jeudi 17 décembre 2009

Régionales. Démocratie durable ou fascisme vert ?

Tandis que le sommet à Copenhague est marqué par un bordel sans nom au niveau organisation (cf. le Twitter de Corinne Lepage) et que les négociations patinent malgré la bonne volonté de l’Europe et des pays du Sud, la thématique environnementale n’a jamais aussi présente.
Bien que la préoccupation pour l’environnement, les français rechignent à trier leurs déchets ou changer leurs habitudes de vie. Mais si les habitudes ont la vie dure, un changement de mentalités est en train de se produire. En effet, selon une récente étude TNS-Sofres, environ 64% des français rejettent le modèle de la société de consommation et une proportion similaire voit dans les courses plus une corvée qu’un plaisir. Voilà qui montre que l’ouverture des magasins le dimanche, les priorités données à l’argent plutôt qu’à l’humain depuis le début de la présidence Sarkozy vont à l’encontre de ce que souhaite les français.

Or, s’il y a bien un thème autour duquel un projet politique doit se développer c’est celui d’une « démocratie durable », un « Vivre autrement » comme le nomme Corinne Lepage, articulé autour de l’humain. Recentrer la société sur l’humain, sur les concepts d’équité et de justice c’est précisément le socle du projet démocrate. Ce projet adopté à Arras n’est cependant pas parfait et sous-estime notablement l’enjeu de la question écologique. Comme l’a précisé Corinne Lepage lors de son passage dans la capitale de l’Artois, « il y en moins que dans le Grenelle [de l’environnement ndlr] » et on sait à quel point elle considère ce qui est sorti du Grenelle de l’environnement.

Toutefois, si on dénote une changement évident dans la façon de penser, de concevoir la société et de ce que l’on veut en faire, l’impact du sommet de Copenhague et de la question environnementale sur le scrutin de Mars prochain semblait assez floue. Si on savait que l’enjeu serait majeur, on dispose maintenant d’un indicateur.



L’environnement, enjeu majeur des régionales.
Le 07 décembre dernier, l’institut d’études LH2 publiait une étude sur la notoriété des présidents de régions réalisé pour la PQR (presse quotidienne régionale). Si la plupart des rédactions et des blogs se sont attardés sur l’absence quasi-totale de notoriété des présidents de région, plus intéressante était cependant la synthèse qui accompagnait les résultats de cette étude. Intitulé de la synthèse : « Notoriété des présidents de régions et enjeux des élections ». L’essentiel de la note est intéressant mais nous est pas réellement utile ici, c’est surtout la question des enjeux du scrutin qui l’est.

Or, que fait ressortir cette étude ? Que l’environnement sera un enjeu majeur !
Bien sur, on s’y attendait mais pas à ce que LE sujet. Certes, les élections européennes ont permis de concrétiser dans les urnes, une certaine conscience écologique mais on pensait que c’était provisoire. La réalité démontre donc le contraire, la préoccupation environnementale reste la thématique essentielle pour les électeurs.

Parmi les compétences régionales, l’environnement et le cadre de vie sont les questions que les français citent majoritairement (52%), loin devant la formation professionnelle (cité par 41% des personnes) et l’aide aux entreprises (39%). Curieusement le développement des transports a été ici suggéré séparément alors qu’il s’inscrit dans la démarche de développement durable.

L’environnement est surtout LE thème qui préoccupe le plus les 18-24 ans et les jeunes en général. Sur ce point, la réalité a donc plus tendance à donner raison à Corinne Lepage qu’à Marielle de Sarnez ou François Bayrou. L’environnement n’est pas vu comme une thématique parmi d’autres mais bien comme un ensemble distinct quand bien même il doit être pensé de façon transversale.

Si le MoDem peut largement tirer son épingle du jeu en investissant une thématique qu’il porte en lui depuis sa création. L’ouvrage de Corinne Lepage « Vivre autrement » résume d’ailleurs le corps de pensée démocrate sur la question. Mais en face, il y a les Verts ou plutôt Europe-Écologie. Certains démocrates arguent que le Mouvement démocrate ne peut rivaliser avec Europe-Écologie sur le terrain de l’environnement et qu’il faut des idées clivantes sur d’autres aspects tel que l’éducation. Sauf que, ne leur en déplaise, le projet démocrate est bien plus crédible sur l’environnement que celui d’Europe-Écologie. L’orange plus vert que les verts, voilà qui mérite que l’on s’y attarde.



