lundi 24 mai 2010

La solidarité en bronzant.

En ce lundi de Pentecôte, bien peu nombreux sont les français à travailler pour la fameuse « Journée de solidarité ». Cette journée de travail supplémentaire avait été instauré par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin dans l'hostilité générale.


Une idée pas si mauvaise.
Au départ, sur le papier, l'idée n'était pas inintéressante. Il s'agissait au lendemain de la Grande canicule de 2003 de supprimer un jour férié, en l'occurrence, le lundi de Pentecôte pour faire travailler les français. Les impôts récoltés à l'occasion de cette journée de travail supplémentaire devant servir à financer des dispositifs pour les personnes âgées et handicapées. Mais, immédiatement, les français que l'on sait susceptibles sur le sujet des vacances et autres jours fériés ont eu vu la chose comme un nouvel impôt. Bien que M. Raffarin ait insisté sur l'importance que revêtait le don d'une journée de travail pour les personnes âgées et les personnes handicapées, refusant de remplacer cette journée de travail par une hausse de la fiscalité. En pratique, l'idée n'a jamais séduit.

Les français ne contestaient pas l'importance de la solidarité envers les plus faibles mais le fait que la mesure toucherait essentiellement les salariés et les plus modestes.
Quelques années plus tard, on peut dresser un 1er bilan. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'est pas glorieux !


Un bilan décevant.
Mesure symbole lors de son instauration, elle n'a jamais été accepté dans son principe par ceux qu'elles visaient à associer : les français. Si les congés ont un caractère sacré dans notre beau pays, les français qui ont depuis quelques années le moral en berne, ne refusent pas la solidarité mais refuse la manière dont par laquelle on veut les faire participer.
Au moment où l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales) publie un rapport sur le sujet et qu'une commission d'enquête parlementaire tente de dresser un suivi de l'évolution de la mesure, le bilan ne penche pas vraiment en faveur du dispositif. Si les problèmes dans l'utilisation des fonds récoltés sont au cœur de l'actualité, il semble important de considérer d'autres aspects.

Le 1er d'entre eux se mesure via le taux d'activité en cette journée de solidarité. La réalité est cruelle : seuls 20% des français en moyenne travailleront ce jour contre un peu moins de la moitié lors de l'instauration de cette journée de solidarité. C'est peu !

A décharge, on mentionnera que les employeurs ont la possibilité de placer cette journée comme bon leur semble durant l'année suite à une modification du dispositif. En réalité, la plupart des entreprises restent fermées et font soit cadeau de cette journée pour les plus généreuses, soit compensent par un jour de RTT pour la majorité d'entre elles.

Le 2e facteur est plus prosaïque. Fiscalement, il est plus intéressant pour le rendement fiscal du nouveau prélèvement que les français ne travaillent pas durant cette journée de solidarité. L'aspect avait été pointé avant même la mise en place de cette journée de solidarité.
En effet, les activités lors d'un lundi de Pentecôte sont nombreuses notamment du côté du secteur associatif. Si ce secteur n'est pas marchand, les richesses qu'il génère le sont. Entre les traditionnels tournois sportifs, les courses à pieds, les promenades en ville et plus récemment la multiplication des courts séjours, les sources de recettes se multiplient. Autre avantage, le lundi de Pentecôte est un des rares ponts prévisibles qui ne changent pas quelque soit l'année. En année maigre, il est donc particulièrement attendu. Et ce, d'autant plus qu'il a lieu pendant le début des beaux jours, ce qui gonfle considérablement les recettes des commerçants en zone touristique. Car le gouvernement a eu tendance à l'oublier un peu vite lors de l'instauration de cette journée de solidarité mais dans notre pays, le tourisme est une industrie très importante. En supprimant le lundi de Pentecôte, on tire aussi un trait sur les recettes que peut générer ce secteur.


Conclusion : solidarité ou détente ?
La question de la solidarité envers les plus faibles dans notre société est un vrai enjeu. Fallait-il la symboliser par une journée de travail spécialement dédiée ? Pas forcément. En réalité, la prise de conscience de fragilité est périodique. Avant 2003, les problèmes existaient déjà mais étaient moins médiatisés. Et depuis, le soufflé est largement retombé. Alors que la question des retraites est à l'ordre du jour, il convient de ne pas oublier les membres les plus fragiles de notre société. Agir est indispensable. Mais la méthode est discutable. Il ne s'agit pas de le faire en fonction de symboles mais de prendre les réalités pour décider de façon responsable. Aujourd'hui, cette journée de solidarité est même contre-productive puisque loin de générer des recettes, elle représente un coût pour l'économie.
Comment concilier solidarité et travail dans notre société ? La question demeure.

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