mercredi 11 novembre 2009

L’autonomie totale est suicidaire.

Mon confrère blogueur Orange démocratique lance ce matin, une initiative qui au 1er abord semble intéressante : nous devons être autonomes aux 2 tours. Une telle idée est dans la lignée de ce qu’a décidé le dernier Conseil national le 24 Octobre 2009 : l’autonomie au 1er tour puis ouverture après. Lors de ce Conseil national, certains conseillers nationaux ont plaidé pour l’indépendance au 2nd tour si nous pouvions nous maintenir. Une telle décision n’a pas été prise et le Conseil national a décidé de garder un minimum d’ouverture et de lucidité en votant le principe de regroupements possibles au 2nd tour des régionales. Dans mon compte-rendu du Conseil national, j’avais défendu un autre point de vue que j’avais réitéré par la suite qui était l’idée d’un regroupement de 1er tour avec Europe-Écologie mais que j’avais déjà soulevé précédemment.


L’initiative d’Orange démocratique.
Dans un billet de ce jour intitulé : « Pour un MoDem libre et audible aux deux tours des régionales », notre ami blogueur défend donc l’idée d’une stratégie d’autonomie au 2nd tour des élections régionales. Déclarant vouloir « lancer un débat nécessaire », il affirme que « Sans cette indépendance, nos futurs élus ne pourrons pas appliquer ou défendre nos programmes régionaux » puis de poursuivre « Que devrions nos idées si elles sont noyées dans des majorités de droite ou de gauche […] ? » ou encore « Serons-nous crédibles […] ? » avant de conclure « Notre indépendance fait notre force ».
Voilà, pour l’idée lancée par notre ami qui s’accompagne comme c’est maintenant l’usage d’un groupe Facebook destiné à promouvoir cette idée.


« Le fondement de la théorie, c’est la pratique. », Mao Tsé-Tong.
Ces paroles du Grand timonier devraient faire réfléchir car l’un dans l’autre, l’histoire est un éternel recommencement. Churchill disait «Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur.». Or, si on regarde bien la vie politique, on peut constater que les partis qui s’enferment dans un jusqu’au-boutisme d’indépendance font long feu. Bien sur, chez les partis majoritaires, c’est différent. Mais la réalité est crue, le Mouvement démocrate n’est pas un des deux grands partis majoritaires. Il a vocation à le devenir mais ne l’est pas pour le moment.

L’indépendance à tout prix d’un parti minoritaire conduit à l’enfermement et au final à la mise à l’écart de la vie politique. Nous avions un bel exemple avec le NPA (ex-LCR) qui en prônant l’indépendance totale de l’extrême-gauche vis-à-vis du Parti socialiste est en train de se marginaliser. Les électeurs comprennent au bout d’un moment que voter NPA ne mène pas à grand-chose et commence à s’en détourner pour aller vers un Front de gauche qu’ils jugent plus lucide et réaliste. Le scénario va probablement se répéter pour les régionales. L’indépendance à tout prix minoritaire mène donc à une impasse.

Rappelons encore une fois, que le Conseil national du MoDem a décidé de l’autonomie au 1er tour mais que pour le 2nd tour, il reste ouvert à une alliance progressiste. Défendre une stratégie d’autonomie totale a donc peu de chances d’être possible.

En pratique, il convient aussi de tirer profit de nos expériences passées pour préparer l’avenir et l’après régionales. Et cet après, c’est tout simplement l’élection présidentielle de 2012. On peut en convenir, c’est loin. Les régionales auront donc d’autant plus d’importance que ce sera le dernier scrutin pour jauger le poids politique de chacun. Poids qui se traduira le plus prosaïquement du monde par un nombre d’élus. Ainsi, en étant indépendant au 2nd tour à supposer que l’on y arrive reviendrait très concrètement à faire une croix sur un nombre non négligeable d’élus. Or, un élu, c’est une force d’entrainement, de mobilisation notamment dans les zones rurales. Pas ou peu d’élus, c’est donc réduire sa force de frappe, sa capacité de mobilisation pour l’avenir. Faire une croix sur des élus, ça veut dire très probablement aussi renoncer à avoir un groupe politique propre dans les instances régionales et donc à ne pas avoir la parole. Les personnes élus se retrouvant soit dans un groupe qui justement ne défendra pas ce qui a été défendu pendant la campagne ou pire, c’est se retrouver parmi les non-inscrits ce qui revient à assister sans avoir de poids politique dans les décisions. En résumé, il faut choisir en cas d’indépendance totale entre la peste et le choléra !

Avoir un groupe politique propre, cela permet de faire valoir son poids de vue dans les décisions et in fine d’être mieux écouté ! C’est un élément dont il faut tenir compte.


