lundi 19 avril 2010

Faire passer la pilule.

Dans son billet du jour, David Guillerm, vice-président des Jeunes démocrates de Bretagne et également blogueur à ses heures perdues (le sont-elles vraiment d’ailleurs ?), me demande mon avis sur la dernière campagne de communication du ministère de la Santé en matière de contraception. Celle-ci a commencé, il y a quelques semaines par une première vague de diffusion de spots à la télévision (souvent sur les chaines du satellite, de la TNT et du câble) et à la radio. Il semble qu’une seconde vague débarque donc en ce moment.


Différents avis, une même analyse.
Olympe, blogueuse à l’origine de cette « chaine », trouve le concept original et convaincant. L’hérétique, à qui elle demande son avis, trouve que les spots font mouche mais donne une vision assez moralisatrice tout en utilisant un langage vulgaire.
David a une opinion plus nuancée. Rappelant que la question de la contraception est l’affaire de chacun des partenaires et doit donc être envisagée de manière générale, il trouve que la question est plus celle de l’éducation et de la responsabilisation. Il estime cependant le message suffisamment clair.

Pour ma part, la lecture de ces différents billets, me laisse la même impression. A leur lecture, on sent que mes homologues sont tous du même avis avec des nuances plus ou moins subtiles. Ils donnent dans le même veine, la même dominante et envisage la contraception d’un seul point de vue : l’aspect technique. Difficile de leur en vouloir, le ministère prenant lui-même le parti d’aborder la question de la contraception de ce point de vue, en fonction des différentes solutions « techniques » existantes. Cette dynamique transparait d’ailleurs clairement dans l’image choisie par mon confrère breton pour illustrer son papier. Elle se résume en une série de pictogrammes accompagnée des termes relevant les différents modes de contraception.
C’est tout. Considérer la contraception uniquement comme un aspect technique, une modalité relevant d’une notice d’utilisation, voilà qui semble un peu réducteur. Je mets d'ailleurs au défi de trouver un mode d'emploi universel sur le sujet quiconque ! C'est tout bonnement impossible car il y en a autant de personnes.



Une efficacité relative.
Si le gouvernement a décidé de relancer une nouvelle campagne de contraception, c’est parce qu’en France, le nombre d’avortement est toujours considérable. Depuis les lois Neuwirth et Veil (réflexe de juriste : toujours citer les dispositions légales ;-) ) légalisant respectivement la contraception orale (en clair la pilule) et l’avortement ; les choses ont peu évolué. Les françaises recourent toujours massivement à l’avortement alors même qu’elles disposent d’une palette de contraceptifs de plus en plus large et adaptée à leurs besoins. Premier public touché donc : les jeunes. Cela explique la campagne ministérielle, mais pas seulement. Le problème est en réalité plus général puisque tous les publics sont touchés. Mais, revenons-en au sujet, à savoir la campagne ministérielle sur la contraception. La question qui se pose lorsque l’on regarde ces spots et que l’on étudie un peu le message est : est-ce efficace ?

Je l’ai mentionné plus haut, Olympe, l’hérétique et David Guillerm semblent penser que oui.
Pour ma part, je considère au contraire que l’impact de cette nouvelle campagne sera limité et qu’il faut repenser le message uniquement focalisé sur la « technique » contraceptive pour lui conférer un réel impact.


Repenser le message.
Changer de méthode de communication s’impose pour une raison bien simple : la sexualité, ce n’est pas que de la technique. En abordant sous un jour certes humoristique mais centré sur les aspects matériels de la contraception, sur les moyens, on en oublie le message. La communication actuelle autour de la contraception est froide, distante et offre une vision un peu irréelle de la sexualité. Si on veut faire passer de la cible (donc des jeunes), d'excellents techniciens, c’est la bonne méthode. Mais, l’effet ne sera pas pour autant garanti. Si, au contraire, on veut les éduquer et en faire des adultes responsables, conscients de la réalité, de ses conséquences et des risques liés à certains comportements, il faut aborder le sujet sous un angle différent. La plupart des jeunes connaissent les grandes techniques de contraception et savent aussi que ce ne sont pas les seules. La question n’est donc pas là.

Le cœur a ses raisons que la raison ne comprend pas a-t-on l'habitude de dire. Aussi, le message concernant la contraception, qui oublie complètement l’aspect émotionnelle, doit être repensé autour des notions d’amour, de désir et de plaisir qui sont au cœur de la sexualité. L’adolescence et même les premiers pas dans la vie d’adulte sont l’occasion de rencontres multiples, d’instants fugaces où les émotions, le ressenti instantané prime largement sur la réflexion et les considérations techniques. Dans le message diffusé, aucun de ses aspects n’est traité, abordé. L’intégration de cet aspect dans le message de prévention est certes difficile à mettre en œuvre, mais c'est indispensable. A trop vouloir aller à l’essentiel, on en oublie tout ce qui est intéressant, tous les aspects positifs qui expliquent la sexualité.


Conclusion.
Il est bien sur nécessaire de savoir comment faire ou quel moyen de contraception utiliser mais il faut intégrer ce message dans une approche plus humaine, plus générale de la sexualité. La sexualité est faite d’une part de technique mais surtout d’émotions. En omettant cet aspect, en cherchant à créer un choc, on s’enferme dans une approche sans pour autant parvenir au but désiré.

5 commentaires:

Démocratie nanterrienne a dit…

Concept original ? Tu parles ! En 1970, Jérémy Sinclair, de l'agence anglaise Saatchi & Saatchi a créé une célèbrissime affiche montrant un homme au gros ventre avec l'accroche : "Feriez-vous plus attention si c'est vous vous qui tombiez enceint ?" (Would you be more careful if it was you that got pregnant ?"). Il s'agissait de promouvoir l'usage des contraceptifs. L'affiche fit scandale et contribua largement à la réputation de l'agence. La campagne actuelle est donc tout ce qu'on veut, mais sûrement pas originale. L'idée est même assez basique. Mais, comme l'ange de Barbarella, la masse est sans mémoire...

http://www.saatchi.co.uk/the_pm

Orange pressé a dit…

Il ne s'agit pas de dire que c'est nouveau. Plutôt entendre le terme dans le sens de "décalé".

David Guillerm a dit…

Je te rejoins assez sur l'idée que les spots ne prennent en général pas compte du côté humain et sentimental mais découvrir sa sexualité ne doit pas dire prendre des risques. Je reste persuadé que le travail est avant tout pédagogique si nous voulons éviter des grossesses prématurés. ;-)

olympe a dit…

mon avis est plusnuancé que ça. je pense qu'elle est efficace pour les filles, je ne sais pas pour les garçons.

Orange pressé a dit…

David Guillerm : Il faut faire de la pédagogie certes mais il faut la rendre efficace et donc s'adapter au public que l'on vise.

Olympe : C'est vrai, mais j'ai résumé.