Europe-Écologie ou le fascisme vert.
Bien que la démarche Europe-Écologie soit séduisante, on la résume souvent à 2 aspects :
- la politique du casting, et ;
- la centralisation uniquement sur la question écologique jusqu’à l’excès.


La politique du casting.
Avant tout, il faut comprendre que a politique du casting est pour Europe-Écologie une nécessité vitale. On aurait tendance l’oublier mais l’organisation, la structure d’Europe-Écologie est inexistante, pour cela, le collectif se repose sur les Verts. Verts qui n’ont certes une structure mais pas de candidats ou en tout pas de personnes pouvant mobiliser les électeurs et faire des voix.

L’ambition de Daniel Cohn-Bendit a donc été de celle d’un chasseur de têtes et il s’est que puisqu’il n’avait pas les compétences dans sa structure qu’il irait les chercher ailleurs. C’est ainsi que l’on a vu débarquer Éva Joly, José Bové, Yannick Jadot (ex-Greenpeace) ou Sandrine Bélier (ex-France Nature Environnement).

Pour les régionales, les prises se nomme Laurence Vichnievsky (ex-juge d’instruction et maintenant avocat général près la Cour d’appel de Paris, elle a collaboré avec Eva Joly dans l’affaire Elf), Augustin Legrand (de l’association des Don Quichotte) sans oublier le fondateur du pôle écologique du Parti socialiste.



L’écologie à outrance.
Le projet est séduisant de prime abord. En effet, dans les temps actuels, l’écologie est plus qu’à la mode, c’est ce qui renouvelle en profondeur notre modèle de société. Le problème étant que souvent chez Europe-Écologie, la mise en avant de l’environnement gobe tout mais lorsque le rapport n’existe pas et que l’écologie a légèrement tendance à être hystérique.
L’exemple type de l’écologie qui veut tellement être écologique m’a été donnée par une amie qui vit en Belgique. Oh pas loin de la frontière rassurez-vous, et si les verts belges ne sont pas les verts français ni Europe-Écologie, tous siègent dans le même groupe au Parlement européen. Les verts belges ont donc eu une formidable idée : interdire de goudronner les chemins forestiers. Formidable idée en théorie, celle-ci a un effet pratique complètement opposé.

Loin d’aboutir à une préservation de l’environnement, la pollution et les impacts négatifs sur l’environnement se sont considérablement accrus. Ainsi nombre d’habitants ont leur habitation entourée par la forêt ce qui n’était pas forcément prévu d’ailleurs puisque depuis quelques dizaines d’années la forêt progresse. De fait, les habitants doivent emprunter les chemins forestiers en question pour accéder à leur domicile. Une route goudronnée serait certes génératrice de pollution lors de sa construction mais son absence crée des problèmes. Parmi ceux-ci, le plus important est l’impact sur les voitures.

Les routes n’étant pas goudronnées, les voitures classiques crèvent fréquemment et les pièces situées sous le chassis fréquemment abimées. Du coup, les indigènes, légèrement courroucés de dépenser des fortunes pour réparer leur voiture ont changé de modèle pour un autre plus adapté : le 4X4. Là, plus de problème de pneus qui sont plus épais et renforcés, plus de problème de hauteur de caisse mais pollution supplémentaire au niveau atmosphérique et usure accélérée des sols puisque le passage régulier des 4X4 impacte directement le sol.

Je pourrai citer des tas d’autres exemples comme le développement des voitures électriques qui conduit à vouloir installer des centrales nucléaires qui sont autant d’idées innovantes pour verdir en apparence la société.


Le découplage avec la réalité voilà ce qui marque Europe-Écologie. Entre les écolos qui roulent en 4X4 en ville, Daniel Cohn-Bendit qui apprécie le confort des hôtels de standing alors que les députés d’Europe-Écologie se sont engagés à modérer leurs dépenses et le projet défendu, il y a monde.

