lundi 17 mai 2010

Heuliez. Tout le monde descend !

La nouvelle nous parvient de l'administrateur judiciaire de l'entreprise. Heuliez va de nouveau déposer le bilan.


L'échec.
L'année dernière, Ségolène Royal, présidente de la Région Poitou-Charentes était venue à l'usine Heuliez pour assurer les salariés de son soutien, proposer une aide de la région et demander le soutien de l'État. Mais depuis, rien ou plutôt rien de sérieux. Les mystérieux investisseurs ont tous renoncés ou ont été gentiment éconduits. En cause, le manque de sérieux vis-à-vis d'un éventuel projet industriel, l'absence de moyens financiers à la hauteur de ce qui avait été promis et la rapacité de certains repreneurs potentiels. Plusieurs offres étaient pourtant venues sur le tapis. Une seule est restée, celle d'un investisseur turc qui semblait avoir un projet industriel pour l'entreprise. Mais lorsqu'il vint le moment de passer à la caisse et de débourser les millions d'euros promis, ce dernier ne fut pas capable d'apporter les garanties qu'ils disposaient bien des fonds. Voyant que l'affaire risquait de lui passer sous le nez, il tentant une dernière offre bien moins élevé en échange d'une part minoritaire. Las, l'administrateur judiciaire a éconduit le prétendant.

Et le reste est à l'avenant. Ainsi depuis le début de la procédure de redressement judiciaire sérieuse n'ayant vu le jour, il a fallu se rendre à l'évidence : Heuliez doit déposer le bilan.
Il faut dire que certains fournisseurs ont pendant ce temps engagé des procédures contre la société n'ayant pas été payés.

Cette annonce montre donc l'échec non seulement du privé, mais aussi des décideurs publics. Ségolène Royal ou Christian Estrosi ont leur responsabilité dans cette histoire tellement banale d'une entreprise pleine de projets.


Le paradoxe.
La situation comptable de l'entreprise n'est pas bonne mais à l'opposé, l'avenir industriel de l'entreprise n'est pas complètement bouché. Le carnet de commandes est plein et les projets nombreux mais impossible de redresser l'entreprise sans un nouveau tour de table. Or, c'est bien là que ça coince. Si industriellement Heuliez a une capacité à rebondir, il faut que des investisseurs avec des reins suffisamment solides acceptent dans un premier de perdre des millions tout en restructurant l'entreprise. A bien des égards d'ailleurs, la situation d'Heuliez se rapproche de celle de Moulinex. L'entreprise dispose d'une marque connu, des projets plein les cartons mais la situation de l'entreprise est catastrophique.

Dans le cas de Moulinex, Seb avait retaillé l'entreprise et réalisé un plan social, le tout en perdant une somme assez importante. Mais une fois, l'entreprise remise en état de marche, Seb a commencé à puiser dans les dossiers de Moulinex et a lancé de nombreux produits issus de la R&D de la société reprise. Au final, l'ancien fleuron de l'électroménager français a survécu mais le coût social fut conséquent. La question qui se pose aujourd'hui est de savoir si Heuliez peut supporter un traitement de choc et quel investisseur a les compétences et les fonds pour mener l'indispensable restructuration.


L'essentiel.
Du feuilleton Heuliez, on retiendra l'échec de certains responsables publics, prompts à promettre moults subventions mais en réalité, bien incapables d'attirer des investisseurs pour sauver l'entreprise. A vouloir sauver tout le monde, l'on risque fort de ne plus sauver personne. Au ginal, si Heuliez trouve un investisseur, l'entreprise l'aura échappé de peu. Mais si, plus surement, elle se dirige vers le cimetière, ce sera surtout un énorme gâchis industriel.

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