lundi 1 février 2010

Régionales. Cécile Duflot, invitée du 17h politique d’iTélé.

Ce dimanche, alors que la campagne des élections régionales commence à prendre avec les publications de listes des différents mouvements politiques, Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts et tête de liste Verts - Europe-Écologie en Ile-de-France, était l’invité du 17h politique d’iTélé animé par Audrey Pulvar et Nicolas Beytout. L’occasion de voir ce que la secrétaire nationale des Verts a dans le ventre et de prendre le pouls de la campagne des verts à venir.


La forme.
D’un point de vue purement formel, on voit que la patronne des Verts a du métier. Elle sait vendre son projet, éviter les pièges tendus par les journalistes tout en profitant pour glisser quelques aspects sur ce qu’elle compte défendre lors de la campagne des régionales. Son ton, calme et posée rassure mais cela ne l’empêche d’avoir des convictions.

Toutefois, si l’expérience paie sur cet aspect, la secrétaire nationale des Verts a une légère tendance à arranger la réalité selon ses envies.


Les sujets traités.
Parmi les différents thèmes abordés, on retiendra un long passage sur la sortie de Georges Frêche, la réponse à y apporter et l’attitude des Verts à ce sujet. Sont ensuite venus sur la table l’affaire Clearstream et la remise en cause de l’indépendance de la justice en France, l’écologie et son application possible ou non, la sécurité au travers de la réaction de Brice Hortefeux à l’annonce du double meurtre de personnes agées, les droits des femmes et la question de la burqa, la décroissance pour finir la question de la précarité énergétique.


Les verts, moteur du renouveau politique ?
Avant d’aborder l’actualité politique, Cécile Duflot a fait l’objet d’une brève présentation comme il est d’usage puis d’une question sur la différence entre verts et socialistes. A cette occasion, la secrétaire nationale des verts a pu dire : « Le PS, c’est la vieille façon de faire de la politique » ou encore « Le PS verrouille l’appareil » avant de faire la promotion de l’ouverture des verts aux écologistes en général avec Europe-Écologie. Sur ce point, Cécile Duflot transforme quelque peu les choses. S’il est vrai que pour les élections européennes, le but du rassemblement Europe-Écologie était de réunir les écologistes de toutes tendances autour d’un projet commun. Force est de constater que pour les régionales, ce n’est pas ce qui se passe. Puisque madame Duflot semble avoir la mémoire qui flanche, il convient de lui rappeler qu’entre octobre et fin novembre, les verts puis Europe-Écologie ont pris la décision de fermer leurs listes et leurs idées aux écologistes qui n’étaient pas « de gauche ».

L’ambition de Daniel Cohn-Bendit était de recentrer la famille écologiste en intégrant les écologistes de tous horizons qu’ils viennent de gauche (verts), du centre (CAP 21, MoDem), de droite ou d’ailleurs (alliance écologiste indépendante, monde associatif).

L’ambition de Cécile Duflot est maintenant de reprendre la main dans la gestion de la famille écolo tout en raflant au passage Europe-Écologie et ses suffrages. Mais, l’effet semble quelque peu s’atténuer alors que les récents sondages montrent un tassement clair des intentions de vote pour les listes vertes.


L’affaire Frêche.
Suite aux propos polémiques de Georges Frêche, Cécile Duflot a réaffirmé la ligne politique des Verts - Europe-Écologie à savoir le rejet de propos et d’une attitude. Insistant sur le fait que les élus régionaux verts de Languedoc-Roussillon sont passés dans l’opposition au bouillonnant président de la région, la secrétaire nationale des Verts a aussi pointé la mauvaise gestion de la situation par le Parti socialiste.

Déclarant à ce sujet : « La méthode est mauvaise sinon maladroite », elle a rappelé à Martine Aubry qu’il fallait que les socialistes aient un peu de respects pour leurs alliés en ne décidant pas de façon unilatérale de la composition de la liste d’union qui serait présenté à Georges Frêche.