Du côté de ce que l’on pourrait appeler les écolo-démocrates, la question environnementale est posée différemment. Passage d’une économie de possession à une économie des cycles et des services, développement des énergies renouvelables au sein d’un mix énergétique, accès accru aux documents administratifs, raccourcissement des procédures en matière d’installation d’énergies renouvelables, intégration de la contrainte environnementale dans les bâtiments publics, compensation carbone des collectivités sans compter la question des transports régionaux et l’intégration dans différents modes de transport dans une démarche globale. Voilà quelques idées que propose le MoDem en matière d’écologie.

Si l’essentiel du travail des commissions démocrates n’a pas été repris dans le « petit livre orange », cet aspect occupe une place essentielle dans les projets que les différentes unions régionales démocrates présenteront devant les français. D’un côté, le fascisme vert avec Europe-Écologie, de l’autre la démocratie durable avec Corinne Lepage et le MoDem. Et vous, que préférez-vous ?


Précision : La seule députée européenne française présente dans la délégation officielle de l’Union européenne au sommet de Copenhague est Corinne Lepage eurodéputée MoDem-ADLE et non pas un ou une eurodéputé Europe-Écologie, voilà qui suffit pour situer les choses.

7 commentaires:

David Guillerm a dit…

Excellent billet que j'approuve à 100%. J'ai déjà eu l'occasion d'en parler (pas de manière aussi détaillé) mais je suis d'accord. Arrétons de faire croire qu'à Europe Ecologie, ils sont tous beaux et tous gentils.

Il suffit de voir l'emission de C dans l'Air sur le sujet pour voir où sont les limites d'Europe Ecologie.

Nous sommes obligés de constater qu'elles sont nombreuses et il faut que nous soyons capables de montrer notre différence et notre lucidité sur beaucoup de sujet.

luciolebrune a dit…

Merci pour ta référence à mon histoire belge ! Je suis en train de rassembler les feuilles de pétitions (j'ai offert 3 solutions : soit enlever, au moyen de bande magnétique, les débris métalliques dans les résidus de comblage, soit revenir à l'ancienne méthode de combler les trous avec la terre, soit goudronner la route)... et, pour l'instant, à l'unanimité, la 3e solution est choisie par les pétitionnaires.

Il y a aussi les déchets PMD que nous devons trier selon des procédures très complexes, sinon ils sont refusés (à nous de les retrier), mais qui sont soit incinérés avec les ordures ménagères, soit envoyés sur des péniches en Chine, pour cause d'absence ou d'insuffisance d'usines de recyclage.

Quant aux contrevenants des déchets "sauvages", ils sont sévèrement traqués par des brigades "fouilleuses", à la recherche de factures et autres papiers comportant des adresses, c'est dommage qu'on manque de personnel pour rechercher des enfants disparus, que voulez-vous, cela ne rapporte pas d'amendes...

Donc, je te rejoins pour dire que l'écologie est primordiale, et doit être traitée avec la plus grande attention (et le plus grand sérieux), pffttt marre des "farfelus" qui nous compliquent la vie.

À toi qui est "spécialiste" si j'ose dire, de l'écologie, je peux t'avouer que je me pose bien des questions, depuis que 2 amis écologistes avaient passé leur temps à se disputer sur mon mur Facebook :

Je publiais alors un article de la RTBF sur un des plus grands parcs mondiaux d'éoliennes en construction dans la région où j'habite, le Hainaut.

Un partisan des éoliennes s'était félicité de ce choix. Un autre ami était alors intervenu, faisant ressortir que, lors des arrêts de souffle (du vent), il fallait remettre les éoliennes en fonction, et l'énergie fossile dépensée alors était plus grande que s'il n'y avait pas eu d'éoliennes.

Leur discussion s'était poursuivie, et était très argumentée de la part du contradicteur : nombre de kwh, dépense énergétique, etc., le "défenseur des éoliennes" n'ayant pas tant de documentation à sa disposition.
Je t'épargne les détails sur les fientes et les cadavres d'oiseaux, les arrêts pour nettoyer...

Bref, j'avoue, étant simple consommatrice, essayant de trier au mieux mes déchets, utilisant l'eau de ma citerne pour l'arrosage du parc et la chasse d'eau, j'étais un peu perplexe.

