vendredi 26 février 2010

Régionales. La victoire sera celle de l’implantation.

A moins de 3 semaines des régionales, on prédit au Mouvement démocrate une bérézina comme il n’en a jamais connu. Pas de liste en Languedoc-Roussillon où Marc Dufour aura réussi l’exploit de faire passer les intentions de vote en faveur du MoDem dans la région de 10% à 2% en moins de 3 moins pour aboutir à l’absence d’une liste démocrate localement. En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, les sondages locaux donnent le MoDem entre 2,5-3% et 4% ; Christophe Madrolle espérant faire mentir les sondages a parié que si le MoDem réalisait localement un score inférieur à 2%, il traverserait le Vieux-Port à la nage. En Ile de France, malgré des sondages au raz des pâquerettes, on peut entendre lors des traditionnelles distributions de tracts aux abords des bouches de métro dire : « Votez Alain Dolium, votre futur président de région ! » avec des trémolos dans la voix. Bref, c’est pas la joie et certains observateurs prédisent même la disparition du MoDem après ces élections régionales. D’où la question : le MoDem peut-il vraiment disparaître ?


Le MoDem peut-il vraiment disparaître ?
Aux vues des enquêtes d’opinion qui se ressemblent, l’hypothèse devient crédible mais il faut savoir faire la part des choses. Un mouvement politique peut-il disparaître ? Oui et non.

Non, puisqu’à moins qu’il ne se saborde ou qu’il soit interdit, dans l’absolu, cela paraît difficile puisque l’on imagine mal François Bayrou dissoudre son parti ou se faire interdire par les pouvoirs publics.

Oui, si l’on considère qu’un parti politique est vivant ou mort selon son poids sur la scène politique. Avec un score autour de 5%, le Mouvement démocrate deviendrait partie négligeable ce qui signerait de facto l’échec de son projet politique.

Reste qu’en politique plus qu’ailleurs, les choses peuvent très vite changer comme l’a montré le succès du rassemblement Europe-Écologie en juin 2009 alors même que les Verts étaient à moins de 2% au premier tour des élections présidentielles. Si l’esprit ayant présidé à ce rassemblement a disparu et conduira à un recul des verts lors de ces élections régionales, l’exemple sonne comme un rappel de la vitesse à laquelle les choses peuvent changer en politique.


Des signes positifs.
Bien que le climat soit plus à la morosité qu’autre chose, on peut voir dans quelques régions, des éclaircies, signe d’espoir. Le dernier en date qui regonfle pas mal le moral des troupes oranges est un sondage Ifop (eh oui, encore un !) réalisé pour le quotidien régional Sud-Ouest. On y apprend que les socialistes remporteraient très largement la région face à la liste UMP menées par Xavier Darcos, ce qui n’est pas une surprise, mais aussi que la liste « Forces Aquitaine » menée par Jean Lasalle, député des Pyrénées-Atlantiques, arriverait en 3e position au 1er tour avec 12% des voix devançant même la liste des Verts menée par Monique de Marco qui serait 4e avec 11%. Ainsi que la raison l’exige, il faut prendre cette enquête avec les réserves de rigueur, mais on peut en tirer quelques enseignements.

Le premier est que oui, le Mouvement démocrate n’est pas mort partout et que dans certaines régions, il est même bien vivant.

Le second est que la campagne démarrant à peine, les choses peuvent encore beaucoup bouger.

Mais le plus important est le troisième : l’implantation locale. Certes, la région Aquitaine est historiquement une région de forte implantation pour les centristes qui ont la mainmise sur le département des Pyrénées-Atlantiques même s’ils ne contrôlent pas l’exécutif départemental. Mais le choix d’axer la liste que ce soit pour les candidats ou le programme sur le local et même le très local paie, de même que l’implantation territoriale.


L’ancrage local, élément clé.
Élément quelque peu oublié lors du choix de certaines candidatures au profit d’un « casting » ainsi que certains qualifient les arbitrages nationaux pour les têtes de listes aux élections régionales, l’ancrage local montre encore une fois son utilité. La baisse du score du MoDem dans les urnes est à mettre en parallèle avec les départs en nombre d’élus locaux (soit passés ailleurs, soit s’étant retirés de la scène politique) et de cadres militants. Ceux-ci ayant mis à mal le fragile maillage réalisé. Dans beaucoup de régions, la faiblesse voir l’absence d’ancrage local expliquera probablement l’échec lors des élections régionales prochaines.

Les régions qui s’en sortiront seront celles où les « barons » de l’UDF sont restés au MoDem mènent les listes locales. Mais alors, qu’elles sont ces régions ? On peut en citer principalement trois : l’Aquitaine avec Jean Lasalle, la Bretagne avec Bruno Joncour et le Nord-Pas de Calais avec Olivier Henno.

Les points communs à ces listes :
- le choix du consensus dans la constitution des listes, la tête de liste ayant une certaine accise locale ;

- un projet régional ultra-localisé souvent des projets très concrets ;

- la présence sur les listes d’élus locaux implantés ou de personnalités connues ;
- une fine connaissance du landerneau local.

A l’inverse, les régions où le candidat a été littéralement parachuté d’en haut ou alors dans lequelles la tête de liste a été et est très contesté par la base militante seront le théâtre de situations que l’on pourrait qualifier diplomatiquement de difficiles. On peut citer entre autre : l’Ile de France avec une tête de liste « hors-sol », l’Alsace ou la Franche-Comté avec les choix imposés de Yann Wehrling ou Christophe Grudler.


Le MoDem, mort ?
Le Mouvement démocrate peut donc rebondir mais encore faut-il qu’il s’en donne les moyens avec un projet politique cohérent, réellement indépendant et renouant avec le courant de pensée écolo-démocrate. Il faut en effet comprendre que le succès de Génération écologie en son temps, puis de François Bayrou en 2007 et enfin d’Europe-Écologie en 2009 n’est que la conséquence de l’émergence d’un projet central alliant les valeurs humanistes et modérés des centristes et celles d’une volonté d’une prise en compte croissante de l’environnement dans les projets politiques.

La réussite ou non du MoDem aux élections régionales sera donc celle de l’implantation locale et de la défense d’un projet concret autour des idées écologistes et démocrates. Les électeurs ne sont pas dupes et ne voteront pas pour une personnalité qu’ils ne connaissent pas et qui ne défend pas d’idées solides sur les sujets qui leur tiennent à cœur comme les transports ou l’environnement. Parler de crèches ou d’emploi, c’est très bien mais cela ne correspond ni aux compétences des régions, ni aux exigences des électeurs.

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