lundi 9 novembre 2009

"Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts."

Ces mots d’Isaac Newton n’ont jamais été autant d’actualité.

Aujourd’hui, nous fêtons les 20 ans de la chute du mur de Berlin.

Évidemment, l’évènement est d’importance et comme beaucoup je vais suivre les cérémonies en direct. Si nous devons fêter ces évènements qui ont conduit à la réunification de l’Allemagne puis de l’Europe, il ne faut ni diaboliser la RDA, ni l’encenser. A la source de ces évènements, il y a bien sur la conférence de presse de Günter Schabowski et sa fameuse réponse aux questions du journaliste italien Ricardo Ehrmann qui ouvert la porte à la liberté de circulation entre la RFA et la RDA. J’en resterai là et je vous renvoie au compte-rendu très bien fait des évènements que je reprends du site d’Arte en fin d’article. Je vous renvoie aussi aux différentes vidéos de la fameuse conférence de presse de Günter Schabowski.


J’aimerai cependant profiter de l’anniversaire de la chute du Mur de Berlin pour aborder une autre question.


Une destruction suivie par de multiples constructions.
Si le Mur de Berlin est tombé mettant fin à la Guerre froide et la division de l’Allemagne et de l’Europe, il faut bien se rendre compte que depuis la chute du rideau de fer, les sociétés humaines n’ont jamais autant construit de murs. Mur de séparation, mur de sécurité, barrière de protection… Tous ces noms désignent pourtant la même chose. On pensait que la chute du mur de Berlin était la fin d’une ère et en effet c’était le cas, mais ce fut aussi le début d’une autre, celle de la multiplication des séparations. Pour une raison ou parfois sans, on construit sans retenue depuis la chute du mur. Le plus proche et connu est selon moi, le mur de sécurité érigé par Israël pour « sécuriser » sa frontière avec les territoires palestiniens. Bien que déclaré illégal par la CIJ (Cour internationale de Justice), sa construction se poursuit parfois par des blocs de béton comme pour le mur berlinois, parfois par des grillages et des barbelés.

Un autre exemple est la création de murs à Bagdad, un autre à Belfast. S’il n’y a pas de malédiction du mur pour les villes en B, le processus est inquiétant et témoigne d’un renfermement des sociétés sur elles-mêmes. Qui sait que l’on construit une barrière invisible aux frontières de l’Europe en mer, et que l’on met en place en sus des barrières grillagés, les moyens les plus modernes pour établir autant que possible une frontière étanche. Qui sait encore que le gouvernement Bush a approuvé la construction d’un mur de plus de 500km à la frontière mexicaine.

Ainsi, si le mur de Berlin est tombé, il serait utile que les hommes se mettent à construire des ponts entre eux plutôt que des murs.


Résumé des évènements de la chute du Mur provenant du site Arte.tv :


Connaissez-vous cet homme ? Il s’appelle Günter Schabowski. Figurez-vous qu’il a joué, un peu à son insu, un rôle décisif dans la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989. Mais revenons d’abord sur le contexte : Novembre 1989. La République démocratique allemande existe depuis quelque quarante ans et elle se trouve dans une grave crise économique et politique. Les citoyens protestent en masse contre le gouvernement. Ils réclament des élections libres et la possibilité de voyager sans restriction. Depuis la construction du mur en 1961, des milliers de citoyens ont fui à l’Ouest. Nombreux sont ceux qui perdront la vie dans cette tentative.

En 1989, ils sont de plus en plus nombreux à quitter la RDA via la Tchécoslovaquie et la Hongrie. Ces pays, complètement débordés par l’afflux des réfugiés, accentuent la pression sur le régime est-allemand. C’est pourquoi, le matin du 9 novembre 1989, Egon Krenz, le chef du parti communiste réunit en cellule de crise les membres du Politbüro pour élaborer un projet de loi qui doit enfin faciliter les voyages. Et il demande au porte-parole du gouvernement, Günter Schabowski, de rendre public ce projet le jour même, lors d’une conférence de presse retransmise en direct par la télévision et la radio est-allemandes.

Il est 18 heures. La conférence de presse débute. Vous voyez, au milieu de l’estrade, Günter Schabowski, entouré de membres de son gouvernement. Face à eux, une centaine de journalistes, allemands et étrangers. (Schabowski) : "Pour résumer ce qui a été dit aujourd’hui au comité central" Schabowski commence par évoquer des sujets généraux : "… discussion intense du camarade Krenz…"

Il faut attendre 50 minutes pour qu’un journaliste italien pose enfin la bonne question, celle dont les citoyens de la RDA attendent la réponse : vont-ils pouvoir voyager librement ? Schabowski répond : "Nous connaissons le désir, le besoin de la population de voyager, voire de quitter la RDA.Pendant plus de trois minutes, Schabowski tourne autour de la question. Puis il conclut à 18h56 de façon presque anodine par ces mots : "Nous avons donc décidé aujourd’hui de prendre une disposition qui permet à tout citoyen de la RDA de sortir du pays par les postes-frontières de la RDA."