En se posant comme les seuls à gauche à avoir une attitude clair vis-à-vis de Georges Frêche, Cécile Duflot ambitionne clairement de s’imposer les verts comme la force politique dominante en Languedoc-Roussillon.


Daniel Cohn-Bendit et la présidentielle.
Suite aux propos de Daniel Cohn-Bendit affirmant que les verts français pourraient renoncer à présenter un candidat à l’élection présidentielle en échange d’au moins 50 circonscriptions, Cécile Duflot s’est démarqué du président du groupe Vert au Parlement européen. Déclarant placer « 2012 en fonction de ce qui se passera en Mars », elle veut « en finir avec cette obsession » qui veut que l’on « parle [déjà] des stratégies pour 2017 ». Questionné sur la présence d’un vert à la présidentielle, elle a répondu « Ce n'est pas le sujet. Ne parler que tactique présidentielle, c'est faire mal à la démocratie. ». Sur le sujet, la chef des verts se situe dans la ligne de ce que défend le Mouvement démocrate, signe que des perspectives d’alternative à la gestion actuelle des affaires du pays peuvent être construites.


Déclarant « L'histoire d'Europe-Écologie, c'est l'histoire d'une autre manière de faire de la politique. Sortir des petits jeux d'appareils. », Cécile Duflot reprend à son compte le discours démocrate. Si on peut se féliciter de l’éclair de lucidité de Mme Duflot, force est de constater que dans les faits, ce n’est pas vraiment ce qui se passe. Depuis plusieurs mois en effet, les verts négocient avec le parti socialiste sur les accords qui s’appliqueront au 2e tour des élections régionales et excluent toute idée d'ouverture vers ce que l'on appelle « les écologistes de droite ». Ne reste plus qu’à remplir les cases avec les noms des candidats.

Puisque l’on parle du sujet des candidats, regardons qu’elles sont les candidatures « d’ouverture » présentées au nom d’Europe-Écologie. Dans la quasi-totalité des cas, ce sont des personnes « de gauche » ou évoluant dans des milieux traditionnellement proches de la gauche. En recrutant Augustin Legrand, très connu son opération de tentes implantées sur les quais du canal Saint-Martin ou encore Julien Bayoux du collectif Jeudi noir qui occupent des appartements pour dénoncer la mauvaise politique du logement, Cécile Duflot n’a fait que puisser dans le vivier associatif de gauche. Il s’agit donc de fermeture et pas d’ouverture.


Affaire Clearstream.
Interrogée sur la décision rendue par le Tribunal de Grande Instance de Paris et sur l’appel interjeté par le procureur de la République de Paris Jean-Claude Marin. Cécile Duflot a souligné « l’ambiguïté du statut du président » qui ne peut être mis en cause en raison de son immunité tandis qu’il peut attaquer en justice n’importe qui. Déclarant « Il y a un gros malaise. On sent l’instrumentalisation de la justice », elle a insisté « Cela laisse une impression très désagréable sur la vie politique ». Cécile Duflot a aussi rappelé que les propos du président de la République lors d’un entretien réalisé à New York « Considérer par avance qu'il était coupable, ce n'était pas une bonne chose. Nicolas Sarkozy s'y est impliqué. Il est légèrement évident qu'il soit concerné par ce qu'il passe. ».

En conclusion de ce sujet, Cécile Duflot citant Éva Joly s’est rallié à l’idée que la justice devait être réformée pour assurer une plus grande indépendance des magistrats.



L'écologie s'intéresse-t-elle plus à l'environnement ou à l'homme ?
Question intéressante. L’écologie s’occupe-t-elle tellement de l’environnement qu’elle n’oublie l’homme ? Voici, en substance, la question posée à la tête de liste verte en Ile-de-France. Affirmant « Notre analyse est que notre modèle économique est de court terme. Il faut engager la conversion écologique. Notre volonté est de travailler sur des emplois durables et non délocalisables. ». Pour un peu, on pourrait croire que Cécile Duflot a sa carte au MoDem. Cette ligne politique étant depuis longtemps défendue par le Mouvement démocrate par Corinne Lepage.

