mardi 9 février 2010

Identité nationale. Qu'en reste-t-il ?

Hier, François Fillon a lors d'une conférence de presse donné un coup de frein au débat sur l'identité nationale. Coup de frein qui est en fait un coup d'arrêt puisque même si officiellement le forum internet où l'on peut débattre du sujet n'est fermée et qu'une commission « d'experts» est censée réfléchir sur la question et rendre un rapport, la messe est dite.


Éric Besson, invité ce matin de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV a beau affirmé le contraire; entre les lignes, il a déclaré que les « experts » en question (des sociologues, des politologues, etc.) avaient déjà collaboré au débat qui vient de se clôturer. Quel intérêt alors de les réunir en commission de nouveau pour réfléchir sur un sujet sur lequel, ils ont déjà fait des propositions ? De toute évidence, il s'agit de faire croire que d'enterrer un débat qui est revenu comme un boomerang pour l'UMP en évitant le plus possible de perdre la face suivant en cela la maxime « Quand on veut enterrer un projet, on créé une commission. ».


Intérêt du débat ?
Dans ces conditions, on peut se demander quel intérêt a pu avoir ce débat. Malgré les dénégations du ministre de l'immigration de l'intégration de l'identité nationale et du codéveloppement, les échanges sur le sujet ont principalement tourné autour de l'immigration et le place de l'islam dans la République. Il faut dire que le débat concomitant sur la question de la burqa n'a pas arrangé les choses. A l'UMP, on souligne que l'identité nationale ne se résume à pas à ces questions mais le sujet a traité à nos principes, nos valeurs, notre culture à tout ce qui est immatériel mais fait que nous sommes français. Dans cette logique, la réflexion de Jean-François Kahn est très intéressante. Celui-ci a défini, lors du Congrès du MoDem à Arras, l'identité nationale comme indéfinissable précisément pour ces raisons.

A vrai dire et cela a été souligné dès le lancement du débat, le sujet était bien évidemment destiné à mordre sur l'électorat d'extrême-droite qui avait voté Nicolas Sarkozy en 2007 mais commençait alors à se désolidariser du président de la République pour s'en retourner au Front national. Marine Le Pen a bien compris l'intérêt qu'elle pouvait tirer d'un tel débat et ne s'est pas gênée pour dérouler le discours frontiste à toutes les sauces.

Un intérêt faible pour le sujet puisque les débats organisés dans les préfectures et sous-préfecture ont fait un bide total. Ainsi, dans la sous-préfecture dont je dépends, le débat n'a rassemblé qu'une petite soixantaine de personnes dont les 2/3 sont partis avant la fin et seulement une petite vingtaine est resté jusqu'au bout. Les sujets principalement abordés : l'immigration et la place de l'islam. Sur le reste, rien ou presque. Dans ces conditions, on peut se demander si les résultats valaient la peine de tout barouf.


Beaucoup de bruit pour bien peu.
Nombreux furent ceux à se demander lors du lancement de ce débat ce qu'il pourrait bien apporter à la République. Les écueils et les risques avaient bien été identifiés mais les avantages paraissaient plus difficiles à cerner. Les premières mesures ont été annoncées hier par François Fillon et le moins que l'on puisse est que la montagne accouché d'une poussière.

Le Premier ministre chargé de jouer les pompiers a donc annoncé les mesures suivantes :
- un drapeau français sur chaque école ;
- l'affichage dans chaque classe de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ;
- la mise en place d'un carnet de « jeune citoyen » à la rentrée 2010 ;
- et un renforcement de l'enseignement d'éducation civique.

En résumé, rien de vraiment nouveau. Ainsi, lorsque j'étais en primaire ou dans le secondaire, il y avait un drapeau français au sein de mon école, la déclaration des droits de l'homme et du citoyen était affichée en bonne place dans ma classe (au moins en primaire). Il n'y avait pas de carnet de jeune citoyen mais des cours d'éducation civique où l'on apprenait à être connaitre les grands principes de la République et de la citoyenneté. Problème, plus je progressais dans le système scolaire plus les heures dévolues à l'éducation civique se réduisaient au point d'être finalement intégrée aux cours d'histoire-géographie.

Problème, le ministre de l'Éducation nationale a récemment annoncé une réduction du volume horaire dévolu à l'histoire-géographie. Comment dans ces conditions faire plus d'éducation civique avec un volume horaire moindre ?


Conclusion.
Il est bien beau de vouloir renforcer « l'identité nationale », il est plus intéressant d'enseigner aux jeunes français les principes, les valeurs, l'histoire de notre pays, sa culture. Mais pourquoi se plaindre de la régression du sentiment d'appartenir à la nation française si on décide de réduire ce qui fait que l'on se sent français à savoir l'éducation de la langue française, de l'histoire-géographie, de la culture française sans oublier tous les domaines où notre pays se différencie. Ainsi, nous sommes un des rares pays à dispenser un enseignement obligatoire de philosophie en lycée. Pour beaucoup, cette matière est obscure et ennuyeuse, moi-même je ne garde pas forcément de grands souvenirs de ces heures mais l'intérêt est de structurer la pensée, de permettre au citoyen de réfléchir par eux-mêmes.

Au fond, ce débat sur l'identité nationale a plus servi à montrer les paradoxes et les lacunes du gouvernement actuel sur le sujet, à désunir les français qu'a les réunir. Et si la conséquence indirecte de ce débat avait poussé nos concitoyens à penser par eux-mêmes, à avoir une idée personnelle et différente de cette identité nationale ?

Susciter l'hétérodoxie, un des « dommages » collatéraux du débat sur l'identité nationale ?

Aucun commentaire: