dimanche 28 février 2010

Publier le casier des candidats ? Chiche !

Ce dimanche, Xavier Bertrand, député UMP et secrétaire général de ce même parti était l’invité du « 17h politique » sur i>Télé. Au cours de cette émission, de nombreux sujets, ont comme à l’accoutumé été abordé. J’aimerai cependant revenir sur un thème en particulier : les « révélations » sur le passé judiciaire d’Ali Soumaré. Alors même qu’il est maintenant avéré que l’essentiel de « dossier » ne concerne pas le candidat socialiste, le patron de l’UMP ne se démonte pas.


« C’est au PS de fournir des explications », Xavier Bertrand.

Pas d’excuse, pas même l’ombre d’un regret ou la reconnaissance d’une erreur. Xavier Bertrand maintient sa position : Ali Soumaré n’est pas complètement innocent. Pire, il persiste à dire que c’est un problème pour le PS et que c’est à ce dernier de fournir des explications sur le passé judiciaire de son candidat.
Aucun démenti, pas de condamnation des élus UMP ayant faussement accusé Ali Soumaré de délits qu’il n’a pas commis, rien.

Depuis les fameuses « révélations » du maire de Franconville, France Delattre et de son homologue de Saint-Leu La Forêt, Sébastien Meurant soutenus par la tête de liste UMP locale Axel Poniatowski, on s’est aperçu que non seulement Ali Soumaré n’était pas un délinquant multirécidiviste ainsi que l’avait faussement affirmé les élus UMP mais que la plupart visait un homonyme, mais que de surcroit les renseignements ont pour la plupart été obtenu de façon illicite ou quasi-illicite.

Si Francis Delattre s’est excusé du bout des lèvres, le patron du l’UMP lui persiste à ne pas reconnaître son erreur et ne condamne pas la démarche des élus UMP, ce qu’a pourtant fait Valérie Pécresse, tête de liste régionale et dans les Yvelines. Avec retard certes, mais condamnation tout de même il y a eu.
A l’UMP, le sujet devient embarrassant. A tel point, que voulant détourner la polémique, Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP a proposé de rendre public le passé judiciaire des candidats aux élections.


Alors chiche ?

Publier le casier des candidats aux élections, l’idée vient donc de Frédéric Lefebvre. Idée que Xavier Bertrand approuve. Mettons donc au défi le secrétaire général de l’UMP de le faire. Ainsi qu’a pu le démontrer Stéphane Guillon, il se pourrait que l’idée se retourne contre ses initiateurs. Comme le souligne ce dernier, il est particulièrement étrange que ce soit précisément le casier d’Ali Soumaré qui soit vérifié. Le fait que l’intéressé soit noir, d’origine malienne n’a bien sur rien à voir avec les propos de Francis Delattre que certains ont qualifié de racistes ce qu’ils n’étaient pas forcément. Du coup, l’élu UMP qui piétine de ne pas avoir obtenu la présidence du Conseil général du Val d’Oise malgré un changement de majorité conséquence d’une élection partielle a voulu contre-attaquer en démontrant qu’Ali Soumaré n’était pas le candidat idéal. Mal lui en a pris puisque l’affaire s’est retournée contre lui. D’où l’idée de Frédéric Lefebvre de publier le casier des candidats aux élections.

Il faut dire qu’en Ile de France, ce n’est pas quelques rares condamnations mais bien de gros délits qui collent à la basque de certains élus UMP locaux. L’humoriste exerçant chaque matin du lundi au mercredi sur l’antenne de France Inter s’est donc lancé dans un petit récapitulatif sur le sujet, précisant à toutes fins utiles « Sans remonter trop loin, ce serait fastidieux… » et de citer Charles Pasqua (1 an de prison pour trafic d’armes), Jean Tibéri (10 mois pour altération à la sincérité du scrutin). Et d’enchaîner ensuite sur Alain Juppé (mis en examen pour abus de confiance et prise illégale d’intérêts en 1998, condamné en 2004 à 18 mois avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris), André Santini (mis en examen pour détournement de fonds publics, faux et prise illégale d’intérêts) tout en rappelant au passage que Francis Delattre a été mis en examen dans une affaire douteuse de financement de parti politique.

Précision : je rappelle qu’une mise en examen ne signifie pas qu’une personne est coupable mais qu’un juge d’instruction ou un procureur considère que les faits en question sont suffisamment litigieux pour justifier une enquête plus approfondi sur le rôle de certaines personnes. Une mise en examen ne remet pas en cause la présomption d’innocence !


Stéphane Guillon rappelle d’ailleurs que le maire de Franconville a bénéficié d’un non-lieu, soit l’abandon des poursuites à son encontre, les faits étant insuffisants.


Comme si cela ne suffisait pas, les Guignols de l’Info en ont rajouté une couche. Dans un bureau, Xavier Bertrand et Luc Chatel consulte le STIC (fichier policier sur la délinquance).

La scène :

« Xavier Bertrand - Tape « homme politique+vol ». Alors tu as quelque chose sur le PS ?

Luc Chatel - Non, rien ! Par contre, j’ai 3 pages sur Chirac.


XB - Ah. Alors Tape « homme politique+vol avec violence. ». Tu as Soumaré ?

LC - Ah non, là, j’ai 8 pages sur Pasqua.

XB - Bon alors, tape « homme politique + vol + escroquerie + abus de biens sociaux ». Alors ?

LC - Ah là, j’ai 12 000 réponses sur Patrick Balkany. »
Sans commentaire.


Conclusion.

Chercher le casier judiciaire des candidats est le signe d’une campagne de caniveaux, de ce que peut se faire de pire en politique. De telles actions décrédibilisent la politique plus qu’elles ne la font avancer. Une bonne raison pour Xavier Bertrand de reconnaître ses erreurs et de s’excuser. Braver la loi pour dénoncer les délits d’autrui, voilà une bien horrible façon de faire de la politique. Faut-il pour autant que les candidats aient l’obligation de publier leur casier ? Mieux, celui-ci doit-il être vide ? La publication, on le voit serait un instrument à double tranchant. Imaginons un extrait de casier de Patrick Balkany joint à une profession de foi aux législatives…
La publication du casier judiciaire des candidats ne me pose pas de problèmes. Certes, cela serait pousser encore un peu plus la « transparence » mais autant les détails sur la vie privée ne doivent pas être divulgués, autant la publication du casier n’est pas choquante.

Une personne qui se présente pour gérer les intérêts des citoyens doit être honnête avec les erreurs qu’il a pu faire et le cas échéant expliqué qu’il a pu changer.
Ce débat en laisse placer un autre : le casier des candidats doit-il être vierge ? Pas forcément. Que les personnes condamnées pour abus de biens sociaux, détournement de fonds publics, corruption soient écartés, oui tout à fait d’accord.

Par contre, on peut accepter que des personnes ayant commis des délits mineurs aient pu faire des erreurs avant de reprendre une route plus normale. Tout le monde peut se tromper et on aurait tort de croire que tout un chacun est irréprochable. Faut-il changer la législation en vigueur ? La compléter suffirait peut-être et à ce niveau la balle est dans le camp du pouvoir règlementaire, à savoir le Premier ministre.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

A propos du "Chevalier orange", une démonstration argumentée ici :

http://democratienanterriennemodem.blogspot.com/2010/03/pourquoi-je-pense-que-christophe_03.html



Ch. Romain