lundi 7 juin 2010

Et maintenant la Hongrie.

Après la Grèce, c'est au tour de la Hongrie d'alimenter la peur sur les marchés financiers. Marchés, qui dans le sillage de la place de Tokyo, ont plongé certes dans une moindre mesure que la bourse japonaise. Mais qu’elle est donc la cause de cette nouvelle plongée des marchés ? La difficile situation hongroise n’est pourtant une nouveauté, le FMI ayant octroyé à ce pays un prêt de 20 milliards de dollars pour aider le pays à faire face à la crise financière consécutive à la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers.


Des marchés fébriles.
La source de l’inquiétude des marchés fait suite à des propos malvenus de la part du gouvernement hongrois récemment élu. Cette dégringolade a commencé lorsque Lajos Kosa, vice-président du Fidesz et maire de Debrecen (la deuxième ville du pays), parti qui remporté la majorité absolue avec 68% au Parlement hongrois (conjointement avec le parti chrétien-démocrate de Hongrie avec qui il avait fait liste commune), a déclaré jeudi dernier, le 03 juin, que l’économie hongroise : « dans une situation bien pire que ce que le nouveau gouvernement avait pensé » avant son arrivée au pouvoir le 29 mai 2010.

Ces propos alarmistes s’inscrivant dans la ligne d’autres tout aussi inquiétants du ministre des finances Gyorgy Matolcsy, ainsi qu'à ceux de Mihaly Varga, le plus proche conseiller du nouveau Premier ministre, Viktor Orban déclarant que le déficit public serait plus élevé que prévu et s’inscrirait entre 6,5% et 7,5% du PIB contre les 3,8% prévus par le FMI.

Pour ne rien arranger, M. Kosa, a déclaré que la Hongrie n’avait : « qu’une petite chance d’échapper au destin de la Grèce » ; « Maintenant que le navire est en train de couler, il faut prendre des mesures d’urgence, quoi qu’il en coûte » renforçant ainsi les craintes d’un défaut de paiement de la part de l’État hongrois. L’homme est d’autant plus écouté qu’il avait aussi critiqué le prêt accordé par le FMI à la Hongrie et qu’il est un homme fort de la majorité au pouvoir.
Loin de calmer le jeu, le porte-parole du gouvernement n’a pas démenti les propos tenus soulignant que les craintes ne paraissaient « pas du tout exagérées ».Les marchés ont immédiatement réagi en vendant du forint, la monnaie hongroise, et en achetant des CDS (credit default swap), des produits dérivés destinés à protéger contre les risques de défaut de paiement, dont le cours a immédiatement bondi.


Des déclarations inconséquentes.
Le problème est que ces déclarations affolent inutilement les marchés alors que la situation du pays n’est pas si catastrophique que cela. Avec une dette approchant les 78% du PIB et un déficit public revu pour 2010 entre 6,5 et 7,5%, le pays se situe dans la moyenne des autres européens.
Mieux, l’économie du pays est une des plus dynamiques des nouveaux entrants ce qui n’est pas vraiment le cas de la Grèce dont la croissance était anémique bien avant la crise actuelle. Le hic est que la Hongrie ne profite de la protection offerte par la zone euro et donc la généralisation des risques au niveau de la zone monétaire. Pire, le pays lorsqu’il avait besoin d’aide n’a pas réellement reçu d’aide de la part des homologues européens et a dû frapper à la porte du FMI.

Si le porte-parole du gouvernement hongrois Peter Szijjarto, a annoncé que le gouvernement allait lancer des réformes pour assainir les finances, il a aussi annoncé que des allègements fiscaux pour soutenir la compétitivité de l’économie nationale. Pris entre la nécessité de réduire la dette publique et des promesses électorales à tenir, le gouvernement se trouve en position difficile et serait tenté d’abandonner des contraintes imposées.


Conséquence, l’€uro trinque.
Ces déclarations ne porteraient pas à conséquence si les conséquences ne faisaient pas immédiatement sentir sur la monnaie unique. La dégringolade de la monnaie nationale, le forint, face à l’euro a entraîné parallèlement une glissade de la devise européenne face au dollar à un plus bas depuis 4 ans autour de $1,19 pour 1 €, loin des $1,60 d’il y a quelques mois.
Interrogé sur TV5, Jean-Paul Juncker, président de l’Eurogroupe et Premier ministre luxembourgeois a dénoncé « les propos de certains dirigeants hongrois » et précisé qu’il « n’était pas inquiet face à la situation économique en Hongrie ». Déclarations renforcé par une autre de Dominique Strauss-Kahn qui assure n’avoir « aucun élément particulier d’inquiétude » concernant le cas de la Hongrie.


Conclusion.
A quelles heures d’une nouvelle réunion de l’Eurogroupe dont l’ordre du jour principal concerne l’étude des divers plans d’austérité adopté par les pays membres de l’Union européenne, ces propos ne sont pas les bienvenus. Si la franchise est toujours préférable face aux difficultés, la communication en direction des marchés est un art subtil qu’il convient de maitriser si l’on ne veut pas les affoler inutilement. Les dirigeants hongrois, pour avoir oublié cette règle de base dans l’art de gouverner, ont non seulement inquiétés les marchés mais surtout renchéri fait dévisser leur monnaie ce qui pour le moins problématique lorsque l’on sait que 75% des dettes contractés par les ménages hongrois, le sont en devises. Au lieu de relancer l’activité économique, ces propos ont donc accru le coût du crédit dans le pays. Crédit qui, en temps de crise, est le principal carburant pour surmonter les temps difficiles.

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