La traduction d’une fermeture.
L’indépendance totale et sans condition telle que la prône Joseph sur Orange démocratique, c’est aussi la fermeture, le rejet des autres idées. Or, faut-il rappeler que le Mouvement démocrate s’est construit sur un substrat d’ouverture d’esprit, de liberté de parole et de partage des idées ?
En somme, devons-nous renoncer au pourquoi qui explique notre constitution en tant que démocrates ?
Je ne le crois pas et mieux, j’y suis opposé. Nous fermer aux autres nous conduirait à notre perte.

Ce mardi, Libération faisait sa Une avec le titre suivant : « La gauche s’éclate » sur l’explosion de la gauche en pluralité de partis politiques. Le dossier était accompagné d’un sondage qui montrait que depuis 2007, les électeurs n’auraient jamais autant pour une alternance transpartisane. Il convient de prendre tout sondage avec les précautions habituelles, mais on peut y voir que finalement le projet démocrate commence à prendre racine. Le problème est que pour le moment, ce n’est pas le MoDem qui bénéficie de cette préférence des français mais Europe-Écologie. Traduction, en un mot comme un cent, il nous faut nous adapter et mieux prendre en compte dans notre projet les attentes des français qui sont demandeurs d’un projet transcendant les clivages traditionnels pour proposer une nouvelle offre politique.

C’est donc l’application du projet démocrate de 2007 qui prend corps sans le Mouvement démocrate. Nous avons loupé le coche en Juin 2009 suite à une multitude de facteurs que je ne rappellerai pas, mais il nous est encore possible de réussir à transformer l’essai en Mars 2010 si nous décidons enfin à considérer ce qu’un certain nombre de militants démocrates défendent depuis le début, à savoir une meilleure prise en compte de l’écologie et du développement durable au cœur de notre projet.


Conclusion.
A en avoir trop, nous n’aurons rien ce qui ne veut pas dire que nous devons renoncer à toute indépendance. Il faut juste être lucide et réaliste. Tout militaire sait qu’il faut être raisonnable et ne pas s’épuiser lorsque l’on a l’avantage. C’est un peu pareil en politique. Il y a un moment, où il faut traduire concrètement son poids politique en élus. Évidemment pas en perdant son âme, sans quoi il est inutile d'y aller mais il est bien un moment où l'on ne peut plus rester dans une posture idéologique et agir. Notre ami d’Orange démocratique est somme toute trop gourmand, trop dans la théorie, pas assez dans la pratique. Au final, je conclurai par cette citation d’un certain Friedrich Engels (oui, oui l’ami de Karl Marx) qui déclarait : « Une once d'action vaut une bonne théorie. »


Note : Il serait intéressant de connaitre l'avis des autres blogueurs de la sphère démocrate comme l'Hérétique, Antonin, Christophe Ginisty, le Crapaud du Marais (interviewer de la blogosphère démocrate en titre ^^), Erwan, David, Yves (qui a un tout avis que moi surement) sans oublier Chantal de Force Hyères qui a toujours un avis intéressant et en dehors des sentiers battus et j'en oublie plein d'autres.

14 commentaires:

Joseph a dit…

Merci d'avoir mentionné mon initiative.

Quelques remarques en réponse à votre analyse :

1. Vous critiquez le "jusqu'au boutisme" conduisant à l'isolement et à la marginalisation. Vous n'avez pas tort. Mais ce "jusqu'au boutisme" n'est pas que le fait du MoDem : les Verts (dont le naturel gauchiste et sectaire est revenu au galop sitôt la séquence Europe Écologie terminée) refusent de travailler avec nous et ont annoncé qu'ils rejoindront la "Gauche" au second tour.
Les communistes, que leur faiblesse contraint à des alliances de premier tour avec le PS dans la plupart des régions, sont tout aussi sectaires.
A quoi bon courir derrière ceux qui nous repoussent ?

Il faudrait se rappeler les municipales de Paris : Marielle avait si bien laissé entendre qu'elle pourrait apporter ses forces à celles de Delanoë après le premier tour qu'elle a réalisé un score très décevant et que ledit Delanoë a préféré négocier avec ses "amis" Verts.

2. Vous évoquez une "alliance progressiste". Or, celle-ci ne sera possible qu'au moment où le PS éclatera et où les véritables écologistes d'Europe Écologie se sépareront des gauchistes indécrottables qui règnent sur les Verts. Ceux qui n'ont d'autre but politique que "la Gauche", "la Gauche" et encore "la Gauche" n'ont absolument rien de progressiste ...

