samedi 3 avril 2010

Une semaine pour tout changer.

Rendez-vous annuel destiné à modifier les habitudes des français pour que ceux-ci adoptent un mode de vie plus respectueux de l’environnement, la semaine du développement durable se tient cette année dans un contexte un peu particulier. La thématique environnementale n’étant, semble-t-il, désormais plus une priorité pour le gouvernement et la majorité parlementaire.


La semaine du développement durable, c’est quoi ?
Organisée depuis 2003 par le ministère de l’environnement, elle se tient tous les ans du 1er au 7 avril et vise comme son nom l’indique à promouvoir le développement durable. Durant cette semaine, les différents acteurs de la société (collectivités publiques, entreprises privées, associations, particuliers) organisent différents évènements en répondant à un appel à projets lancés sur un thème spécifique dans le domaine du développement durable.
Pour l’année 2010, le thème est « Changeons nos comportements ». L’objectif est donc de mettre en avant les petits gestes du quotidien qui s’ils étaient adoptés par la population auraient un impact considérable sur la production de déchets ou encore la préservation des ressources en eau. Cette année est cependant un peu morose avec une baisse du nombre d’évènements par rapport à 2009.

Intervenant après l’opération « Une heure pour la planète » organisée à l’initiative du WWF qui demande à ses participants d’éteindre la lumière pendant une heure afin de démontrer qu’un petit geste de chacun peut avoir un réel impact environnemental, la semaine du développement durable intervient dans un contexte difficile. La crise économique est très présente et la plupart des gens pensent plus à leur quotidien qu’à préserver l’environnement. Pourtant, adopter des pratiques plus respectueuses de l’environnement permet de réaliser de grosses économies.

Ainsi, depuis quelques temps, on voit fleurir de la part de groupes de grande distribution des publicités vantant les mérites d’une politique visant à supprimer les emballages en carton de ses mousses en chocolat pour l’un et de ses tubes de dentifrice pour l’autre. Économie moyenne dans un cas comme dans l’autre 20 tonnes de carton. Et cela pour un seul produit ! On imagine alors aisément les conséquences que des décisions du même genre pourraient avoir si ces pratiques étaient généralisées. Rien que dans la grande distribution alimentaire, ce sont des quantités considérables de matériaux comme le carton ou le plastique que l’on pourrait économiser. A la clé des économies pour les distributeurs mais aussi pour les consommateurs. Peu de personnes en ont réellement conscience mais le coût du suremballage est considérable et peut représenter entre 25% et 30% pour certains produits. Il y a donc urgence à ce que l’ensemble des acteurs intègrent cet aspect.

Dans le vocable environnemental, on appelle cela l’éco-conception. Si les conséquences sont majeures, le confort du quotidien n’est en rien altéré. Et ce n’est qu’une des possibilités existantes pour réduire notre pression sur l’environnement.


Un contraste saisissant.
A l’opposé de l’évènement précité, les décisions et/ou signes donnés par le gouvernement ou la majorité parlementaire déroutent. Après l’annonce du report de la « taxe carbone » aux calendes grecques ou plutôt son application uniquement dans un cadre communautaire aux frontières de l’Union européenne (ce qui est pareil), d’autres évènements lève enfin le voile sur la réalité du concept « d’écologie populaire » défendue par la droite. L’organisation de l’opération « Une heure pour la planète » samedi dernier à l’initiative du WWF (fonds mondial pour la nature) loin d’avoir fait reculer le gouvernement, a, au contraire, accéléré le découplage entre politique gouvernementale et environnement.

La réaction très juste de Chantal Jouanno, exprimant sa déception de la « taxe carbone », très critiquée par les membres de la majorité, est d’ailleurs le signe d’un fossé qui se creuse entre ce qui est fait et ce qui devrait être fait.

Jean-Louis Borloo avait déjà eu du mal à garder son titre de ministre d’État lors d’un précédent remaniement. Dorénavant, c’est l’existence même de son ministère qui est au centre des interrogations. Nombreux sont ceux qui se demandent en effet si celui-ci a encore une quelconque utilité.

Signe des temps, la fondation Hulot a décidé de claquer la porte des négociations suite à l’annonce de la « quasi-suppression » de la taxe carbone. Si cette attitude n’est pas forcément approuvée par les autres organisations de défense de l’environnement tel que France Nature Environnement (dont Sandrine Bélier, actuelle députée européenne sous l’étiquette Europe-Écologie, fut la présidente), elle constitue une preuve supplémentaire du fossé qui se creuse entre les intentions affichées lors du Grenelle de l’environnement et les difficultés à concrétiser les mesures dans le projet de loi « Grenelle II ».