Vous avez bien entendu ? Réécoutons : (Schabowski) : … "une disposition qui permet à tout citoyen de la RDA de sortir du pays par les postes-frontières de la RDA." Schabowski annonce donc que les citoyens est-allemands ont le droit de passer par la frontière entre l’Allemagne de l’Est et l’Allemagne de l’Ouest. Soudain, les journalistes se réveillent. L’un d’entre eux pose une question : "Dès maintenant ?" Schabowski ne sait pas répondre à cette question, il se penche alors sur le document qu’il semble découvrir en même temps qu’il le lit : "… les voyages privés à l’étranger pourront être autorisés sans conditions particulières ou raisons familiales. Les autorisations seront délivrées rapidement…" Schabowski comprend-il ce qu’il annonce là ?

Question d’un autre journaliste : "À partir de quand ?" (Schabowski) : "Pour autant que je sache …immédiatement… sans délai." Vous avez entendu? Revenons encore une fois en arrière. Regardez : on voit Schabowski un peu perdu chercher une réponse dans ses papiers. Visiblement, il ne la trouve pas. C’est alors qu’il dit avec hésitation cette phrase décisive : "Pour autant que je sache …immédiatement… sans délai."

Schabowski ignore que les voyages devaient faire l’objet d’une demande préalable de visa. Il ne le dit pas – parce qu’il ne le sait pas. Un journaliste insiste : "C’est valable aussi pour Berlin-Ouest ?" (Schabowski) : "Oui, oui… les départs pourront s’effectuer par tous les postes-frontières de la RDA vers la RFA, y compris vers Berlin-Ouest." Regardez les visages des journalistes. Comprennent-ils immédiatement la portée historique des paroles de Schabowski ? Et lui, Schabowski, saisit-il les conséquences de ses propos ? 19 heures tapantes. Schabowski clôt la conférence de presse, laissant en suspens les nombreuses questions des journalistes. Sans se rendre compte des conséquences, il rentre chez lui.

Et pourtant, plus rien ne pourra freiner le cours des choses. Les journalistes envoient la nouvelle immédiatement aux agences de presse. À 19h30, les informations de la télévision est-allemande annoncent : "Les demandes de voyage privés à l’étranger peuvent être faites dès à présent sans motif particulier." Et, de l’autre côté du mur, dès 20 heures, la télévision de l’ouest annonce : "Selon Schabowski, les citoyens est-allemands désireux de sortir du pays ne sont plus obligés de passer par la Tchéchoslovaquie."

Mais retournons à Berlin, il est 20h30, les premiers citoyens de la RDA vont vers les postes-frontières. Mais les soldats ne sont au courant de rien. Les poste-frontières sont fermés. 20h45. Tandis que le Politbüro, toujours enfermé en cellule de crise à Berlin-Est, ignore ce qui se passe dans son pays, la nouvelle parvient à Bonn, au Bundestag, au parlement de l’Allemagne de l’Ouest. La séance plénière est interrompue : "Avant de continuer, je voudrais vous lire une dépêche que je reçois à l’instant. Je la découvre avec vous : Dès maintenant, les citoyens est-allemands peuvent sortir du pays via tous les postes-frontières entre la RDA et la RFA." Les députés se lèvent … et entonnent spontanément l’hymne national dans l’émotion générale.

A Berlin, une foule toujours plus nombreuse se rassemble aux postes-frontières. Les soldats reçoivent enfin des ordres. Pour calmer le jeu, ils doivent laisser passer les plus acharnés. Mais la situation leur échappe complètement. À 22h45, les informations de l’Ouest annoncent : "Ce 9 novembre est un jour historique. La RDA a annoncé que ses frontières étaient désormais ouvertes à tous. Les portes du Mur sont grandes ouvertes."

Au même moment, les soldats est-allemands qui ne sont plus en mesure de contrôler la foule ouvrent effectivement les postes-frontières. À 0h02, tous les postes-frontières de Berlin sont ouverts. Durant la nuit, des dizaines de milliers d’Allemands de l’Est peuvent accéder librement à la partie ouest de la ville. Le lendemain, le gouvernement de la RDA en est encore à se demander si l’armée peut reprendre le contrôle des frontières. Mais les Allemands ont pris leur destin en main.

Vidéos de la célèbre conférence de presse :
- Émission Arrêt sur images ;
- Vidéo de la conférence de presse diffusée par la ZDF (2DF) :

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