samedi 22 mai 2010

Euro. Notre monnaie, leur problème ?

L'€uro baisse. Le phénomène n'est pas récent puisque la dégringolade a commencé en décembre 2009. Mais l'épisode de la crise de financement à laquelle la zone €uro a des difficultés à faire face a accéléré le mouvement.
Pour certains, la réponse tardive des pays membres de la zone €uro s'expliquerait aussi par la volonté de bénéficier d'une dépréciation de la monnaie européenne.


Notre monnaie, votre problème.
En 1971, le secrétaire d'Etat au Trésor John Connolly répondit à une délégation de diplomates européens qui se plaignaient des fortes fluctuations du dollar : « the dollar is our currency, but your problem » que l'on peut traduire par « le dollar est notre monnaie, mais c'est votre problème ». Quelques mois plus tard, Richard Nixon annonçait unilatéralement la fin du Gold Exhange Standard et du système de l'étalon-or. De facto, ceci faisait du dollar, la nouvelle référence monétaire mondiale pour les transactions internationales. Enfin, pour une essentiellement : le pétrole. Et comme tout le monde a besoin de pétrole, tout le monde règle en dollars. Par extension, et comme aucune autre monnaie n'arrivait à concurrencer la monnaie américaine, celle-ci s'est imposée pour la majorité des transactions internationales.

Même les européens qui, ensemble, constituent la première puissance commerciale et économique mondiale ne pouvait rien y faire. Mais, ces derniers se sont engagés dans un processus d'intégration très poussé au niveau économique où la fluctuation des monnaies européennes entre elles a rapidement posé un problème. S'il a fallu du temps pour que les uns et les autres se mettent d'accord, l'€uro est bien né en 1999 avant de se retrouver dans les poches des européens en 2002. Progressivement, il a conquis une place plus importante que l'ensemble des monnaies qui le composaient, remettant même en cause, modestement certes, la place du dollar.

Ce relatif succès étant d'ailleurs plus la résultante d'une volonté des autres pays du monde de diversifier leurs réserves monétaires que d'une réelle remise en cause de la monnaie américaine. Tout allait relativement bien et la monnaie unique a trouvé son rythme de croisière après une baisse marquée à ses débuts. Puis vint la crise financière conduisant à l'appréciation de l'€uro avant que la crise grecque n'entraine une baisse importante mais loin des plus bas enregistrés.

Depuis, c'est l'inquiétude. Les uns et les autres poussant des cris d'orfraie alors que la parité €uro/dollar tourne autour de $ 1,25 dollar pour un €uro, seuil considéré il y a quelques années comme déjà haut. Cette fois, c'est donc la baisse qui inquiète. Enfin, pas tout le monde. Au sein de la zone €uro, on aurait plutôt tendance à apprécier la baisse de l'€uro. Il faut dire qu'en favorisant la relance des exportations et donc de l'activité d'une zone plutôt mal en point. Mais ailleurs dans le monde, cette baisse brutale inquiète beaucoup de monde !


L'€uro, un problème américano-chinois ?
L'€uro par le statut de monnaie internationale qui est le sien, n'est pas qu'un problème européen ou ne concernant que les membres de la zone. Non, le problème est plus large. En baissant fortement, la monnaie unique génère de nombreuses turbulences pour une autre zone économique : le zone Chine-États-Unis. Zone économique car les exportations de l'un sont absorbées par l'autre, la Chine achetant massivement des bons du Trésor américain pour permettre l'achat de ses produits et donc faire tourner son économie. Le problème est que ce circuit que l'on pourrait croire fermé ne l'est pas. Au contraire, conséquence du rôle prédominant de la monnaie américaine dans le commerce mondial et de celui de la Chine en tant qu'usine du monde, les répercutions sont bien plus importantes. Une hausse du dollar (et donc une baisse de l'€uro) permet augmente certes le pouvoir d'achat des possesseurs de dollar mais il réduit les exportations chinoises vers l'Europe en plus de créer de l'instabilité. Or, l'Europe est nette importatrice de produits chinois et l'instabilité n'est guère aimé sur le plan économique par les marchés.

Du coup, tout changement brutal du statu quo génère des problèmes pour les principaux acteurs économiques au 1er rang desquels on retrouve bien évidemment les États-Unis et la Chine. Contexte aidant, on en vient donc à une situation complètement ubuesque où Barack Obama est obligé de personnellement appeler les dirigeants européens pour leur demander de régler les problèmes traversés par l'€uro afin d'éviter une contagion vers les États-Unis d'Amérique. La Chine n'est pas en reste puisque le ministre de commerce chinois Chen Deming a apporté son soutien à la monnaie et : « croit dans un euro stable et fort ».


Et à l'avenir ?
Le récent rebond de la monnaie européenne et le dénouement des positions à court terme montrent que jouer la baisse de le monnaie unique à court terme est une activité risquée. A moyen et long terme, la situation est plus floue. Plusieurs facteurs pouvant peser à la hausse comme à la baisse. Du côté de la hausse, les différents pays vendeurs de matière première pourraient être tenté de vendre en €uro pour compenser la volatilité des changes avec le dollar, mais aussi une prise de conscience de la situation financière réelle des États-Unis (environ 100% de dette/PIB, 13% de déficit cette année, une balance commerciale extrêmement déficitaire pulvérisant tous les records établis en la matière. Si la remise en cause du dollar comme monnaie commerciale semble compliqué, l'intégration de la situation budgétaire l'est moins.

Du côté des facteurs poussant à la baisse, on tiendra compte des perspectives de croissance en Europe, qui dans l'hypothèse la plus optimiste imaginent une croissance au raz des pâquerettes.

Une situation compliqué qui ne s'éclaircira en Europe qu'avec un surcroit d'intégration au moins au niveau de la zone €uro et à l'étranger par un renchérissement du yuan et la prise en compte de la réalité de la situation américaine.

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