mercredi 17 novembre 2010

Une nouvelle politique ?


Nicolas Sarkozy compte-t-il donner une nouvelle impulsion à son mandat ? Sur le papier, ce n’est pas si flagrant et on peut raisonnablement se demander si c’est aussi le cas dans son esprit. Le doute ne durera plus très longtemps puisque Nicolas Sarkozy a décidé d’avancer son intervention au mardi 16 novembre 2010 ; 20h15. Dans une intervention sans relief, ennuyeuse, face à des « journalistes » bien complaisants, le président de la République a surtout fait son auto-promotion.

Sylvie Pierre-Brossolette résume assez bien l’intervention présidentielle en 3 points :

1- Montrer qu’il était le patron.

2- Justifier sa politique.

3- Donner un nouvel élan.

Puisqu’il n’y a pas grand-chose à tirer de l’intervention présidentielle, le mieux pour connaître les intentions présidentielles est encore de regarder la composition du « nouveau » gouvernement.

Les « chiracquiens ».

On distingue :

- Alain Juppé, ministre d’État, ministre de la Défense et des Anciens combattants ;

- Michèle Alliot-Marie, ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères et européennes ;

- François Baroin, ministre du Budget, des Comptes publics, de la Fonction publique et de la Réforme de l'Etat, porte-parole du gouvernement.

Les « villepinistes ».

- Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture, de l'Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l'Aménagement du territoire.

- Georges Tron, secrétaire d'Etat auprès du ministre du budget, des comptes publics, de la fonction publique et de la réforme de l'Etat, chargé de la fonction publique.

- Marie-Anne Montchamp, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale.

Les « centristes ».

- Michel Mercier, garde des sceaux, ministre de la Justice et des Libertés.

- Maurice Leroy, ministre de la Ville.

Les « sarkozystes purs et durs ».

- Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, de l'Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l'Immigration.

- Xavier Bertrand, ministre du travail, de l'emploi et de la santé.

- Luc Chatel, ministre de l'Education nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative.

- Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports.

- Frédéric Lefèbvre, secrétaire d'Etat chargé du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services, des professions libérales et de la consommation.

- Nadine Morano, ministre auprès du ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé, chargée de l'apprentissage et de la formation professionnelle.

- Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat chargé du commerce extérieur.

Et puis, il y a les autres qui n’ont pas vraiment de chapelle spécifique ou en change assez souvent.

Les leçons à en tirer.

Premièrement, on remarque que toutes les tendances de l’UMP sont représentés avec une prédominance pour les « UMP - Canal historique » venant de l’ex-RPR. Tous ceux qui venaient de « l’ancienne UDF » ou presque ont été éjecté. L’exemple le plus frappant est le passage météoritique au gouvernement de M. Daubresse qui aura passé moins de 9 mois comme ministre. On notera le contraste entre cette réalité et la volonté affirmé par Nicolas Sarkozy durant son intervention de mettre fin à la valse des ministres et de jouer la continuité. Une continuité qui lui a été imposé par les députés UMP et dont le symbole est le maintien de François Fillon à Matignon, mais dont il serait bien passé.

Deuxièmement, la volonté de ne pas vexer les grands courants de l’UMP. Nicolas Sarkozy a habillement usé de la politique du strapontin pour, en muselant ses principaux opposants l’intérieur de son parti, se donner une certaine liberté de mouvement.

La politique du strapontin.
On notera ainsi qu’il y a deux ministres d’État et que ces postes sont occupés par deux chiracquiens historiques : Alain Juppé et Michèle Alliot-Marie. Mais le plus intéressant n’est pas ce titre mais les ministères à la tête desquels ils sont placés : la Défense pour Juppé, les Affaires étrangères pour MAM.

Or, si ces ministères sont régaliens, et ont donc une importance que l’on ne peut nier, les domaines concernés sont précisément ceux qui entrent dans le domaine d’action dit réservé du Président de la République. Traduction : les chiracquiens ont des postes prestigieux, mais ils ne pourront bouger sans l’aval du château. Le fait que ces ministères étaient auparavant occupés par Kouchner, que l’on a somme toute assez peu vu et Morin qui est un inconnu pour la plupart des français est d’ailleurs symptomatique de la situation. Le titre de ministre d’État étant donné à ces deux personnalités pour « compenser » l’attribution d’un ministère, plus encore que les autres, sous tutelle du château.

