vendredi 5 novembre 2010

Économie grise et dragon rouge.

Jeudi 04 Novembre 2012, 1er jour de la visite du président de la République populaire de Chine, Hu Jintao en France faire son marché. Montant des contrats du jour : 20 milliards €. Au-delà des montants, plus intéressant est de regarder l'objet des dits contrats. et qui trouve-t-on ?


Une goutte d'eau...
Le président chinois est venu faire son marché et rien ne doit le troubler. Pas de conférence de presse, pas de discussions ou ne serait-ce qu'une phrase sur les libertés publiques ou plus encore sur le tout récent prix Nobel de la paix attribué à un dissident chinois, rien, absolument rien ne doit troubler la quiétude de l'acheteur venu d'Asie. Tandis que les médias français rivalisent de superlatifs pour qualifier les contrats conclus devant les caméras, on relève une chose essentielle : les montants dépensés par la Chine sont ridicules étant donné l'avantage qu'ils confèrent. Hu Jintao n'est pas venu en France pour gagner de l'argent aux français mais bel et bien pour avancer ses pions.

En matière économique d'abord, avec un chèque d'à peine 20 milliards € le premier jour, 17 milliards € le deuxième, la Chine se paie une nouvelle commande d'Airbus (ça fait toujours bien d'acheter les classiques, ça incite le commerçant à concéder une grosse remise sur les autres rayons), des investissements de Total en Chine pour « produire du charbon propre » (sic !) ainsi qu'un contrat de fourniture de combustible nucléaire.

De façon plus concrète, la France a concédé à la Chine en échange de la modeste somme de $20 milliards : des avions dont une partie sera assemblée dans l'usine chinoise d'Airbus; de gros investissements accompagnés de transferts de technologie dans un secteur vital pour la Chine qu'est l'exploitation de charbon ou encore le droit d'exploiter une partie des mines d'Areva au Niger, dont les gisements d'uranium n'appartienne qu'en théorie à l'État nigérien qui les a loué une misère à Areva mais qui pose un sérieux problème de sécurité à nos ressortissants, dont je le rappelle quelques-uns ont été pris en otage par des extrémistes alors qu’ils étaient occupés à « sécuriser nos approvisionnements en matière de combustible nucléaire » destiné à alimenter nos centrales.

En matière politique, ensuite. Nicolas Sarkozy compte sur le G20 pour se refaire une santé et, si possible, faire oublier ses très nombreuses casseroles. Dans ce cas, il vaudrait mieux d’ailleurs parler de véritable batterie de cuisine vu leur nombre. Les chinois le savent et en tire profit, ayant gentiment indiqué qu'ils ne souhaitaient pas être dérangés par ces vilains journalistes, qui ont été à distance durant toute la visite du président chinois. Certains y verront une capitulation en rase campagne. En réalité, il s'agit pour les français de placer quelques produits phrases dans des secteurs bien précis comme l'énergie ou les transports et de laisser le marché faire pour le reste.

Vitrine, renaissance ; la situation actuelle n'est que la traduction d'intérêts bien compris.

D'un côté, nous avons la Chine dont l'objectif est d'accroître et de diversifier ses sources d'approvisionnement énergétique afin de garantir sa souveraineté. De l'autre, la France dont l'objectif est de vendre non seulement des centrales nucléaires mais aussi tous les services ou étapes indispensables au développement de la filière qu’importe que la police française doive bafouer les libertés fondamentales pour assurer la tranquillité de l’invité chinois.


Gris, gris, gris.
Aussi, si les contrats signés donnent dans le grand classique, il convient de s'y attarder sous un autre angle.

L'échec de Copenhague consommé, le sommet de Nagoya sur la biodiversité sauvé par un accord tout aussi contraignant qu’une promesse de campagne électorale; le développement durable semble être une donnée oubliée dans les contrats signés. Parmi ceux-ci, pas un ne concerne l'économie verte ou durable que la France à maintes reprises s'est décidé à encourager et dont elle s’est faite le héraut avec le Grenelle de l’environnement. La Chine ne le souhaite pas moins mais souhaite se développer tout court avant de se développer vert, ce qui ne l'empêche pas de lancer de grands projets en matière d'énergies renouvelables.

A ces projets, la France est incapable de répondre, se contente de permettre l'accès à ses mines d'uranium et de vendre la technologie requise en matière de « charbon propre ». Pas un contrat de vente de panneaux solaires, d'éoliennes, de centrales à cogénération et encore moins de géothermie.


Pourquoi ?
Parce que la Chine a développé sa filière ? Certes, mais la production chinoise en la matière est de mauvaise qualité mais surtout à faible rendement. Il y a donc un marché sur lequel nos voisins allemands et amis danois se sont engouffrés. Mais surtout parce que Nicolas Sarkozy a abandonné le financement des énergies renouvelables ou presque et qu'il a rendu leur implantation extraordinairement complexe. Instabilité tarifaire chronique, insuffisance des carnets de commande, les différentes filières françaises ne peuvent émerger sans soutien public.

L'exemple caricatural est le solaire complètement abandonné par notre gouvernement et désigné comme bouc-émissaire de l’indispensable hausse du tarif de l’énergie. Tandis que le gouvernement français est tout occupé à freiner le développement d’une filière qui commençait à peine à décoller sous le prétexte fallacieux d’un dépassement des objectifs fixés par le Grenelle de l’environnement ; la Chine, elle, s’est fixé l’objectif ambitieux de produire des panneaux photovoltaïques à 1 yuan le MWh ce qui suppose non seulement une amélioration conséquente en termes de productivité et de technologie mais surtout un bond en termes d’efficience de ces panneaux.



Paradoxe chinois ? Non, plutôt un pragmatisme de rigueur, une « real Politik » poussée à l’extrême.

Il est devenu indispensable à la Chine de produire plus d’énergie et cela passe autant par le développement de centrales nucléaires récentes que par les énergies renouvelables. La liste de courses de Hu Jintao est toutefois révélatrice des intérêts chinois du moment. En se payant la technologie dite de « charbon propre », la Chine montre une nouvelle fois qu’elle n’est pas prête à lâcher ses mines de houille et ses centrales thermiques.


Conclusion.
De cette visite, on retiendra que Nicolas Sarkozy, et ce faisant la France, a cédé sur beaucoup de choses sans en retirer énormément. Quelques contrats contre des transferts de technologies dernier cri, d’importantes pertes de souveraineté et d’autonomie énergétique nationale ainsi qu’une perte de prestige suite aux répressions ou plutôt devrait-on dire opérations de maintien de l’ordre contre des citoyens pourtant tenus à distance derrière des barrières et dont le seul tort était de brandir des drapeaux tibétains ou de crier le nom du dernier prix Nobel de la paix, actuellement dans une geôle chinoise. Les journalistes n’ont pas été non plus épargnés par ces messieurs de la maréchaussée dont on se demande s’ils ne venaient pas de faire un stage chez leurs homologues ayant réprimé le mouvement de la place Tienanmen. Tout cela est bien cher payé.

En réalité, la Chine a adopté la même attitude que les États-Unis. Ne prenant aucun engagement contraignant au niveau international, jouant sur les divisions des uns et des autres mais surtout des européens incapables de s’entendre sur des objectifs chiffrés. Tout comme les américains, les Chinois ont pourtant lancé un important plan de développement des énergies vertes. Avec néanmoins une différence notable : un carnet de chèques et un compte bien remplis.

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