On note par exemple, que les parlementaires de la majorité UMP ont complexifié encore un peu plus le régime règlementaire pour l’installation des énergies renouvelables comme les éoliennes. Ces dernières relèveraient, si le texte est validé en son état actuel, du régime des installations classées. Une présomption de dangerosité pèserait alors sur l’installation des éoliennes ce qui est en totale opposition avec l’objectif fixé par une directive européenne de 2009 qui impose au contraire une simplification des procédures d’installation et une réduction de leur durée pour permettre d’atteindre les ambitions affichés dans le « Paquet climat » adopté à la fin 2009. A titre d’exemple, alors qu’au Danemark, le délai entre la décision d’installer des éoliennes et leur installation effective est d’environ 6 mois ; en France, la durée totale des différentes procédures frisent les 6 ans.

Enfin, dernier évènement qui montre encore le recul de la thématique environnementale : le rapport de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Présidée par M. Patrick Ollier (compagnon de Mme Michèle Alliot-Marie, garde des Sceaux) et député-maire UMP de Rueil-Malmaison, cette commission a publié mercredi dernier un rapport à charge contre l’éolien, dénonçant les effets d’aubaine permis par un prix supérieur au marché destiné à inciter au développement de ce type d’énergie. Dans ce rapport, Valérie Giscard d’Estaing est cité au moins 8 fois selon Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l’environnement et professeur à Paris I et à l’IEP de Paris. Ce dernier note non sans humour que l’ex-président de la République n’est pas vraiment reconnu comme un ardent défenseur de l’éolien. En effet, c’est le moins que l’on puisse dire, puisque Valérie Giscard d’Estaing se fait le héraut de l’industrie nucléaire ventant sans cesse les mérites de cette formidable industrie, ses vertus environnementales et mettant en exergue la pertinence par notre pays du choix de favoriser cette énergie depuis des décennies.

Dans ce rapport, M. Ollier a déployé une énergie considérable pour dénoncer les méfaits de l’éolien et faire adopter des mesures pour tenter d’en limiter le développement. Pourtant, il ne semble pas qu’à Rueil-Malmaison, les habitants rencontrent des problèmes particuliers avec les éoliennes. Difficile en effet dans cette charmante bourgade située en pleine zone urbaine et à côté d’un parc naturel protégé d’implanter de telles installations.


Conclusion.
Précédant de peu l’organisation de la semaine du développement durable, ces évènements montrent bien que le nouveau cap décidé par le gouvernement et l’Élysée, et mis en œuvre par des députés plus que jamais réfractaires à toute proposition d’envergure dans le domaine de l’environnement répondant en cela plus aux pressions des lobbies du nucléaire, des anti-éoliens et plus généralement de toutes les professions sur lesquelles la menace de l’instauration d’une « taxe carbone » pesait qu’aux pressions de leurs concitoyens qui en dépit de la crise ont bien conscience de la nécessité de prendre des mesures fortes en matière environnementale.

Non décidément, le temps n’est plus à la mise au vert dans ce gouvernement qui a décidé de mettre le cap à droite toute. Une mauvaise pour l’environnement certes, mais surtout pour les français qui devront payer la note dans un proche avenir.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

http://www.echosetrumeurs.fr/post/2010/04/03/Le-réchauffement-climatique-n-est-qu-un-outil-politique%2C-selon-une-déléguée-nationale-du-MoDem

il semblerait que depuis que CL soit partie, le désintérêt pour l'environnement fasse aussi des adeptes au MoDem. J'aimerais connaître la position de FB et ses sbires sur ce sujet

Le Chevalier Orange a dit…

Je te dirais que je suis assez d'accord avec Giscard. L'éolien, c'est bien, mais il faut clairement en mesurer la pertinence avec toutes ses implications. Je crains que la précipitation écologique n'entraîne des décisions idiotes en cascade, en commençant, comme le note VGE, par la destruction de nos paysages. N'oublions pas, nous rats des villes, les rats des champs.

Orange pressé a dit…

@Anonyme : Une réflexion pleine de cynisme !


@Le chevalier orange : Giscard a été président de la République et a toujours ardemment défendu le nucléaire donc sa politique. En matière d'énergies renouvelables, il n'y connait rien et cela se voit en permanence.

Oui, il faut encadrer l'éolien comme toutes les énergies renouvelables mais il faut être raisonnable et cohérent. Quand le gouvernement marque noir sur blanc qu'il utilisera l'éolien pour remplir 85% de son objectif de fourniture d'énergie renouvelable et que dans le même temps, il rend la vie impossible aux rares qui veulent installer, c'est de l'hypocrisie.