Moi qui ne comprenait pas les personnes qui refusent les éoliennes par souci du paysage, car je les trouve personnellement assez esthétiques, je crois aujourd'hui qu'elles sont plus nocives pour l'environnement qu'il n'y paraît, à la lumière de ce que j'ai appris ce jour-là.

En bref, je me sens un peu paumée, en plus de l'utilisation "mode" qui est faite de l'écologie. J'ai l'impression que, pour certains, cela est un thème porteur comme un autre. D'ailleurs, chaque fois qu'un reportage essaie de traquer les modes de consommation de ces personnes-là, le résultat est assez édifiant.

Sans parler des sponsors de certains... mais ceci est peut-être une autre histoire ?

luciolebrune a dit…

Au fait, pour le "petit livre orange", ceci n'est pratiquement qu'un livre de propositions-phrases.

Il faut donc les étoffer (on ne peut pas faire un énorme bouquin directement, cela ferait fuir les lecteurs et l'électeur).

Je te suggère donc, pour chaque proposition qui t'intéresse dans les 216, de les développer par un texte, afin de les communiquer, au niveau des commissions ou autres canaux, et ainsi de les faire connaître et accepter.

Car la suite devra être que les personnes concernées, adhérents, sympathisants ou électeurs, par tel ou tel sujet puissent demander un approfondissement ou le consulter en ligne.

Orange pressé a dit…

@ luciolebrune : De rien ! Sur le coup, j'avoue que j'ai été très surpris par ce que tu me racontais, c'est surréaliste !

Pour le parc d'Estinnes (avec les plus grandes et les plus puissantes éoliennes du monde) puisqu'il me semble que c'est celui dont tu parles, je vais te dire une chose. En Belgique mais surtout en France, le lobby du nucléaire avec Suez-Électrabel dans le 1er cas et EDF dans le second est très puissant. Beaucoup de bêtises est raconté sur les éoliennes, ça tuerait les oiseaux, ça ne produirait que rarement du courant, cela induirait des capacités de centrales fortement émettrices de CO², j'en passe et des meilleures.

Pour avoir réalisé un mémoire sur le sujet en droit de l'environnement et pour en préparer un autre plus fourni sur le même sujet en droit de l'urbanisme sur le même sujet, je vais te répondre.
Les éoliennes ne découpent pas les oiseaux, les palles tournent suffisamment lentement pour l'éviter et la faune entourant les éoliennes s'y habitue très vite.

Les éoliennes tournent plus de 85% du temps, les accidents sont rares, les machines s'arrêtent principalement lorsque les conditions sont trop défavorables pour préserver les installations ou tout simplement pour maintenance comme toute installation de production d'énergie.

L'installation d'éoliennes n'induit pas de capacités de réserves contrairement à ce que l'on pense. Encore un cliché véhiculé par les anti-éoliens. Au contraire, les éoliennes produisent plus en hiver lorsque la consommation d'énergie est forte ce que l'on peut constater en France ces derniers temps. Ainsi, bien que les éoliennes ne soient pas parfaites elles permettent d'économiser chaque année une pollution considérable.

Si tu es intéressée, je peux t'envoyer mon mémoire. Bien sur, il ne comprend pas les documents sources mais tout a été recroisé et vérifié.

Ton idée à propos du programme n'est pas inintéressante mais pour le moment, j'ai trop de travail pour abattre un tel travail. Nul doute cependant que je m'y attèlerais sous peu.

luciolebrune a dit…

Je te remercie, et je veux bien, car je suis assez "profane" en ce qui concerne ce genre de technique.

Je pourrais ainsi me faire une meilleure idée.

Moi qui était toute prête à voir des éoliennes partout, j'avais trouvé le système des éoliennes horizontale sur les immeubles particulièrement intéressant, j'aurais ainsi loisir d'en savoir plus.

à +,
Isa

Claude Simonnet a dit…

Je voudrai juste signaler qu'une pétition est actuellement lancée par des adhérents Cap21/Modem sur le thème: CAP 21 : le vert à moitié vide ou le vert à moitié plein ? http://5870.lapetition.be/

Orange pressé a dit…

La pétition a été mentionné en commentaire sur un autre article à propos de Corinne Lepage par Gérard Dagorn. Merci pour le rappel cependant.