vendredi 1 janvier 2010

Vœux de Nicolas Sarkozy.

Traditionnellement, comme il est d’usage le 31 Décembre de chaque année, le président de la République présente ses vœux aux français à la télévision. Une intervention assez courte mais qui annonce la couleur pour 2010.


La forme.
Lors ses vœux pour l’année 2009, notre président avait présenté ses vœux debout devant un pupitre dans la bibliothèque du palais de l’Élysée. Cette année en présentant ceux pour 2010, Nicolas Sarkozy a innové avec un arrière-plan incrusté prenant la forme d’un drapeau français flottant au vent avec en filigrane le palais de l’Élysée vu côté cour. Pour le reste, présentation debout devant un pupitre à peine visible mais sur lequel Nicolas Sarkozy s’appuyait et lecture à partir d’un prompteur pour regarder les français dans les yeux.

Sur la forme, une présentation très débat sur l’identité nationale dont on a déjà pu remarquer qu’il constituait un boulevard pour le Front national et l’extrême droite. Quoiqu’il en soit, un effet boomerang se fera probablement sentir lors des prochaines régionales sur le score de l’UMP, restera à en mesurer l'ampleur.


Sur le fond.
Dès le début de son discours, le président de la République a déclaré « L’année a été difficile pour tous. ». Propos immédiatement atténué par la phrase suivante : « Mais notre pays a mieux résisté que les autres grâce à son modèle social. ». Il faut s’en réjouir, l’année 2009 fut pour Nicolas Sarkozy celle de la découverte des atouts du modèle de société français en temps de crise. Lui, qui lors de la campagne présidentielle de 2007 avait martelé que ce modèle était dépassé vantant alors les atouts du modèle anglo-saxon dont on sait ce qu’il est advenu depuis.

Enchainant ensuite par des propos d’une hypocrisie qui frise avec le sublime en déclarant « Je veux rendre hommage aux partenaires sociaux ». >Lui qui les a tant piétinés depuis son élection et en 2009 plus que jamais ne tenant pas compte des multiples manifestations contre la politique menée par lui et son gouvernement.


L’économie.
Sur le plan économique, Nicolas Sarkozy a mentionné plusieurs points. Insistant « Les bonus ou des paradis fiscaux sont en passe d’être réglés », ou encore « Nous avons évité le pire », Nicolas Sarkozy dresse un bilan bien glorieux de sa politique économique alors qu’il ne s’est contenté que de suivre nos amis britanniques et allemands pour l’essentiel et a bénéficié des effets d’amortisseur de notre modèle économique pour le reste.


La taxe carbone.
Revenant sur la censure de la taxe carbone, sujet inévitable qui est un cadeau empoisonné que lui fait là le Conseil constitutionnel, le président a déclaré « Je ne suis pas homme à renoncer à la première difficulté » ce dont on ne doute pas vu l’acharnement qu’il a mis à imposer la loi Hadopi tentant même d’influencer les parlementaires européens qui ne s’en sont pas laissés conter si facilement.


HADOPI.
La loi Hadopi est justement un sujet sur lequel il a choisit de revenir et se féliciter de son adoption « Grâce à la loi Hadopi, nos artistes et créateurs vont être protégés. » a déclaré notre sémillant président. On ne peut relever qu’une fois encore ce dernier montre qu’il n’a aucun usage ou presque des nouvelles technologies. Le texte est en effet loin de protéger les artistes puisque comme je vous le rappelais pas plus tard que cette semaine. La commission chargé de produire un rapport sur le développement des alternatives légales aux échanges illicites de fichiers n’a pour le moment rien produit et la date de remise du rapport a dû être plusieurs fois décalée. Ainsi, seul le volet ultra-répressif et liberticide est (très difficilement) en train de se mettre en place. Volet qui ne sera utile qu’aux grandes maisons de disques qui ne pourront faire sanctionner que le menu fretin qui se laissera bêtement prendre tandis que la grande majorité continuera de plus belle au travers d’autre méthodes. La « bataille Hadopi » est donc loin d’être terminée.


La justice.
Juriste, c’est un aspect sur lequel, j’attendais beaucoup le président. Une étude l’a récemment rappelé (une fois encore serait-on tenté de dire), le documentaire « Justice sous tutelle » sur Canal+, notre justice est dans un bien piteux état. On pourrait croire que ce n’est qu’un détail, mais les travers de notre justice notamment sa lenteur ont de graves conséquences, des entreprises qui ferment à cause de décisions trop tardives, de familles mises sur la paille du fait de frais de procédure qui explosent, etc.

La nouvelle carte judiciaire taillée à la hache sans tenir compte des réalités du terrain n’est même pas encore en place que notre cher et aimé président annonce une grande réforme de la justice pour 2010. Mais ce n’est pas d’une énième « réforme » que notre justice a besoin, le droit suffit déjà la plupart du temps. L’idéal serait bien sur une réforme judiciaire ambitieuse qui refondrait le droit en intégrant les dernières évolutions et redonnerait au droit français ce qui a faisait sa renommée et sa valeur, il n’y pas si longtemps : sa clarté. Mais dans l’immédiat, ce n’est pas ce dont a besoin la justice française. Non, ce dont nous avons besoin c’est de doubler le budget alloué à la justice pour qu’il devienne correct, de le tripler provisoirement pour rattraper le retard que nous avons dans ce domaine et d’accompagner cela par une indépendance du parquet et de l’accroitre pour tous les magistrats en général.


Sur le plan moral.
La suite fut quelque peu surprenante surtout pour l’auteur du fameux « Casse toi pauv’ con ! » lancée une matinée de Janvier 2009 en plein salon de l’agriculture (Eh oui, c'était en 2009). Notre président jouant les saintes vierges du Poitou a fait les déclarations suivantes : « Faisons l’effort de nous comprendre. Évitons les mots qui blessent » puis poursuivant : « Face à l’isolement, je souhaite que 2010 redonne sa valeur au mot fraternité ». Ségolène sort de ce corps !
À toutes fins utiles, on se rappellera que l’UMP n’avait pas hésité à ironiser sur la prestation de la poitevine lorsqu’elle avait eu des mots semblables.

Voilà pour les vœux présidentiels. i>Télé présentait ces vœux et en donnait l’analyse suivante : « 2009, l'année de l'échec de la taxe carbone » ce qui veut tout dire. Rendez-vous dans un prochain billet pour les premières réactions sur ces vœux présidentiels.

Bonne année 2010 à vous !

2 commentaires:

Thierry P. a dit…

Merci pour cet excellent décryptage.
J'ai entendu un homme qui cherchait plus à justifier SA politique qu'un président réellement à l'écoute.

Meilleurs voeux

Anonyme a dit…

Bonne année à tous sauf à Nicolas le Français dit "Nicolas le Fier-à-bras"!