Tout aussi intéressant est le sort réservé à François Baroin, dépêché à Bercy après la déroute des régionales, il se voit attribué le rôle de porte-parole du gouvernement. Autrement dit, le rôle du très chriracquien Baroin sera de porter, chaque mercredi, la bonne parole gouvernementale devant la presse. Habile façon pour Nicolas Sarkozy de museler un personnage qui n’a manqué d’être critique envers lui avant d’entrer au gouvernement.

« Pour rester au gouvernement, mieux vaut être villepiniste ».

Tel était l’affirmation de Jean-François Kahn dans les colonnes de Marianne, samedi dernier. Fin observateur de la vie politique française, celui-ci a eu le nez creux puisque les villepinistes du gouvernement ont conservés leurs attributions. Ils ont même été rejoint par Marie-Anne Montchamp (MAM 2), désormais ex-porte parole du tout récent parti de Dominique de Villepin, « République solidaire ». Du côté de l’importance des ministères, on note seulement un ministère de plein exercice et deux secrétariat d’État. Niveau importance politique, on peut se demander si les intéressés n’ont pas préféré le court-terme au long terme politique.

Les perdants.

Du côté des perdants, on note la purge des centristes ainsi que la patte Fillon.

Les centristes passent eux de 5 membres à 2. Jean-Louis Borloo et ses fidèles nordistes, que sont Valérie Létard et Marc-Philippe Daubresse, quittant le gouvernement puisque Jean-Louis Borloo a été sorti de la course à Matignon par un coup de collier dans la dernière ligne droite de François Fillon et de son entourage. On se demande aussi qu’elle sera l’attitude de Michel Mercier qui s’était vertement opposé à la réforme de la carte judiciaire qu’il devra, en tant que garde des Sceaux, appliquer.

Ainsi, la sortie de ces centristes est d’une part une conséquence de la « défaite » de Borloo dans la course à Matignon, mais peut-être aussi une stratégie de Nicolas Sarkozy pour limiter la déroute UMP aux sénatoriales d’octobre 2011. Car on a tendance à l’oublier, mais Borloo est une personnalité incontournable de la droite nordiste. Or, il se trouve que le Nord et le Pas de Calais sont renouvelables en 2011. Et il se trouve que ces départements sont respectivement les 1er et 5e plus peuplés de France donc des départements très bien dotés en sièges sénatoriaux. En période de précampagne présidentielle, cet aspect ne sera pas à négliger, puisque si le Sénat bascule à gauche cela peut relancer la candidature socialiste tandis que le contraire serait un signal qu’une réélection est possible.

Autres aspects passés à la trappe, la diversité ou presque avec le départ de Rama Yade mais aussi l’entrée au gouvernement de personnalités dites de la diversité, mais rejetant fortement cette étiquette alors que Rachida Dati et Rama Yade les revendiquaient comme un exemple de la réussite du modèle français.

Les femmes aussi, sont assez peu nombreuses et ne représente qu’un tiers des membres du gouvernement. Il semble que la parité soit toujours aussi difficile à se concrétiser.

Autre traduction de la patte Fillon sur ce gouvernement, la fin de « l’ouverture » façon Sarkozy. Personne n’était dupe de la façon dont les choses s’étaient instaurées en 2007, et leur activité fantomatique ne laissait pas planer le doute quant à leur avenir au sein du gouvernement. Le remaniement, sur ce point, est donc une clarification bienvenue.

Un cas spécifique.

Enfin, il reste le cas spécifique de l’environnement. La lettre de cadrage du nouveau gouvernement modifie en profondeur la mission et la teneur même de cette thématique. La division même de l’ex-MEEDDAT et de l’ex-MEEDDM mettant fin à une certaine vision de la thématique environnementale. L’environnement retourne dans les limbes des ministères.

Conclusion.
Ce remaniement est exceptionnel à plus d’un titre sauf sur l’essentiel à savoir la politique menée et à mener. Mais pouvait-il en être autrement ? Nicolas Sarkozy joue clairement son va-tout en pensant que Dominique Strauss-Kahn ne reviendra pas se jeter dans l’arène et qu’il restera bien au chaud au FMI dans son grand appartement et avec son traitement annuel enviable. Ce faisant, il mise sur la déliquescence du PS et sur son impossibilité à s’unir pour présenter un projet crédible. La convention PS sur l’égalité réelle de la semaine dernière montre d’ailleurs, que l’unité du PS n’est pas aussi que l’on veut nous le faire croire.

Reste l’alternative au PS. Pour Sarkozy, enfermé dans un schéma bipartisan, cette hypothèse n’est pas crédible. Mais comme on est jamais sur de rien, il fait tout de même tout pour éliminer une telle possibilité.

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