3. En 2012, nous aurons besoin de nous appuyer sur des élus. Vous avez parfaitement raison. Mais ces élus seront-ils identifiables et audibles en étant noyés dans des majorités totalement étrangères voire hostiles à leurs valeurs ?
A Lille, des conseillers municipaux MoDem ont été élus sur la liste Aubry. Pour les remercier, cette dernière ne cesse de faire la promotion du MoDem. Ah bon, ce n'est pas le cas ?

Je reste persuadé qu'il est moins suicidaire de prendre le risque de n'avoir aucun élu dans certaines régions que de se compromettre avec les forces conservatrices, de gauche comme de droite, qui ont déjà donné les preuves de leur incompétence.
Le MoDem n'a pas vocation a devenir un nouveau PRG.

Pour préserver l'intégrité et la cohérence de notre programme et pour respecter les électeurs qui nous feront confiance, nous devons annoncer notre autonomie en vue du second tour. Ce qui ne nous empêchera pas d'accepter des fusions en position de force avec de petits partis ayant réalisés plus de 5 % (écolos indépendants ou régionalistes modérés, par exemple).

Orange pressé a dit…

1. Les Verts refusent de travailler avec François Bayrou et Marielle de Sarnez qui ne pense que la question écologique soit essentielle mais sont ouvert pour discuter avec les démocrates. Ensuite, Europe-Écologie, ce n'est pas les Verts. Le PCF fera alliance avec le PG dans le Front de gauche.

Durant les municipales, Marielle a mal fait campagne et son score en est la conséquence. Elle ne peut s'en prendre qu'à elle-même.

2. La réalité fait vite changer les hommes.

3. Le cas de Lille est spécifique. Les équilibres se font surtout à la communauté urbaine de Lille Métropole où le PS ne peut jouer sans le MoDem.
Ensuite, il y a l'élue locale et la chef de parti. Encore une fois, on ne peut comparer que ce qui est comparable. Je ne suis pas d'accord, prendre le risque d'un nouvel échec électoral d'ampleur n'est plus à notre portée. Nous ne sommes dans les beaux jours où on pouvait se permettre des choses. Ce qui pourrait paraitre comme un 4e échec d'affilée (même si c'est faux)met en danger l'existence même du Mouvement démocrate.

Les petits partis ne conteront pas et seront balayés comme les feuilles mortes en automne. Faire respecter notre cohérence et notre indépendance passe par l'existence d'un groupe démocrate indépendant dans les assemblées. Avec ton hypothèse, c'est impossible. Pire, ce serait se saborder et hypothéquer 2012.

Désolé mais je ne compte laisser le MoDem aller à sa perte.

FrédéricLN a dit…

Je me permets de mettre en lien mon billet sur le même sujet ;-) "oui à l'indépendance, non à l'isolationnisme"

Orange pressé a dit…

Oui, j'avais lu. Cependant, comme je ne pouvais mentionner tout le monde, j'ai mentionné des blogs que je consulte le plus souvent ou les plus connus. Désolé de t'avoir oublié.

modem mouvement civique a dit…

Bonjour,
Le MoDem doit être fidèle à l'intuition de départ qui est la mobilisation des énergies citoyennes et réformatrices d'où qu'elles viennent "la France de toutes nos forces". Renoncer à être fer de lance d'une alternative citoyenne (pourquoi pas avec une alliance privilégiée avec Europe-Ecologie) au détriment de la bonne vieille alternance et donc la réduction à un petit parti de centre-gauche de plus, c'est celà suicider le MoDem.

http://modemmvtcivique.lesdemocrates.fr/2009/10/pour-un-retour-aux-sources-du-modem/

http://modemmvtcivique.lesdemocrates.fr/2009/08/alternance-alternative/

J'aurai aimé que le Conseil National tranche sur l'indépendance du MoDem au second tour des régionales. Evoquer les alliances "à gauche" dès avant le premier tour (cad après notre Congrès) c'est se tirer une balle dans le pied par rapport au tiers de l'électorat qui en France, comme moi en à ras-le-bol du bipartisme, de la bipolarisation et des alternances qui laissent les problèmes de fonds s'aggraver(logement, santé, éducation et université, prisons, recherche, etc... et bien sûr dette...).

Orange pressé a dit…

C'est dans l'esprit que tu dis, un esprit d'innovation, d'ouverture que j'envisageais une alliance avec Europe-Écologie.

A la limite, le fait que le Conseil national laisse la porte ouverte pour le 2nd tour n'est pas si mauvais que cela. Je pense cependant que dire que nous serons totalement indépendant au 2nd tour serait par contre une mauvaise idée et pire nous déservirait. Je peux me tromper mais des éléments tendent à me donner raison.

