vendredi 12 février 2010

La France ? Quelle France ?

Dans un point de vue publié dans l'édition du vendredi 12 Février 2010 du journal « Le Monde », le président du groupe ADLE (Alliance des démocrates et des libéraux européens), le belge Guy Verhofstadt, porte un jugement très critique sur la santé actuelle de la République française et plus généralement de sa démocratie.


Alors que le président française se permet de donner des leçons aux autres pays européens et qu'il se présente comme le sauveur du monde capitaliste, l'ancien Premier ministre belge montre que la réalité est bien différente.


La France a-t-elle tourné le dos à son identité ?
Cette question prend en effet tout son sens alors que vient de se clore le débat sur l'identité nationale initié par Éric Besson sur ordre du président de la République. L'avis de notre voisin belge illustre bien l'image dégradée que la France a donné à voir avec ce débat. Il se demande si la France n'a pas justement renié son histoire, sa culture et ce qui fait son identité en s'interrogeant sur celle-ci. Jadis ouverte, notre pays aux autres cultures, notre pays serait-il en train de se fermer et de se replier sur lui-même ?

En quoi est-il utile de discuter de l'identité nationale ? Quels craintes cela révèle-t-il ? Quels conséquences ce débat aura-t-il sur notre pays ?
Voici quelques questions que pose le point de vue de Guy Verhofstadt.

Le point de vue tel que publié dans le journal Le Monde :

« Pour ses voisins, la France a souvent été un modèle d'inspiration et d'admiration, par l'intensité et la portée universelle des débats intellectuels dont elle a le secret. Elle est source d'accablement pour ses amis qui la voient se perdre dans une polémique stérile sur l'identité nationale. L'opportunité politicienne de ce débat, sa conduite hésitante et ses finalités floues donnent en effet l'impression désastreuse que la France a peur d'elle-même. Il y a décidément quelque chose de pourri en République française.

Le séminaire, qui s'est déroulé en catimini le 9 février, témoigne du piège dans lequel s'est enferré le gouvernement. D'abord son opportunité lui échappe : censé contrer le Front national, le débat sur l'identité nationale a au contraire remis les thématiques d'extrême droite au premier plan. Ensuite, sa conduite a fait défaut : faute de consensus politique au sein même de la majorité présidentielle, ces discussions de sous-préfecture et le site dédié sont devenus un défouloir au remugle vichyste. Enfin, quelles sont les finalités de cette affaire ? Apprendre La Marseillaise à l'école ? L'absurde le dispute au grotesque.

Non pas qu'il faille avoir honte de son chant patriotique. Mais plutôt que de se lamenter sur le fait que les jeunes connaissent mieux les paroles d'un chanteur à la mode plutôt que celles de l'hymne national, les Français devraient plutôt être fiers de savoir que La Marseillaise est connue.

Cette crispation sur les symboles nationaux est le symptôme le plus patent du malaise national transpirant à travers ce débat raté. C'est un réflexe de peur incompréhensible quand on connaît le poids et l'influence de la France en Europe et dans le monde. Tous les pays ont des problèmes d'immigration, les ex-pays coloniaux plus que les autres, mais nous savons bien que c'est moins l'islam qui pose problème que le manque de formation et le chômage.

Pour un voyou d'origine africaine ou un Maghrébin islamiste qui affuble sa femme d'une burqa, combien de jeunes issus de l'immigration parviennent à s'insérer et à vivre de leur travail dans nos sociétés ? L'immense majorité. Ce serait une insulte à l'avenir national si ce débat sur l'identité devait conduire à stigmatiser des couches de la population à cause des comportements individuels d'une minorité agissante, dont le cas relève de la police et de la justice.

Lorsque la France a remporté la Coupe du monde de football, je ne me souviens pas, bien au contraire, que les Français aient eu à se plaindre des capacités sportives que donnait à leur pays sa diversité ethnique et culturelle. C'est de cette France-là que l'Europe a besoin, un pays ouvert et solidaire, qui s'est forgée une identité plurielle et universelle. Deux concepts si bien mis en lumière par Amartya Sen et Karl Popper, dont j'ai repris et développé la pensée en 2006 dans un manifeste politique intitulé "Plaidoyer pour une société ouverte". Pour moi, l'essentiel en effet n'est pas d'où l'on vient mais où l'on va.

Au moment où l'on célèbre le 50e anniversaire de la mort de Camus, il serait paradoxal que la France s'abandonne à une posture étrangère à celle qui a fait sa réputation multiséculaire. Il existe certes une autre France, maurrassienne, chauvine qui ne s'est pas illustrée au mieux lors des grands chocs nationalistes du XXe siècle. Mais de la France qu'on aime et dont on a besoin, on attend des idées, des projets, et non pas le repli identitaire d'une vieille nation frileuse, plus occupée à ressasser les échecs du passé qu'à préparer ses succès de demain. Le légitime respect dont jouit toujours la France hors de ses frontières est un gage de reconnaissance précieux et un point d'appui pour redonner confiance aux Français. Un peuple confiant trouvera sa place dans l'Europe et le monde. Et ses gouvernants seraient bien inspirés d'en prendre conscience.».

2 commentaires:

luciolebrune a dit…

Oui, les Belges se demandent pourquoi les citoyens français se laissent ainsi voler la démocratie et piétiner la république au profit d'un seul homme.
Française vivant en Belgique, je confirme que le sentiment de Guy Verhofstadt est partagé ici.

Marie THUREAU a dit…

N'est-ce pas le problème de la poutre et de la paille... Il est toujours plus facile de voir ce qui ne va pas chez son voisin !!!!

Plaisanterie mise à part, il me semble, aujourd'hui plus que jamais, préoccupant de constater à quel point les Français sont anesthésiés par l'agitation permanente de notre président, les événements(significatifs certes mais pas si déterminants que cela) qui font la une pendant qu'en catimini on assassine la démocratie sans que nous nous en rendions toujours bien compte.

Il faut espérer que d'autres encore viendront jeter quelques pavés dans la mare pour nous obliger à ouvrir les yeux !