Si certains aspects, la secrétaire nationale des verts rejoint les démocrates, par la suite, elle se montre plus claire témoignant clairement des idées directrices du projet qu’elle entend défendre « Nous défendons la décroissance » et de citer que les accidents de la route créaient du PIB et qu’elle défendait une autre façon de mesurer la richesse ainsi qu’un modèle économique différent. Beaucoup conviennent d’une autre façon de mesurer la richesse. Nicolas Sarkozy lui-même a commandé un rapport au prix Nobel d’économie Joseph Stieglitz sur le sujet. Le problème est maintenant l’application de ces belles théories. Mais, souvent, c’est là que le bât blesse pour les verts présents dans les majorités sortantes des régions.


La précarité énergétique.
Pour clore cette émission, Cécile Duflot a souhaité revenir sur la mise à pied d’un syndicaliste CGT mis à pied 21 jours pour avoir rétabli le courant à une famille de RMIstes se chauffant à l’électrique en pleine polémique sur les émoluments d’Henri Proglio récemment augmenté de 45%. L’occasion de revenir sur la polémique à ce sujet et parler de la précarité énergétique et donc de la nécessité d’investir dans l’efficacité énergétique et d’aider les plus modestes sur ce point. Et la secrétaire nationale des verts de dire « Consacrer 1€ sur la précarité énergétique, c’est économiser 0,42€ [en dépenses de] santé. ».



A retenir.
Cécile Duflot est une habituée de la politique. Sur la forme, rien à dire, elle fait preuve d’expérience. Sur le fond, elle a alterné entre le bon et le mauvais, les constats réalistes alternant avec la défense d’idées inadaptées pour engager la transformation de notre société vers un modèle plus respectueux de l’environnement. En défendant la décroissance, madame Duflot n’apporte une réponse adaptée aux problèmes actuels.

Révélateur de cette attitude consistant à présenter sous un nouveau jour de vieilles idées, les verts ont une attitude paradoxale qui consiste à tout faire pour se différencier des socialistes tout en défendant les choses qu’ils ont pu faire au sein des équipes régionales. Le problème est que les verts ont plus tendance à dire qu’ils ont mis telle somme sur la table pour l’environnement plutôt que de mettre en application les idées qu’ils prônent par des projets concrets. C’est décalage entre les intentions et leur application que l’on retrouve par exemple chez Jean-François Caron (tête de liste verte pour le Nord-Pas-de-Calais) qui nous prouve que la réponse n’est pas à chercher du côté des verts pour le scrutin qui s’annonce en mars.

3 commentaires:

Lucn a dit…

Moi j'avoue que politiquement C. Duflot a les idées simples et claires.

Je crois qu'elle dit "nous sommes avec la Gauche" car elle veut qu'il n'y ait pas d'ambiguité sur l'opposition des Verts, et de fait cela fait des mois qu'elle a dit que les verts feraient alliance avec le PS, ce qui ne l'empêche nullement de s'en démarquer nettement et que l'on a aucun doute de leur indépendance vis à vis du PS.

En voilà une qui n'est pas adepte de la géométrie variable et je pense qu'elle a bien raison.

Lucn a dit…

Je veux préciser que :
"...cela fait des mois qu'elle a dit que les verts feraient alliance avec le PS AU 2 EME TOUR ...."

Orange pressé a dit…

Il n'est pas question ici de remettre en cause le fait que les verts feront alliance avec le PS mais la double dialogue qui consiste à dire que les bilans des sortants ne sont formidables alors que les verts participaient aux exécutifs et majorités actuelles dans les régions.