vendredi 6 août 2010

Le Blackberry, nouvelle victime ?

Depuis quelques mois, les Émirats Arabes Unis cherchent à faire plier la fabricant canadien de téléphones mobiles RIM. La raison de ce blocage ? L'impossibilité ou presque pour les services de sécurité de contrôler les échanges des utilisateurs de Blackberry.


La rançon du succès.
Rapidement surnommé « Crackberry » par les épouses des chefs d'entreprise possesseurs de fameux téléphone de RIM, il fut l'invité surprise de la prise de fonction de Barack Obama. Le président américain, très accroché à son téléphone portable, ne voulait pas l'abandonner. Problème, les services secrets exigeaient une solution sécurisé afin d'éviter que les conversations privés ou autres du président des États-Unis ne puissent être intercepté par n'importe qui. A l'époque, il faut dire que si les données étaient déjà centralisées par RIM, la sécurité laissait à désirer. Le fabricant canadien a donc accéléré le déploiement d'une solution sécurisée où tous les échanges des utilisateurs de Blackberry sont cryptés par un algorythme puissant et centralisés sur des serveurs au Canada pour l'Amérique du Nord et en Angleterre pour l'Europe.

Avec la popularisation des « smartphones » comme l'iPhone, le HTC HD, le Blackberry et d'autres, le nombre d'utilisateurs s'est accru partout dans le monde notamment dans les pays du Golfe où les échanges entre personnes sont très difficiles par les réseaux classiques où il est difficile de communiquer avec les personnes dans la vie de tous les jours. Le Blackberry et son clavier intégré fut donc très rapidement adopté par la jeune population des pays du Moyen-Orient.


Al-Qaïda, la fausse raison.
Officiellement, les pays du Moyen-Orient, Emirats Arabes Unis et Arabie Saoudite en tête, craignent pour leur sécurité nationale. Le système de cryptage des échanges et données du Blackberry empêcheraient les services de renseignement de ces États de contrôler les échanges et rendraient insaisissables les réseaux islamistes, Al-Qaïda en tête. Officieusement, il s'agit pour ces pays de contrôler les échanges de leurs populations. Très fermés, ils maintiennent une forte censure sur les médias et les divers moyens de communication dont Internet. L'idée même qu'il puisse y avoir un moyen d'échapper au contrôle des services chargés de surveiller le maintien de la morale publique leur est donc insupportable. D'où les interdictions et blocages de service constatés afin de faire pression sur la fabricant canadien afin qu'il cède sur son système de protection des données.

Dans la plupart des cas, cela ne poserait pas de difficultés particulières, les différents acteurs économiques étant régulièrement soumis à des obligations inhérentes à la sécurité intérieure. Mais dans la cas de RIM, ce n'est pas une simple contrainte, c'est le modèle économique même de l'opérateur qui est remis en cause. En effet, en développant une solution très sécurisé, RIM a conquis la clientèle d'affaires et de particuliers soucieux de la protection de leurs données personnelles. Or, ce segment de clientèles est particulièrement lucratif pour le canadien. Hors de question donc d'ébrécher la sécurité du système et donc de tuer la poule aux oeufs d'or.


Une question avant tout politique.
En réalité, le problème que pose la question du Blackberry n'est pas seulement une lutte pour la préservation des libertés publiques et des données privées. Non, il s'agit avant tout d'une question politique. Les raisons invoquées par les Émirats Arabes Unis, reprises ensuite par les saoudiens sont très proches de celles invoquées par le gouvernement américain lorsque celui a fait adopté le Patriot Act : la sécurité justifie les mesures prises. Toutefois, pour les pays arabes en question, il s'agit avant tout de contrôler une jeunesse qui souhaite secouer le joug conservateur imposé par les générations plus agées. Dans ces pays, la majorité de la population est jeune et souhaite un allègement des contraintes qui pèsent sur leur mode de vie. Si une remise en cause drastique n'est pas à l'ordre du jour, l'idée d'une vie où les interdits sont légions n'est plus tenable. Comme souvent face à pareille situation, les « vieilles » générations serrent la vis à la moindre tentative d'émancipation. Pas sur que l'interdiction du Blackberry ne fasse disparaitre les problématiques internes de ces pays.

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