mercredi 7 avril 2010

De l’ordre ! De l’ordre, on vous dit.

Ce matin, Marc Fesneau était l’invité politique de la tranche matinale de RFI. Le tout récent secrétaire général du MoDem s’est prêté à l’exercice pour un résultat sans réelle saveur. Face à un contradicteur peu entreprenant, Marc Fesneau a déroulé son discours. Discours rappelant les canons de l’argumentaire actuel du Mouvement démocrate dont on ne retiendra donc bien peu de choses. Lors de cet entretien, plusieurs thèmes ont bien évidemment été balayés. Analyse du nouveau catéchisme.


La recomposition au centre.
Depuis les régionales, le centre, malgré son piètre résultat, attire les convoitises. Ce mardi, François Fillon rencontrait les parlementaires centristes. Marc Fesneau fait remarquer que quelques sénateurs démocrates y seront. La précision est utile, tant les départs se sont récemment multipliés. La question se reposera d’ailleurs au moment des sénatoriales l’année prochaine.

Plus intéressant cependant est la position de Marc Fesneau sur l’héritage de l’UDF. Pour lui, seul le MoDem a succédé à la défunte UDF et le récent échec aux régionales des listes de la majorité illustre bien l’échec du Nouveau Centre à exister indépendamment de l’UMP. Échec confirmé selon lui par la volonté commune affichée de Jean Arthuis et d’Hervé Morin de rapprocher leurs formations politiques respectives. Politiquement, cette position est plus discutable bien que juridiquement, le MoDem soit effectivement héritier de l’UDF (qui d’ailleurs existe toujours pour des raisons financières).

Si l’UDF était un parti de centre-droit inclus dans un camp commun avec l’UMP, le MoDem s’est détaché de ce camp pour tenter l’aventure d’un parti détaché des clivages traditionnels. Après des débuts encourageants profitant de l’élan de la candidature présidentielle de François Bayrou, il s’est depuis écroulé. Son électorat aussi a changé. Dans ces conditions et même si de grandes idées sont communes aux deux structures, considérer qu’il y a un héritage est un peu excessif. Certes, un lien existe mais les différences sont nombreuses.


La situation actuelle du MoDem.
Sujet sur lequel le tout nouveau secrétaire général était attendu, Marc Fesneau nous a livré un bel exercice de langue de bois.

Tandis qu’on lui demande si François Bayrou n’est pas trop autoritaire, s’il consulte suffisamment, en résumé s'il écoute un peu sa base. Marc Fesneau dit ne pas comprendre. Pour une personne qui une fonction présentée comme importante dans l’organigramme démocrate, c’est gênant. Oui, la défaite divise mais tout de même, il serait bon de voir la réalité en face. Et la réalité a été résumée par cette formule lapidaire de François Bayrou lors d’un bureau exécutif où il exprima clairement que la voix de Marielle de Sarnez comptait plus que les voix réunies de tous les autres membres de cette instance.

Marc Fesneau invoque aussi la jeunesse du MoDem en tant que mouvement politique. C’est vrai, la création est récente. Mais comme il l’a lui-même rappelé dans cet entretien sur RFI, le Nouveau centre est lui aussi récent. Mieux, il fut créé presque au même moment que le Mouvement démocrate. Comment alors reprocher au Nouveau centre d’avoir échoué et le condamner sévèrement et dans le même temps demander l’indulgence pour le MoDem ?
Il y a là un double discours qui sied bien peu aux valeurs démocrates proclamées en 2007.





Le MoDem. Quel projet ?
Dans la dernière édition de l’hebdomadaire Marianne, Jean-François Kahn écrit que François Bayrou se définit négativement par rapport à Nicolas Sarkozy et la majorité présidentielle et non positivement.

Le constat n’est pas nouveau, François Bayrou est opposé au projet de société tel que défendu par Nicolas Sarkozy. C’est même cette position qui a conduit à son refus de rallier le candidat UMP d’alors et à prendre le risque d’une nouvelle traversée du désert. Si cela pouvait suffire à lancer une initiative, à long terme, il fallait proposer un projet alternatif. Ce projet, c’était au MoDem à le créer, à le structurer. Or, bien que les commissions aient beaucoup travaillé sous la houlette de Corinne Lepage, leur travail n’a pas été mis en valeur. Le fameux « petit livre orange » en est d’ailleurs le parfait exemple. La plupart des commissions n’y ont retrouvé pas le travail effectué durant 2 ans et s’en sont d’ailleurs plaintes sans être entendues.

