jeudi 10 juin 2010

Retraites : la CFDT entrouve la porte.

La CFDT qui se réunit actuellement en Congrès à Tours vient-elle de faire un pas en direction du gouvernement ?


Un entrebâillement important mais limité.
Si on ne peut considérer que le syndicat soit prêt à un accord avec les actuelles propositions du ministère du Travail, le syndicat dirigé par François Chérèque vient d'entrouvrir la porte sur un point important : la durée de cotisation. Le principe d'une réforme du régime des retraites comportant une telle disposition a été adopté par 58,9% des voix des quelques 1 500 délégués présents. Attention toutefois, puisque que cette avancée en direction d'un compromis se fera sous conditions. Le progrès est toutefois important et son adoption a été saluée par de longs applaudissements, de nombreux délégués se levant pour marquer ce vote.


Une augmentation conditionnée.
La résolution adoptée concède la nécessité d'une augmentation de la durée de cotisation, mais l'allongement ne sera accepté « qu'à la condition d'un partage des gains d'espérance de vie et d'une possibilité de choix renforcée ». Le texte continue ainsi : « Les gains d'espérance de vie doivent faire l'objet d'un partage équilibré entre durée de cotisation supplémentaire ouvrant un droit à une retraite à taux plein et temps de retraite supplémentaire ».

En d'autres termes, la CFDT reconnaît que l'allongement de l'espérance de vie doit s'accompagner d'un allongement de la durée de cotisation de la part des travailleurs. Le syndicat conditionnant tout allongement à la prise en compte de la pénibilité ainsi qu'à un aménagement des fins de carrière favorisant le maintien des seniors au travail.

Si cette position est dans la lignée de la position qu'avait acceptée François Chérèque en 2003 avec la réforme Fillon, la CFDT ne semble pas prête à aller beaucoup plus loin pour le moment. En effet, échaudée par le départ de quelques 30 000 syndiqués vers la CGT suite à l'acceptation de la réforme Fillon, le syndicat a perdu une bonne partie de sa base depuis les années Notat.


Attention aux doigts !
Si la proposition a été adoptée à une large majorité de 58,9%, il y a tout de même une forte minorité qui n'approuve pas totalement la résolution. Martine Levasseur de Seine-Maritime, qui proposait une autre résolution sur ce point, n'est pas opposée au principe de l'allongement de la durée de cotisation mais critique la formulation employée qui laisserait selon elle « un flou trop important » ainsi que « l'exploitation qui pourrait en être faite ». La formulation souple employée pour réunir un consensus majoritaire n'est pas totalement remise en cause, mais son application dans les négociations avec le gouvernement sera néanmoins surveillé avec attention par une partie de la base militante du syndicat.

La porte est maintenant entrebâillée mais elle n'est pas pour autant ouverte. Le syndicat reste, en effet, opposé à l'idée de l'introduction même marginale de la retraire par capitalisation, réalité qui reviendra pourtant tôt ou tard sur la table. Jean-Louis Malys, secrétaire national à la protection sociale rappelle que « le risque est grand que les jeunes générations refusent d'assumer la totalité de l'effort », ce qui ouvrirait « le chemin à la capitalisation ». Le même demeure tout aussi hostile à la remise en cause de l'âge de départ à la retraite qui « n'est ni négociable, ni amendable ».

Gare donc pour le gouvernement à ne pas laisser ses doigts traîner dans l'entrebâillement de la porte et à se les faire coincer. La CFDT est prête à négocier et à faire des concessions mais il faut que le gouvernement lâche aussi du lest. En tout état de cause, il ne semble pas que ce soit le cas puisque les propositions du gouvernement ont comme axe principal la remise en cause de l'âge de départ à la retraite à 60 ans.


Conclusion.
Les principaux intéressés absents de la négociation.
Le plus frappant dans ces discussions autour des retraites est l'exclusion des principales populations intéressées, de ceux qui, in fine, paieront la note : à savoir, les quadragénaires mais surtout les jeunes. Bien optimistes sont les articles interlocuteurs autour de la table qui pensent que le système par répartition pourra être sauvé sans l'introduction d'une part de retraite par capitalisation. Si la France, grâce à son dynamisme démographique relatif, a davantage de marges de manœuvre que ces voisins européens en la matière, il n'en reste pas moins que les jeunes n'accepteront pas de tout payer. Les générations, qui ont commencé à arriver sur le marché du travail depuis quelques années, devront payer pour la dette publique colossale accumulée depuis 1980, l'augmentation des dépenses de santé et donc les retraites. Sauf que cette génération se prend en pleine figure la précarité en début de carrière et mettra plusieurs années avant d'avoir un travail et une rémunération correcte.

Après être parvenu à obtenir un statut social que leurs aînés ont eu moins de difficultés à avoir, ils n'accepteront pas de régler intégralement la note qui leur sera laissée. Et cette dernière sera particulièrement salée si on ne fait rien ou que l'on ne réforme pas suffisamment. Coincés entre le marteau (une augmentation des prélèvements fiscaux) et l'enclume (une réduction des droits, prestations et autres avantages), la jeunesse actuelle dont l'auteur de ces lignes fait partie, paiera en partie mais en aucun cas la totalité de l'ardoise.


L'inévitable retraite par capitalisation.
Une seule solution s'offre donc pour solutionner le problème : l'introduction en partie d'une retraite par capitalisation. Si le régime principal serait toujours basé sur la répartition, la mise en place de fonds de pension ne pourra être éternellement exclue. Si la décision de leur introduction n'est pas prise aujourd'hui, il faudra s'attendre à une baisse des pensions à l'avenir. Cette possibilité répondrait aussi à un besoin important des entreprises françaises et européennes, qui ont des projets plein leurs cartons mais qui n'ont pas accès ou insuffisamment à des fonds engagés dans une logique de long terme pour les développer. Enfin, autre élément plaidant pour l'introduction d'une partie par capitalisation : le rendement sur le long terme. Si on regarde les richesses dégagées entre les différents types de placement, l'investissement dans les entreprises a toujours été gagnant et de loin. Et ce, en dépit de toutes les crises économiques qui ont pu se produire.


Crédit photo : AFP.

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