dimanche 11 avril 2010

La rumeur court…

Pour peu que l’on suive un temps soit peu les informations, il est difficile d’y avoir coupé. Une rumeur qui serait en réalité un « complot organisé » (Thierry Herzog, avocat de Nicolas Sarkozy, dixit) viserait notre président et s’en prendrait à la République. Fichtre ! Voilà qui fait froid dans le dos.


Mais de quoi s’agit-il au fait ?
Pour résumer la situation, la rumeur en question laisserait supposer l’existence d’infidélités au sein du couple présidentiel.


Ah bon, seulement ?
Eh oui ! Ces supposées révélations ont fait le tour de la planète médiatique internationale sans que cela n’émeuve grand monde en France.

Il faut dire que nos chefs d’État qu’ils soient monarques ou présidents ont souvent été victime du démon de midi. Rien que dans l’histoire très récente, Mitterand est connu pour ses nombreuses maîtresses et a même eu une fille cachée. La réputation de Jacques Chirac, elle aussi, n’est plus à faire dans ce domaine. Quant à Valérie Giscard d’Estaing, il a récemment sorti un livre de médiocre qualité vantant l’idylle entre un président français et une princesse de Galles et se met aussi à défendre une réputation de Dom Juan. Ce qui est considéré dans de nombreux pays étrangers comme une tare est quasiment considéré comme une qualité en France.


Ensuite, il faut considérer l’usage français de ne pas parler de la vie privée des hommes politiques. L’arrivée de Nicolas Sarkozy a cependant créé une certaine rupture, celle-ci étant étalée au grand jour avec moults photos retouchées à l’appui. La personnalité aussi du président, connu pour être un traitre patenté et de son épouse qui a connu nombre d’amants avant d’épouser notre président, tranche certes avec le conformisme habituel de nos dirigeants mais l’un dans l’autre ne ressort pas plus que cela de la pratique de ses prédécesseurs. Une histoire sans histoires pourrait-on penser.


Une affaire d’État ?
Pourquoi donc parler d’affaire d’État et relier cela à la suppression des privilèges de Rachida Dati ? Difficile à dire ! Si la voiture de fonction et la protection policière, dont bénéficiait l’ex-garde des Sceaux étaient indues et qui n’auraient même pas dû être instauré, ont donc été légitimement supprimés. Parler d’affaire d’État relève du délire total. Il faut dire qu’entre-temps, la paranoïa a gagné les plus hautes sphères de l’État, les conseillers (courtisans) du président de la République multipliant les déclarations dans les médias, ainsi que les médias internationaux. Dans le monde entier, que ce soit au Royaume-Uni, en Allemagne ou Italie, pays friands de presse à scandales ou encore en Inde, au Brésil ou en Chine, tous s’y sont mis. Au même moment, en France, rien ou presque, calme plat dans les médias. Il faut dire qu’en France, tant que les évènements privés n’ont pas de conséquences politiques, ils ne sont pas traités et restent dans le giron de ce qu’on appelle à juste titre : la vie privée. Donc rien.

« L’affaire de la rumeur » comme on l’appelle maintenant s’est nourri d’elle-même toute seule et est très bien résumé dans un entretien accordé par Laurent Joffrin du quotidien « Libération » à son confrère hebdomadaire Marianne. Interrogé sur le non-traitement de l’affaire par le quotidien, Laurent Joffrin répond : « D’ailleurs, la lecture du Daily Telegraph l’a prouvé il n’y a aucune info dans ce papier. Il citait le site Internet du Journal du dimanche, qui lui-même citait un blog, qui lui-même citait des propos sur Twitter. ».

Lorsque qu’à la question suivante, on lui demande : « Vous vous démarquez donc clairement de la presse européenne ? », Laurent Joffrin répond : « Ce que les journaux ont fait est une folie. On ne fait pas de journalisme, sans preuves ».
Tout est dit.


Conclusion.
Pour une fois, il nous faut rendre grâce aux journalistes français, qui s’ils n’ont jamais été aussi attaqués et exercent leur métier dans des conditions de plus en plus difficiles, ont eu une attitude plutôt responsable en évitant de traiter ce non-évènement. Car, en réalité, tout le monde s’en fout. Les français sont plus préoccupés par la question des retraites dont le grand débat s’ouvrira demain que par la question des infidélités réelles ou non au sein du couple présidentiel.

On notera toutefois que si le sujet a été aussi abondamment commenté, que les services de renseignement ont enquêté sur le sujet et que l’épouse de président a elle-même dû intervenir, ce n’est que la conséquence de la dévalorisation de la fonction présidentielle. Le responsable de la situation est donc celui qui la dénonce le plus vigoureusement à savoir, le président de la République.

La presse, le gouvernement, tout le monde ont mieux affaire que de s’occuper de cela. On pourrait leur conseiller par exemple de regarder le film « La rumeur court… » (dont le titre original est : « The rumor has it ») avec Jennifer Aniston. On rit beaucoup et au moins, on ne perd pas son temps. A bonne entendeur !

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