La question du projet est donc centrale après des élections européennes marquée par la sortie complètement inadéquate de livre de François Bayrou « Abus de pouvoir ». Non pas que le propos de l’ouvrage ne soit pas juste mais il s’agit plutôt une erreur de communication. En pleine campagne européenne, cela a masqué le message des listes démocrates.

Un jour, un homme politique fut d’ailleurs plein de lucidité sur cet aspect en déclarant : « Dans une élection, il faut parler du sujet. ». Son nom ? François Bayrou. Étrange ironie !

On pensait la leçon retenue cette fois. Il n’en fut rien. Le message démocrate fut de nouveau masqué par une campagne nationalisée. Certes, ce ne fut pas que de la faute du MoDem mais celui-ci y a eu sa part. Ainsi, lorsque Marielle de Sarnez est allée à Marseille prendre position pour un rapprochement avec la gauche en général, aucune décision de la Conférence nationale du MoDem en avait décidé ainsi bien que ce soit une obligation statutaire. Vécu comme un véritable coup de force par la base qui l’a massivement rejeté, ce positionnement a complètement brouillé l’image d’indépendance adoptée peu après. Aux yeux des électeurs, le MoDem est un parti dont ils ne parviennent pas à cadrer, un parti qui ne sait pas où il veut aller, oscillant alternativement entre la droite, la gauche et l’indépendance. Résultat, faute d’être identifié, le MoDem est nulle part, enfin si, dans les choux.


Par quoi passe la survie du MoDem ?
C’est LA question à laquelle devait répondre le Conseil national du 27 mars dernier. A cela, aucune réponse ne fut apportée. François Bayrou s’est contenté de changements cosmétiques nommant 2 vice-présidents, créant un poste de secrétaire général et appelant à la mise en place de porte-paroles thématiques. Les vice-présidents nommés, Jean Lassalle et Robert Rochefort, remplacent deux démissionnaires (Jean Peyrelevade (qui reste a priori membre du MoDem) et Corinne Lepage).

Le poste de secrétaire général, c’est justement celui de Marc Fesneau. Il en définit le contenu de la façon suivante : « On m’a confié des missions autour de la formation des cadres, de la préparation des élections régionales [et de l’organisation] ». Mais alors, on peut se poser la question suivante : à quoi sert Jean-Marie Vanlerenberghe ?

Pour rappel, le sénateur-maire d’Arras est vice-président du MoDem à l’organisation. Il fait donc doublon avec Marc Fesneau, à moins que ce ne soit l’inverse ! Ce qui parait plus probable. D’où des inévitables conflits puisque l’on voit mal comment le sénateur-maire se ferait marcher sur les pieds par un autre. A moins que François Bayrou veut utiliser Marc Fesneau pour protéger son vice-président. Bref, on voit mal comment va s’articuler le travail entre ces deux personnalités sachant que toute façon c’est François Bayrou qui tient les rênes.

La question a bien été clairement posée à Marc Fesneau par le journaliste : « François Bayrou va-t-il vous laisser exister ? ». Pour toute réponse, l’intéressé s’est contenté d’une langue de bois propre pour bâtir une armoire normande : « La création de ce poste est la réponse à votre question » avant de décrire les attributions dévolues à Jean-Marie Vanlerenberghe.



Conclusion.
Circulez, il n’y a rien à voir. Continuant comme en l’an 40, François Bayrou, loin d’avoir pris les mesures requises pour répondre à la situation, s’est contenté d’une belle couche de peinture orange. Le problème est que c’est loin de suffire. Le navire MoDem prend l’eau de toute part et personne ne semble prendre la mesure de la situation à la direction. En filant la métaphore, on pourrait comparer le MoDem au Titanic. Reluisant lors de sa sortie du chantier, ce devait être le fleuron d’un avenir radieux dépassant les clivages politiques traditionnels. Voguant sur l’Atlantique politique français, il accélérait toujours plus malgré les alertes le prévenant que des icebergs se trouvaient sur sa route. Ignorant ces messages, le capitaine a poussé un peu plus les machines n’ayant en tête que son objectif ultime, battre l’ancien record. Et puis de toute façon, en cas d’accident, le navire était insubmersible puisque lors de sa création de multiples compartiments étanches avaient été prévus. Mais las, les concepteurs avaient oublié que l’eau pouvait monter et que si les compartiments étaient bien étanches horizontalement, ils ne l’étaient pas verticalement.