Il faut simplifier les procédures tout en impliquant la population. Les solutions existent et sont déjà en vigueur ailleurs. Quant à la destruction des paysages, je me marre. Ceux qui en parlent le plus habitent là il n'y a pas d'éoliennes : en ville !

Dans le Nord et en Hollande, il y a toujours eu beaucoup de moulins à vent. Qu'on les remplace par des éoliennes ne gâche en rien le paysage. Au contraire ! Il faut aussi savoir que les nuisances sonores des anciens moulins s'entendaient à des kilomètres. Une éolienne, il faut être à son pied pour l'entendre.

Enfin, nos paysages ne sont pas détruit mais embellis. Chaque projet doit passer par une batterie d'études à ce sujet. Et puis, a-t-on déjà parlé de l'impact environnemental de l'usine de retraitement de la Hague ou de l'EPR de Flamantville en bordure d'océan ? Je rappelle tout de même que les terrains près des mers dépendent de la loi littoral qui est censée le protéger...

Ornage Verte a dit…

Est ce que tu ne trouves pas que le tout électrique est une situation à revoir.
On ne va pas continuer de produire de l'électricité de façon exponentielle à coup de centrales nucléaires d'éoliennes et j'en passe.
Pour le chauffage que penses tu de la filière bois chauffage ?

Orange Verte a dit…

A propos d'éoliennes il est expérimenté ceci en zone urbaine : http://blog.environnemental.info/2010/04/paris-experimente-leolien-urbain-a-la-maison-de-lair/

Je ne suis pas un anti éolien primaire
Mon pays étant une vaste plaine de cultures parsemée de villages et de hameaux tous les 5 km. Pourquoi ça râlé(à savoir : le projet est "retardé" faut de "rentabilité" faute de vents réguliers exploitables , mis en lumière par le groupe "Génération Nemours Ecologie " ) parce que :
- montrer 1 éolienne c'est mignon alors que le projet initial sur la région était un parc de 40 éoliennes de 150 m de haut (pour dire bien plus haut les clochers de nos église de campagnes)
- Aucune commune reliée à ce réseau
- Aucun emploi direct
- Des hectares de champs cultivables inutilisables (ben oui dans 1000 tonnes de béton par éolienne ça pousse pas bien)
- le prix spécifique qui a fait figure d'escroquerie...surtout ça
- Le fait qu'au bout de 10 ans les éoliennes doivent être changées aux frais des communes ...
- Aucun impact sur la réduction du nucléaire mais création d'un nouveau marché pour de grands groupes privés)
- Des actions douteuses de certaines sociétés éoliennes auprès des communes de - 400 habitants (pressions, dessous de table, promesses d'enrichissement miraculeux pour des petites communes qui ont bien du mal à boucler leur maigre budget)

On le voit on parle pas de bruit mais de gros sous. Il y un gros ménage à fait dans les sociétés éoliennes aux pratiques scandaleuses
Je parle par des fameuses serres photovoltaïques construites pour la circonstance pour ne produire et vendre Que de l'électricité (maintenant interdites)

Alors bien sur si on montre une éolienne bucolique de 12 mm (implantation sans autorisation) c'est très touristique ....

J'apprécie ton passage sur l'encadrement des énergies renouvelables qui montre que tu ne fais pas partie des Kmers verts qui font tant de mal aux écologistes

Anonyme a dit…

Je suis aussi pour que l'éolien soit encadré mais pas plus qu'il ne l'est déjà au final. 6 mois au Danemark, 6 ans en France, nous faut-il réellement plus d'encadrement?? La question ne se pose même pas, c'est non. Les anti éolien primaires ou non d'ailleurs ne comprennent pas l'intérêt de l'éolien j'ai l'impression. L'éolien, c'est de l'électricité propre, c'est aussi une augmentation du budget local, cela peut être selon les communes la possibilité de mettre en place des projets d'intérêt public et dans le sens du développement durable. Je suis écologiste de formation et quelque peu révolutionnaire il faut croire. Mais au lieu de rester à ne rien faire: obligeons les Français à mettre des Panneaux solaires, à trier leurs déchets (si vous croyez que c'est fait partout...), à transformer leurs quartiers en écoquartiers.

Orange pressé a dit…

@Orange Verte : Il est préférable pour les paysages d'avoir des éoliennes même si elles font 150 à 200m de haut que des milliers de kilomètres de lignes électriques à haute tension qui balafrent nos paysages et génèrent des problèmes de santé.

Orange Verte a dit…

Les lignes très hautes tension et même moyenne tension (beaucoup plus nombreuses) ça je connais je pourrais même faire un beau diaporama de celles de ma région
Mais en quoi les éoliennes entrainent moins de THT ????