie. Même aux pris d’efforts importants, le gouvernement ne parvient pas à maitriser le nombre ni le coût de ses personnels. La question est pourtant essentielle. On peut comprendre que les français doivent se serrer la ceinture pour contribuer au rétablissement de la situation économique mais dans ce cas, il est indispensable que le gouvernement fasse de même, histoire de montrer l’exemple.

Le pire est que cela ne nous surprend plus tellement. En effet, que comparé à Nicolas Sarkozy qui lui s’est augmenté de plus de 200%, les augmentations du train de vie du gouvernement semblent quelque peu limitées.

Dans le même temps, le gouvernement propose d’augmenter les fonctionnaires de 0,8% soit moins que l’inflation ce qui revient à réduire encore un peu plus le pouvoir d’achat des personnes concernés. Tout aussi récemment, le gouvernement a confirmé le gel de la prime pour l’emploi. Cette « prime » correspond à une réduction d’impôt sur le revenu et est une sorte « d’impôt négatif » versé aux ménages non imposables.

Stagnation voir recul des rémunérations des plus modestes, préservation des privilèges fiscaux accordés au plus favorisés et explosion du train de vie gouvernemental… Ces messieurs sont-ils au courant que la France est un pays gravement endetté ?

3 commentaires:

Anonyme a dit…

" On peut comprendre que les français doivent se serrer la ceinture pour contribuer au rétablissement de la situation économique mais dans ce cas, il est indispensable que le gouvernement fasse de même, histoire de montrer l’exemple".
Tout est dit et écrit...et doit être mis en pratique de toute urgence !

David Guillerm a dit…

Ce qui me fait marrer c'est toutes les promesses de sarko sur son gouvernement exemplaire avec peu de ministre et peu de frais...

On a combien de ministres déjà?

Orange pressé a dit…

Selon mes souvenirs, la limite fixée en début de mandat était de 20 ou 25. Actuellement, nous en sommes autour de 40.