L’eau s’est infiltrée dans la brèche, les personnes d’influence quittant progressivement le navire et étant à chaque instant un peu plus nombreuses à le faire. « Ces gens-là », ainsi que les désigne avec dédain Marc Fesneau, qui ont pris la conscience de ce qui allait se passer ; on pourrait les appeler Cassandre, car comme cette prophétesse, ils ont tout fait pour avertir leurs dirigeants mais n’ont jamais été entendus. De guerre lasse, la plupart sont partis et il n’en reste encore qu’une poignée. Dans le même temps, tandis que le navire avec de l’eau plein les cales coule, l’orchestre du Conseil national joue encore et toujours le morceau des louanges des décisions du sommet.

Vous l’aurez compris, je suis loin de partager l’enthousiasme de Chantal Portuèse et d’autres blogueurs démocrates.

La situation actuelle du Mouvement démocrate est particulièrement préoccupante et pourrait être résumé par cette phrase prononcée par un certain Jacques Chirac, alors président de la République française de son état, lors du sommet pour le climat de Johannesburg en 2002 : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ».

7 commentaires:

ArnaudH a dit…

Très bonne analyse, posée et intelligente.

cath37 a dit…

Marc Fesneau est un "bon petit soldat"

force_hyeres a dit…

Tu m'as trouvée enthousiaste ?;-)) C'est marrant, j'ai lu le contraire!
La vérité est que je ne le connais absolument pas et que pour moi il est trop tôt pour me faire une opinion. J'ai dit qu'il fallait lui laisser du temps ("Je suppose donc que Marc Fesneau aura la lourde fonction de mettre notre Mouvement en ordre de marche. Je ne le connais pas mais je pense qu' il faut lui souhaiter bonne chance et lui laisser un peu de temps pour investir sa fonction."). Chantal

Orange pressé a dit…

Force Hyères :
Disons que tu es d'un enthousiasme relatif. Tu reconnais ne pas connaitre Marc Fesneau comme beaucoup de démocrates d'ailleurs. Mais dans le même temps, tu n'ignores pas, il me semble qu'il existe déjà un vice-président à l'organisation. De la même manière, tu reconnaitras bien volontiers je pense, que la question des porte-paroles thématiques est une arlésienne.

C'est dans ce sens que je constate un enthousiasme relatif. Il se peut cependant que j'ai mal interprété ton sentiment.

Yves Delahaie a dit…

Comme d'habitude ce billet est tout ce qu'il faut pour aider notre parti ! (Je précise pour certains qu'il s'agit d'ironie bien évidemment...)

Anonyme a dit…

Apparemment pendant que nous serrons les rangs pour faire face à la tempête, certains s'appliquent consciencieusement à tenter de saborder le navire ! Pour reprendre votre métaphore, vous me faites penser à ses pompiers pyromanes qui font mine de se lamenter face aux incendies qu'ils ont contribué à allumer .

Orange pressé a dit…

@Yves Delahaie : Merci pour la leçon professeur. Mais en attendant, je trouve que l'on devrait renforcer les moyens mis à disposition de Jean-Marie Vanlerenberghe plutôt que de les diviser. Nos moyens sont réduits donc ils doivent être répartis après réflexion et utilement. Après, on peut toujours faire semblant de ne pas voir la réalité en face et viser les 2% aux cantonales.

Anonyme : Quand la vigie signale "Iceberg droit devant", généralement on l'écoute au lieu de tenter lui faire la peau en lui tirant dessus.
Merci aussi de m'accorder une si grande importance mais désolé loin de détruire aveuglément, je construis en permanence. Plus d'ailleurs que certains qui s'érigent en ayatollah de la doctrine politique du MoDem.