Joseph a dit…

@Orange Pressé :

Tout cela est bien beau, mais que dirons-nous aux gens lors de la campagne en février-mars ?
"Faites-nous confiance mais on ne sait pas où on va" ?
"Faites-nous confiance mais on se vendra au plus offrant ... après avoir jeté notre projet aux orties afin de faire élire une petite poignée d'élus dans une collectivité territoriale appelée à disparaître en 2014" ?

Je préférerais leur dire : "Faites-nous confiance, nous porterons nos valeurs et notre projet jusqu'au bout".

Vous dites : "Les Verts refusent de travailler avec François Bayrou et Marielle de Sarnez qui ne pense que la question écologique soit essentielle". En réalité, les Verts sont des écologistes du lendemain, qui n'ont jamais fait de l'écologie une question essentielle (rappelez-vous de leurs thèmes de campagne il y a quelques années : dépénalisation du cannabis, majorité à 16 ans ...etc.).
Europe Écologie n'existe plus : le vieux fond gauchiste a eu raison d'elle. D'où le désarroi de Cohn-Bendit lui-même devant la sectaire machine à perdre réactivée par Mamère, Duflot et compagnie.

Vous dites : "Faire respecter notre cohérence et notre indépendance passe par l'existence d'un groupe démocrate indépendant dans les assemblées"
Croyez-vous honnêtement que nos "partenaires" éventuels accepteraient naïvement de prendre le risque de laisser subsister un groupe indépendant susceptible de joindre ses voix à celles de l'opposition sur certains points ?

Le Crapaud du Marais a dit…

Salut

j'ai déjà dit mon avis dans mon tout dernier best-seller qui n'est pas une interview^^
http://crapauddumarais.hautetfort.com/archive/2009/10/15/elections-regionales-en-midi-pyrenees-on-fait-quoi.html

David Guillerm a dit…

Je repondrais avec plaisir à cet article sur mon blog dès que j'ai le temps de rédiger ma pensée. ;)

Orange pressé a dit…

Joseph, ton point de vue est tout à fait honorable mais à mon avis faux.
Ensuite, tu déclares, je te cite "Faites-nous confiance, nous porterons nos valeurs et notre projet jusqu'au bout".

Je suis désolé mais en voulant l'autonomie totale même au 2nd tour, tu vas faire absolument le contraire de ce que tu dis. Nous parviendrons plus à défendre nos idées au sein d'un groupe indépendant dans les assemblées délibérantes des collectivités territoriales.

Oui, Europe-Écologie a des difficultés. Oui, les Verts ont la tentation de s'en retourner vers leurs vieilles habitudes et la gauche et encore oui ce ne sera difficile pour les Verts de lutter contre cela.

En politique, tout est question de rapport de force. Si les Verts veulent peser face aux socialistes, ils sont obligés de s'adapter. Le MoDem cherche aussi à peser face aux autres partis. Il y a donc clairement une conjonction d'intérêts et d'idées.
A nous d'en tirer partie.

Anonyme a dit…

De Chui Kalm

Bonjour, je trouve votre blog intéressant,

Je suis d'accord avec l'esprit
et le titre de votre article.
Mon avis est même que quelques accords disparates ici et là ne seraient pas suffisants.

Je crois même que l'autonomie pure et dure serait cette fois-ci un tournant qui ferait une croix sur F. Bayrou "Homme d'Avenir".

JF le démocrate a dit…

Juste une "taquinerie" au passage: tu parles de "nous" en citant le MoDem, ... alors que tu es enregistré sauf erreur de ma part dans le groupe Facebook des "anciens du MoDem" de Ginisty?

Un peu de cohérence ne nuirait pas.

Anonyme a dit…

De Chui Kalm

@JF Le démocrate

Absolument pas si c'est à moi que vous vous adressez.
D'ailleurs beaucoup de commentateurs chez Christophe Ginisty sont toujours au Modem,comme moi (sans aucune fonction).
Personnellement, comme déjà dit en d'autres lieus, je me déciderai à rester ou non une fois les listes pour les régionales bien déterminées et alors selon le cadre politique du modem (si je juge qu'il reste ambigu ou qu'il est fermé de toute façon je le quitte).
Pour être clair et net depuis le début du mois de juillet je plaide pour un Modem certes indépendant mais avec des accords francs et très bien déterminés, au moins pour le second tour, avec les écolos et la partie Valls Ségo Peillon etc...du PS (Partie extrêmement différente de la partie Aubry)

@Orange pressé

Comment fait-on pour donner son adresse mail au tenancier du blog (il me semble que ce serait pour moi la moindre des politesses) mais sans s'inscrire nulle part ?

JF le démocrate a dit…

@ Chui Kalm

Il y a quiproquo. C'est à Orange Pressé que je m'adressais.